Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Rebecca Makonnen
Audio fil du mardi 9 avril 2019

Wavy Wanda et Baby Blue, pionnières du hip-hop à Montréal

Publié le

Capture d'écran un peu brouillée de Baby Blue et Wavy Wanda avec un chandail coton ouaté portant l'inscription «Classy Crew». Elles tiennent un micro et son en train de rapper.
Baby Blue (Stacey Wagoner) et Wavy Wanda (Wanda Martin) du Classy Crew, deux pionnières du rap à Montréal.   Photo : Capture d'écran : YouTube

Plusieurs femmes font figure de pionnières dans l'histoire du rap au Québec. Wavy Wanda et Baby Blue, qui se sont fait connaître sous le nom du Classy Crew de 1983 à 1985, sont deux d'entre elles. Leur histoire, racontée par Félix B. Desfossés, remonte à la surface pour la première fois.

L’histoire du Classy Crew, c’est d’abord l’aventure de deux meilleures amies. D’ailleurs, Wanda Martin et Stacey Wagoner sont encore à ce jour de grandes amies, bien que Stacey habite New York.

Wanda Martin est née dans le quartier Côte-des-Neiges, à Montréal, en 1966, dans une famille afro-montréalaise de classe moyenne. Elle se souvient que dans son quartier, ça pouvait parfois être chaud… Il pouvait y avoir toutes sortes de tensions entre bandes de jeunes. Elle se retrouvait souvent au centre de ces disputes en tant que médiatrice, pour tenter d’aider tout le monde à trouver des solutions. Elle fait d’ailleurs un parallèle entre ce rôle qu’elle prenait étant jeune et son travail d’intervenante psychosociale aujourd’hui auprès d’une clientèle adolescente.

Stacey Wagoner, elle, a grandi dans la partie sud de Westmount, dans le secteur du marché Atwater, dans une famille blanche monoparentale, avec sa mère.

Les deux filles se rencontrent à l’âge de 15 ans et deviennent immédiatement de grandes amies.

À peine deux ans plus tard, en 1983, elles font la rencontre d’un certain DJ Ray, un rappeur déjà actif à Montréal, ce dernier les encourage à se lancer dans le monde du rap.

Rappeuses à la radio
En premier lieu, elles sont engagées pour venir rapper à l’émission Club 980 de la station de radio montréalaise CKGM. L’animateur est Mike Williams. Cette émission est la seule à Montréal, au début des années 80, à diffuser du rap et différentes musiques urbaines.

Cette émission est le centre nerveux de la scène hip-hop montréalaise naissante. Mike Williams en est un peu le gourou. Ça l’amènera d’ailleurs à animer à MuchMusic.

Inutile de dire que Wanda et Stacey sont nerveuses à l’idée de passer à l’émission. Elles entreprennent donc de répéter intensivement pendant plusieurs semaines dans un local situé dans La Petite-Bourgogne.

Une fois leur baptême de feu passé sur les ondes de CKGM, elles ont la piqûre. Presque chaque semaine, elles sont invitées de nouveau à l’émission pour rapper en direct. Elles doivent donc constamment se renouveler avec de nouveaux rythmes et nouvelles rimes.

DJ Ray et Mike Williams prennent les jeunes rappeuses sous leurs ailes pour les aider à se perfectionner. Elles commencent à enregistrer des démos plus officielles, en dehors des ondes, sous la réalisation de Mike Williams. Quand le résultat est à son goût, l'animateur diffuse les chansons lors de ses émissions. Les pièces de Wavy Wanda et Baby Blue deviennent donc assez connues dans le petit milieu qu’est alors le hip-hop montréalais.

Les chansons tournent tellement que plusieurs pensaient qu’il s’agissait de véritables disques offerts en magasin, mais ce n’était pas le cas. On avait plutôt affaire à des enregistrements faits directement sur un magnétophone à bobines (reel to reel).

Stars montantes de la scène hip-hop
Cet engouement autour de leur carrière leur permet d’être invitées à quelques émissions de télé, notamment à NiteLife, animée par Peter King, sur les ondes de CFCF Montréal.

L’extrait de leur prestation sur YouTube sera le seul moyen d’avoir une idée – bien que très crépusculaire – du son du Classy Crew.

Au cours de cette période, elles décrochent aussi un contrat assez particulier qui leur procure une superbe visibilité au centre-ville de Montréal. La femme du fameux producteur Donald K. Donald les engage afin qu’elles se produisent chaque jour sur une scène installée au centre du grand magasin La Baie, rue Sainte-Catherine. Elles sont aussi accompagnées par des danseurs.

Leur présence attire l’attention du journal The Gazette, qui leur consacre un article. De plus en plus, elles se font reconnaître dans la rue, et leur carrière musicale prend de l’ampleur.

En février 1984, le Classy Crew est invité à donner une prestation au Spectrum lors du premier véritable événement hip-hop montréalais. Il s’agit d’un concours nommé Break dance ‘84. Toute la scène hip-hop montréalaise y est, y compris Mike Williams à l’animation de la soirée.

En 1985, elles sont de nouveau invitées au Spectrum, cette fois pour faire la première partie du groupe hip-hop américain The Fat Boys, qui connaît alors un bon succès commercial.

Elles se retirent au sommet
Wanda et Stacey sont toutes jeunes à cette époque. Elles n’ont même pas encore 18 ans! Elles mènent leurs études en parallèle. Stacey partira vers Boston pour un échange étudiant, ce qui mène à la fin de leurs activités musicales, puisqu’elle s’établit ensuite à New York.

De son côté, Mike Williams déménage à Toronto au milieu de l’été 1984 pour amorcer son nouveau contrat à MuchMusic. DJ Ray part aussi à New York, puis rejoint Mike Williams à Toronto. C’est donc la fin de ce premier chapitre hip-hop à Montréal.

Femmes pionnières
Selon Wanda Martin, parmi les premières personnes à faire du rap qu’elle a connues, il y avait The Sex Symbols – trois sœurs de la Rive-Sud – et Freaky D, une rappeuse qui a lancé le premier disque hip-hop à Montréal, en 1986. Parmi les pionnières du rap au Québec, on compte aussi Blondie et sa comparse Teddy Bear.

Comment expliquer que toutes les premières personnes à rapper à Montréal soient des femmes, mis à part DJ Ray, qui rappait et n’était pas vraiment DJ, et son comparse Shan Wan? Selon Wanda Martin, la majorité des gars de la communauté hip-hop étaient plutôt intéressés par la danse, le break dance, par l’aspect physique, sportif et compétitif de la chose. Les femmes ont été les premières à rapper et n’ont eu aucune difficulté à se faire accepter dans le milieu. C’étaient elles qui menaient le rap game!

Chargement en cours