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Guillaume Corbeil : Cessons de demander aux artistes de se réinventer

On dira ce qu'on voudra

Avec Rebecca Makonnen

Le samedi de 20 h à 21 h
(en rediffusion le dimanche à 2 h)

Guillaume Corbeil : Cessons de demander aux artistes de se réinventer

Il regarde un livre.

L'auteur Guillaume Corbeil

Photo : gracieuseté de l'auteur

« Ce qui me fâche le plus avec ce beau mot aux allures positives – réinvention –, c'est qu'il cache une désolidarisation. On dit aux artistes de se réinventer comme on dit à une ou un employé de 55 ans que son congédiement sera une opportunité de se réinventer. "Réinvente-toi", comme un euphémisme pour dire ''arrange-toi avec tes troubles''. » L'auteur Guillaume Corbeil joint sa colère à la grogne généralisée dans le milieu des arts et de la culture, laissé à lui-même depuis le début de cette pandémie.

Un extrait du monologue de Guillaume Corbeil : 

Depuis le début du confinement, j’ai essayé d’en regarder, de ces performances relayées par les réseaux sociaux. Sans vouloir manquer d’égards à mes camarades, j’avoue que ça m’ennuyait profondément, et souvent je laissais le live jouer pendant que ma souris me conduisait d’un article à propos du retour du hockey à un autre.

Je ne vois pas comment on peut faire du théâtre sans le précieux face à face avec le public, sans la rencontre privilégiée et périlleuse, nécessaire et difficile, qui se fait en chair et en os. Je m’en rends compte plus que jamais depuis le début de cette pandémie, le sens même de notre art, c’est le contact humain. C’est le vivant.

Alors quand j’entends qu’il faudra songer à écrire des scènes où les personnages demeurent à deux mètres de distance ou qu’ils se parlent à travers des plexiglas, j’ai envie de répliquer que c’est impossible, parce que mon rôle en tant qu’auteur, j’ai envie de dire : ma responsabilité, ce n’est pas de bêtement créer des spectacles pour vendre des billets, mais de représenter l’humain dans ce qu’il a de vivant. Et je suis désolé, mais le vivant commence là où la santé publique s’arrête.

Le vivant est fait de sang, de sueur et de salive, il est fait de gens qui se pleurent dans la bouche et qui se crachent dans les yeux.

Le virage numérique que nous propose cette réinvention, ça veut aussi dire jouer le jeu des Google-Apple-Facebook-YouTube de ce monde, en créant du contenu gratuitement pour générer des clics et des visionnements publicitaires sur leurs plateformes. En tant qu’artiste, je refuse de me battre pour faire ma place comme un amuseur public ou un troubadour du web. Je refuse de transformer mon travail pour capter l’attention, pour générer des clics et devenir le favori des algorithmes.

En voulant sauver la culture, est-ce qu’on n'achèverait pas de la détruire?

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