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Rebecca Makonnen
Audio fil du mardi 18 décembre 2018

Lettre d'amour aux francophones en situation minoritaire

Publié le

Le drapeau franco-ontarien sur fond jaune et lilas avec le texte : «2018, l'année des francophones en situation minoritaire».
2018, l'année au cours de laquelle les francophones en situation minoritaire ont vécu des revers et se sont mobilisés pour résister.   Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

Les francophones en situation minoritaire ont vécu un dur automne : pensons aux attaques du gouvernement Ford envers les institutions franco-ontariennes ou aux difficultés des francophones des provinces de l'Atlantique à faire reconnaître leurs droits, sans oublier les déclarations de Denise Bombardier sur le manque de vitalité des francophones de l'Ouest. Des obstacles auxquels les communautés francophones ont répondu avec une grande dose de combativité et de fierté. Danielle Le Saux-Farmer, directrice artistique du Théâtre la Catapulte, à Ottawa, leur dédie une lettre d'amour, écrite en « langue francophone ».

Lettre d'amour aux francophones en situation minoritaire
par Danielle Le Saux-Farmer

Hey Dougie,

I don’t think you want to mess with my francophone wife.

C’est le 1er décembre 2018, et c’est une des pancartes du rassemblement contre les coupures du gouvernement de « Thug » Ford.
Ma mère me l’a pointée avec un sourire en coin. Ça aurait pu être mon père qui aurait écrit ça. Comme bien des gens en Ontario, je suis née d’un couple exogame : une mère francophone et un père anglophone.
Et si ça n’avait pas été de ma mère et de ses « en français! » incessants, je serais sans doute pas ici, à vous raconter des choses dans la langue de Molière (ou celle de Dalpé ou de Desbiens, c’est selon).

Je suis au rassemblement à Ottawa, avec ma mère et mes sœurs; je croise des tonnes de vieilles connaissances du primaire, du secondaire, de l’université et des gens du milieu artistique et culturel d’Ottawa.
Je suis allée à la manifestation, pis j’y ai trouvé une grande famille. C’est quétaine mais c’est ça. J’avais une famille de milliers de personnes, pis je l’avais pas réalisé.

Faque le 21 octobre dernier, j’en crois pas mes oreilles quand, à Tout le monde en parle, j’entends dire que moi et c’te grande famille-là, on a presque déjà disparu. J’ai failli passer out. Denise, de quoi s’tu parles de?

En même temps, pendant la quasi-décennie au cours de laquelle j’étais résidente de Québec, j’ai eu à expliquer plus d’une fois… que dis-je, des centaines de fois, que oui, ma mère est francophone du Manitoba; que oui, j’ai été à l’école en français; que oui, ça existait vraiment les Franco-Ontariens, et tous les autres francophones du Canada – un million à travers le Canada, en situation linguistique minoritaire –; et que, non, on ne se définit jamais entre nous comme « francophones hors Québec ». On est francophones. Point.

Fait que là, j’entends la Denise dire ce qu’elle dit, pis je sens qu’on se roule collectivement les yeux, les Franco-Canadiens.
Mais aussi, ça m’énerve. Pour de vrai.
Se rendre compte qu’on est invisibles. Et donc sans valeur.

Alors pour 2019 et après, j’ai un souhait pour les Franco-Ontariens, en partant d’une expression de Sudbury :
Quoi si?
Quoi si on se disait qu’on va prendre soin les uns des autres,
qu’on va résister,
qu’on va se mobiliser pis
qu’on est là pour rester. Watch out.
Parce que, comme Ontarien, à chaque matin où il faut prendre cette fameuse décision de protéger la langue et la culture, comme dit Ronald Caza, ben pour ma part, ça regarde ben pour demain.

Et je dis à ma mère Nicole; à mes profs de l’école secondaire De La Salle; à mes sœurs Steph et Kristin, qui décident, comme moi, à tous les matins, de vivre en français; à des battantes comme Carole et Lindsay, qui encouragent l’amour de la langue chez les ados; et à Joël et Djennie, qui luttent à Toronto; à Marie-Pierre et la gang de Place des arts, à Sudbury; à mes collègues; à mes amis qui font de la création artistique en français à travers le Canada en situation minoritaire; à Amanda Simard, qui claque la porte de son parti parce que ça ne marche pas, c’t’histoire d’un gouvernement qui fait preuve d’autant de mépris.

À vous que je n’ai pas nommés, mais qui appellent à l’action,
je vous dis, en empruntant à Steve Gagnon : « Nous sommes et serons de ceux qui résistent ».

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