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Rebecca Makonnen
Audio fil du lundi 14 janvier 2019

Appropriation corporelle : comment représenter les personnes handicapées à l'écran?

Publié le

Bryan Cranston est en triporteur sur le trottoir. Kevin Hart marche à ses côtés.
L'acteur Bryan Cranston (ici aux côtés de Kevin Hart) joue le rôle d'une personne en situation de handicap dans le film «The Upside».   Photo : David Lee/The Weinstein Company

The Upside, version américaine du succès français Intouchables, met en vedette Bryan Cranston dans le rôle d'un riche paraplégique. Plusieurs ont émis des réserves quant au choix de la distribution, puisque l'acteur n'a aucun handicap dans la vraie vie. Après l'appropriation culturelle, est-ce que 2019 serait l'année où les artisans en culture devront éviter les pièges de l'appropriation corporelle? Le chroniqueur et animateur Kéven Breton offre quelques conseils pour mieux réfléchir à la représentation des personnes en situation de handicap.

The Upside n'est pas la seule œuvre à être ciblée par cette critique : au Québec, lors de l'adaptation théâtrale d'Intouchables en 2015, on avait aussi fait la remarque à Luc Guérin, qui incarnait le personnage principal, qu'il s'agissait d'appropriation corporelle. Les films américains Stronger et Skyscraper ont reçu le même reproche ces derniers mois.

Il y a même un terme anglais qui a émergé pour décrire cette situation : crippled-up.

Crippled-up [adj., tiré de l'anglais] : le fait de " se rendre handicapé ". C'est un peu comme le whitewashing, le straightwashing et autres blackfaces du monde culturel.

Définition suggérée par Kéven Breton

Le handicap, un pari payant au cinéma
À Hollywood, il existe une équation quasiment toujours positive entre « histoires de personnes handicapées » et « profits ». Les scénaristes, producteurs et réalisateurs, majoritairement non handicapés, raffolent des histoires tournant autour du handicap et les portent souvent à l'écran. « Le handicap est émouvant. C’est un thème vendeur, note Kéven Breton. On y associe une forme d’inspiration, de dépassement de soi, etc. Mais ça reste dans le cliché. »

The Upside n'échappe pas à ce stéréotype. « C’est un énième cas de " quand on se compare, on se console ", où la personne handicapée trouve le bonheur "malgré son handicap­", et ce faisant, fait comprendre aux autres "la chance" qu’ils ont d’être non handicapé », explique le chroniqueur.

Autre point à soulever quant au traitement hollywoodien du handicap, interpréter un personnage handicapé est souvent perçu comme un défi extraordinaire à relever pour les acteurs qui doivent incarner toute la « misère » typiquement associée aux handicaps. Et relever ce « défi extraordinaire » est payant pour les acteurs, comme pour les studios. À titre de preuve, la liste des acteurs ayant remporté l'Oscar du meilleur acteur pour un rôle de personne handicapée est longue : Dustin Hoffman dans Rain Man (autisme), Al Pacino dans Scent of a Woman (cécité), Tom Hanks dans Forest Gump (déficience intellectuelle), Jamie Foxx dans Ray (cécité), et Eddie Reydmane dans The Theory of Everything (SLA), pour ne nommer qu'eux.

De l'appropriation culturelle à l'appropriation corporelle
Kéven Breton estime que les artisans du milieu culturel devraient entamer un questionnement similaire à celui qui a commencé à émerger à propos de la représentation culturelle.

Ce n’est pas normal de raconter l’histoire de groupes marginalisés, sans intégrer dans le processus créatif des représentants du groupe en question.

Kéven Breton

Il estime qu'il s'agit d'une question de réalisme et d'authenticité de l'œuvre. « Si l’interprète non handicapé n’en connaît pas suffisamment sur le sujet, ça peut nuire au rendu final et créer un portrait "distortionné" du handicap », qui ne peut que nuire aux gens concernés.

Quelques pistes pour commencer
Kéven Breton reconnaît qu'il faudra un travail de longue haleine avant que ne soient reconnus le talent et l’unicité des personnes handicapées, comme cela a été le cas pour celui d’autres groupes marginalisés. Il lance tout de même quelques suggestions de points de départ pour les artisans de la culture :

  • Il faut d’abord en parler, pour faire comprendre aux gens les nuances du débat.
  • Ensuite, il faut s'attaquer au concret. Par exemple, le bottin de l’Union des artistes, au Québec, permet d'effectuer des recherches exhaustives en fonction de l’âge, de la couleur de peau, des yeux… Depuis seulement quelques mois, une option permet de trouver des acteurs également en fonction de critères comme « autisme » ou « handicap visuel ». C’est un outil à faire valoir, pour inciter les productions à piger dans ce bassin de talents.
  • Finalement, il faut se rendre à la source : beaucoup d’agences d'artistes disent qu’il n’y a tout simplement pas d’acteurs handicapés disponibles. Pour élargir le bassin, il faut rendre les écoles de formation accessibles. Est-ce que les conservatoires et les écoles de théâtre sont prêts à recevoir des étudiants handicapés? On peut penser à la jeune fille qui avait été refusée dans le programme de théâtre au Cégep de Trois-Rivières, en raison de sa paralysie.

Parce que oui, avoir des acteurs handicapés, ça peut être un atout. Pensons aux performances dans Speechless, dans Switched at Birth, ou encore aux rares acteurs véritablement handicapés qui ont tellement bien fait lorsqu’on leur a laissé la chance qu’ils ont été récompensés d'un Oscar, tel Harold Russell en 1947 et Marlee Matlin en 1987.

Kéven Breton

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