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Rebecca Makonnen
Audio fil du mardi 4 décembre 2018

Baby It's Cold Outside est (aussi) un hymne féministe à l'autonomie sexuelle

Publié le

Ricardo Montalban tient les épaules d'Esther Williams, qui semble vouloir reculer.
Esther Williams, à gauche, et Ricardo, Montalban, interprètent «Baby, It’s Cold Outside» dans le film Neptune's Daughter, en 1949.   Photo : Capture tirée du film «Neptune's Daughter»

Le classique des Fêtes Baby It's Cold Outside a été banni par de nombreuses stations de radio, notamment CBC et les stations appartenant à Rogers et Bell. Le duo, entre un homme qui insiste pour que la femme reste chez lui alors qu'elle résiste, est jugé inapproprié dans la foulée du mouvement #MoiAussi. Or, si on se penche sur le contexte dans lequel la chanson a été écrite, en 1944, il s'agirait plutôt d'un hymne déguisé pour l'autonomie sexuelle des femmes. Des explications de Stéphanie Dufresne, libraire à la librairie féministe L'Euguélionne.

Il est vrai que si on lit le texte de 1944 à travers le prisme de 2018, on peut être mal à l’aise que le protagoniste insiste pour que sa prétendante passe la nuit à ses côtés – « Beautiful what's your hurry?  » (Beauté, pourquoi es-tu si pressée?) –, alors qu’elle exprime le désir de retourner chez elle – « I really can't stay » (Je ne peux vraiment pas rester). Le comportement de l’homme apparaît inapproprié et manipulateur.

L'expression codée du désir féminin
À l’époque où la chanson a été écrite par le compositeur Frank Loesser, soit dans les années 1940, il était très mal vu pour une femme d’avoir des relations sexuelles hors des liens du mariage, et de surcroît d’exprimer elle-même le désir d’en avoir. Dans la chanson, que Loesser avait l'habitude d'interpréter avec sa femme dans des soirées mondaines, la femme exprimerait donc plutôt une peur de se faire prendre et d'être soumise à l'opprobre moral qu'un refus de rester avec l'homme.

Par exemple :

  • Elle ne dit pas clairement « Je n’ai pas envie », mais évoque plutôt la crainte de comment les autres pourraient réagir. Elle dit : « My mother will start to worry », « My father will be pacing the floor », « The neighbors might think  », « My sister will be suspicious », et ainsi de suite (Ma mère va s'inquiéter, mon père va faire les cents pas, que vont penser en les voisins, ma soeur va être suspicieuse).
  • Ensuite, elle laisse échapper des petites phrases qui indiquent qu’elle a peut-être envie de rester, comme « Well maybe just a half a drink more » ou « Well maybe just a cigarette more » et finalement la conclusion, « Okay fine, just another drink then ». (Peut-être un demi-verre de plus, peut-être une autre cigarette, okay, d'accord je vais prendre un autre verre.)
  • Enfin, il y a la fameuse phrase « Say what's in this drink? » (qu'est-ce qu'il y a dans ce verre?), qui donne évidemment à penser à la drogue du viol dont on apprend tant aux jeunes femmes à se méfier dans les bars. Est-ce qu’il l’aurait droguée pour avoir une relation sexuelle non consensuelle avec elle? Il semble plutôt que la réplique « What’s in this drink? » était une blague courante à l’époque, utilisée surtout par les femmes pour justifier le fait qu’elles exprimaient leur désir sexuel alors que les normes morales les en empêchaient. « C'était comme une espèce de clin d’œil pas subtil, du genre je drague et j’ai envie de coucher avec toi, mais je ne peux pas te le dire alors je vais blâmer le verre d’alcool que j’ai entre les mains. »

Donc, si on relit la chanson dans son contexte d’origine, elle montrait plutôt un personnage féminin qui cherche à exprimer son autonomie sexuelle.

Les normes de consentement ont évolué
Cependant, même s'il est intéressant de comprendre la chanson dans son contexte d’origine, ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas la réinterpréter et la critiquer à l’aune d’enjeux contemporains. En 2018, la question du consentement est à l'ordre du jour, surtout depuis le mouvement #MoiAussi. La compréhension de ce qu'est le consentement sexuel a évolué : il doit être actif, explicite, enthousiaste et révocable. Or, malgré ses racines potentiellement féministes, Baby It’s Cold Outside ne passe pas le test.

En bonus, voici une adaptation « en français s'il-vous-plaît » du classique hivernal.

Source : Washington Post

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