Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Rebecca Makonnen
Audio fil du mercredi 12 septembre 2018

Les femmes journalistes musicales en 2018 : toujours rarissimes

Publié le

La journaliste musicale Jessica Hopper, auteure du livre « The First Collection of Criticism by a Living Female Rock Critic ».
La journaliste musicale Jessica Hopper, auteure du livre « The First Collection of Criticism by a Living Female Rock Critic ».   Photo : Ryan Lowry

Le milieu musical reste encore et toujours fortement dominé par les hommes blancs. C'est le constat que fait la journaliste musicale Jessica Hopper dans son livre Night Moves, qui paraît le 18 septembre. Celle qui a écrit notamment pour Pitchfork, Rolling Stone et Vanity Fair prend appui sur deux décennies à naviguer dans la vie culturelle underground pour réfléchir avec clairvoyance et un brin d'acidité sur la diversité dans l'industrie musicale. Le critique Dominic Tardif l'a lu pour nous.

Jessica Hopper n'est pas née de la dernière pluie : elle fait ses armes en critique musicale depuis les années 1990, et a publié, en 2015, le recueil The First Collection of Criticism by a Living Female Rock Critic, dont le titre, qui tient de la bravade, évoque néanmoins les portes qu'elle a du enfoncer pour faire reconnaître sa crédibilité.

C'est une de mes critiques rock préférées, parce qu'elle écrit toujours avec un mélange d'acidité, d'intransigeance et de poésie, de réel émerveillement.

Dominic Tardif

Et pourquoi y a-t-il si peu de femmes critiques musicales?
« La réponse simple, résume Dominic Tardif, c'est parce qu'on a longtemps refusé que les femmes deviennent journalistes musicales. » Jessica Hopper publiait récemment dans Vanity Fair une enquête fascinante sur la place des femmes dans l'histoire du magazine Rolling Stone. Le texte, qui s'intitule «  It Was Us Against Those Guys: The Women Who Transformed Rolling Stone in the Mid-70s », relate comment ce sont des femmes, en particulier Sarah Lazin, qui ont lancé le département de la vérification des faits, près de cinq ans après la fondation du magazine.

Ces femmes racontent comment les textes de la vaste majorité des collaborateurs de Rolling Stone, surtout de ses stars, n'étaient soumis à aucun processus éditorial. Ça va créer comme de raison des frictions : le journaliste musical de sexe masculin étant toujours prompt à penser que chacune des phrases émergeant de son esprit touché par la grâce est le fruit d'un génie immaculé.

La deuxième explication avancée par Jessica Hopper est que les femmes journalistes rock sont rapidement discréditées comme étant des « fangirls », des groupies, alors que l'obsession d'un homme pour un musicien rock est perçue comme normale, voire désirable. « Là où l'obsession maladive d'un gars pour chacun des changements de musiciens au sein de Jethro Tull peut passer pour un centre d'intérêt relativement sain, voire une forme d'expertise, observe Dominic Tardif, la fille qui assiste à 22 spectacles de Franz Ferdinand est forcément une fille superficielle, qui aime la musique pour les mauvaises raisons. »

La diversité des voix au Québec
Il y a quand même quelques femmes qui écrivent en musique au Québec, se réjouit Dominic Tardif, qui note le travail d'Émilie Côté, de Valérie Thérien, de Catherine Genest, de Christine Fortier, d'Élise Jetté, de Sophie Chartier au Devoir, et bien d'autres. Elles apportent des perspectives et des sensibilités différentes, et peuvent aussi déconstruire des clichés de la masculinité imbriqués au punk et au rock.

« [Ça] force à mesurer à quel point le mauvais garçon dans le rock n'est pas tellement différent des autres avatars de la masculinité toxique et autodestructrice qui peuplent notre monde, il n'est peut-être pas tellement différent du sportif homophobe, ou de l'intellectuel qui "pénisplique" à outrance. »

Les couvertures des livres « They Can't Kill Us Until They Kill Us » de Hanif Abdurraqib et « The First Collection of Criticism by a Living Female Rock Critic » de Jessical Hopper.
Les couvertures des livres « They Can't Kill Us Until They Kill Us » de Hanif Abdurraqib et « The First Collection of Criticism by a Living Female Rock Critic » de Jessical Hopper. Photo : Radio-Canada/Stéphanie Dufresne

La situation est moins réjouissante sur plan de la diversité ethnoculturelle, le paysage médiatique étant encore très blanc au Québec. Aux États-Unis, ça tend à changer tranquillement, comme l'évoque Hanif Abdurraquib, un poulain de Jessica Hopper dans son livre They Can't Kill Us Until They Kill Us. Le jeune poète et journaliste musical afro-américain parle évidemment de Kendrick Lamar, de Kanye West, « c'est attendu qu'un Afro-Américain s'intéresse au rap », mais il est aussi abondamment question dans ce livre de groupes emo, comme My Chemical Romance et Fall Out Boy.

Je n'ai jamais eu autant l'impression de comprendre la vie des communautés noires dans le Midwest américain qu'en lisant un journaliste au sujet de sa passion pour Fall Out Boy. C'est sans doute à ça que ça sert, la pluralité de voix, pas seulement à ce que tout le monde ait la chance d'être entendu, ce qui est important, mais aussi à ce qu'on ait la chance de savoir comment les autres voient la vie.

Dominic Tardif

Chargement en cours