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Rebecca Makonnen
Audio fil du lundi 17 juin 2019

Les femmes prennent la mer : un texte de Perrine Leblanc

Publié le

Le NGCC Henry Larsen sur les eaux glacées.
Le Henry Larsen, navire de la Garde côtière canadienne.   Photo : Pêches et Océans Canada

Les femmes prennent la mer : le US Naval War College vient de nommer sa première présidente en 135 ans d'existence, Shoshanna Chatfield. Plus près d'ici, Mélanie Leblanc, 40 ans, est devenue la première femme à diriger l'Institut maritime du Québec. Pour rendre hommage à cette dernière, Perrine Leblanc, auteure qui vit aux abords du fleuve en Gaspésie, lui a écrit un texte.

Une femme à la mer
Un texte de Perrine Leblanc (extrait)

Quand je m’installe pour écrire, je vois à travers les branches des arbres plantés chez le voisin, selon la saison ou l’humeur de la mer, un triangle bleu, gris ou blanc. La mer entre aussi chez nous par la fenêtre ouverte dans un chant sans mots, dans une manière de respiration qui me ramène à l’essentiel : la roue de l’année et des saisons, les cycles, le retour du jour après la nuit, le rythme de la nature qu’on détricote en groupe.

Je pense que j’ai toujours su que je me trouverais un jour un refuge sur le bord de l’eau, loin du béton et des gratte-ciel de Montréal, ma ville natale. L’année dernière, la mer en Gaspésie a gagné au moins deux nouveaux fans, mon chum et moi.

Je ne pêche pas, je me baigne rarement depuis que je me suis fait piquer par une méduse, mais la mer, je l’aime d’amour. J’ai une nette préférence pour les bords de mer rugueux, les rivages dangereux, les cuvettes, les hauts de falaise, les plages de galets. Mais je ne sais pas si j’aurais pu devenir capitaine comme Mélanie Leblanc.

J’aurais probablement été la seule femme à bord d’un navire qui rapporte au pays du pétrole ou en stage dans les eaux internationales pendant sept mois pour gagner mes galons. Je dois avouer que la vie à bord est tentante pour une écrivaine : t’es nourrie, t’es blanchie, tu peux t’isoler pour lire et pour écrire pendant que les autres font la fête.

Mais ton meilleur ami à bord, c’est pas le patron qui voyage pour la première fois avec une femme et qui te dit que ta place, c’est dans ta cuisine, c’est l’officier qui ne dort pas et qui te réveille avant l’aube pour te montrer la carte aux trésors dessinée par les phytoplanctons, les poissons volants et les épaulards au levant. Le monde du bateau est encore masculin. Environ 85 % des diplômés de l’Institut maritime du Québec sont des hommes.

Mélanie Leblanc sourit à la caméra en uniforme.
Mélanie Leblanc remplacera Daniel Dion à la tête de l'Institut maritime du Québec. Photo : Institut maritime du Québec

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