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Eugénie Lépine-Blondeau
Audio fil du lundi 12 juin 2017

Lettre d'amour de Joseph Edgar à l'Acadie

Publié le

L'auteur-compositeur-interprète Joseph Edgar
Joseph Edgar   Photo : Gracieuseté / Le Petit Russe

Le chanteur Joseph Edgar explique à Rebecca Makonnen son amour trouble pour son Acadie natale, dont il s'ennuie. Il lui dédit ici une lettre d'amour qui raconte toute la complexité de cette relation.

Chère Acadie,

Tu sais que j’t’aime, right?

Bin, en fait, je sais que t’en es pas toujours certaine, mais je veux commencer par te dire que mon amour pour toi est sincère et vrai. Oui, je sais, il y a presque six ans, après des années à sillonner presque toutes tes routes, je me suis éloigné physiquement de toi pour poursuivre une sorte de mission que je ne comprends pas toujours, mais qui fait en sorte que je me retrouve l’autre bord de la bouchure invisible, chez les Queebs, comme tu aimes parfois les nommer.

Je sais que quand j’ai pris cette décision, tu aurais voulu me dire de faire attention de ne pas me faire avaler par la machine stérile du pays de la poutine où Céline est queen pis qu’Écho Vedettes joue au star system avec des dress-up dolls de 24 heures. En fait, tu me l’as même dit, mais j’ai choisi de ne pas t’écouter. Parce qu’autant que je t’aime, parfois je trouve que tu joues la peureuse pis l’étouffeuse, pis ça fait en sorte que parfois, j’ai besoin de prendre de l’air. Tout comme Édith, Angèle, Roch, Marie-Jo, Wilfred, J-F Breau, Lisa, Radio Radio pis tous les autres qui l’ont fait aussi. Pis je sais que tu aurais préféré tous nous garder chez vous, mais dans un amour comme celui-ci, rester n’est point toujours la bonne affaire.

Mais ce que tu comprends peut-être pas, c’est que comme le dit l’expression, la distance crée des rapprochements, pis de ma backyard avec vue sur ruelle dans le Vieux-Rosemont de Montréal, c’est exactement ce qui se passe.

Un peu comme quand je pars en tournée pis que je m’ennuie de dire à ma blonde « C’est pas comme ça qu’on paqu’te un lave-vaisselle! », je m’ennuie de te dire comment je t’aime, mais que tu me drives nuts en même temps.

Oui je sais, on a souvent eu cette conversation.

Moi : OK là, ça va faire l’Acadie des clichés pour les touristes.
Toi : Oueille, mais ça aide l’économie.
Moi : OK là, ça va faire l’Acadie de l’Église beaucoup trop présente.
Toi : Oueille, mais c’est notre patrimoine.
Moi : OK là, ça va faire l’Acadie pleurnicheuse. La déportation, c’était 262 ans passés!
Toi : Oueille, mais il ne faut jamais oublier.
Moi : OK là, ça va faire chialer contre les Québécois tout le temps!
Toi : Oueille, mais z’eux chialent contre les Français!
Moi : OK là, ça va faire dire aux étrangers qu’on a les plus beaux couchers de soleil au monde, surtout quand tu n’as vu que les tiens!
Toi : Oueille, bin ça tu le dis aussi!
Moi : OK là, arrête de dire que Radio Radio c’est pas de la musique acadienne!
Toi : Chhhhhhht! Ils vont peut-être t’entendre!

Pis dans tout ça, je me rends compte que c’est pour ça que je t’aime. Malgré toutes tes contradictions pis ta petite population de trois cent quelques mille, tu continues à t’obstiner et à faire la têtue, pis je sais que c’est pour ça que tu es toujours là. Pis tu me dis, trois cent quelques mille en Acadie, mais des millions partout autour de la planète, sans compter mes adeptes!

Pis en effet, sur bien des points, à certains moments donnés tu as eu raison, pis même si tu l’admets juste en cachette, t’es contente d’évoluer, pis contente que tes enfants propagent ton attitude aux quatre coins du globe, même au pays des Queebs.

Acadie, je t’aime. Pis en lisant ceci tu me répondras certainement « Je sais ».

Pis je t’aimerai encore plusse.

XOX

Ton p’tit Joseph

 

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