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L’importance de témoigner : être correspondante, selon Céline Galipeau

Métier : journaliste

Avec Marie-Louise Arsenault

L’importance de témoigner : être correspondante, selon Céline Galipeau

Audio fil du samedi 17 août 2019
Elle sourit à la caméra.

La journaliste Céline Galipeau

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

« J'ai commencé le métier de journaliste en me disant : "Si, un jour, je pouvais, mon rêve serait d'aller travailler à l'étranger". » Céline Galipeau ne se doute pas à l'époque, qu'elle deviendra un jour correspondante à Moscou et à Pékin, et reporter de guerre en Tchétchénie et en Irak. Celle qui est aujourd'hui cheffe d'antenne du Téléjournal 22 h d'ICI Radio-Canada raconte avec une grande sincérité le travail accompli et les épreuves surmontées pour y parvenir.

Une enfance à l’étranger

Née d’une mère vietnamienne qui a fui la guerre d’Indochine et d’un père québécois, journaliste et diplomate, Céline Galipeau a grandi loin du Canada, en Afrique et au Moyen-Orient.

On avait ces deux cultures, deux richesses, qui nous ont donné une ouverture d’esprit dès le départ. Ensuite, de beaucoup voyager nous fait rapidement vouloir aller à la rencontre de l’autre.

Céline Galipeau

Elle raconte que sa jeunesse a été bercée par le son de la BBC, que sa famille écoutait religieusement chaque soir pour se tenir informée des nouvelles du monde.

La BBC, c’est ma première école et la plus grande école. On n’avait pas la télévision à l’époque, donc il y avait juste ce poste transistor installé au milieu du salon. [...] Et non seulement on écoutait les nouvelles, mais ensuite mes parents nous expliquaient ce qu’on avait entendu, ce qu’il fallait savoir. Ils nous donnaient du contexte. C’était mon petit Téléjournal à moi.

Céline Galipeau

La journaliste croit que cette enfance passée à l’étranger, l’oreille collée à la BBC, l’a prédestinée à son métier de correspondante.

Elle sourit devant la tour de Radio-Canada.

Céline Galipeau sur le parvis de la Maison de Radio-Canada, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Débuts en journalisme

Céline Galipeau est revenue au Québec en 1978 pour y poursuivre ses études entamées en Cisjordanie et en Jordanie. Un souhait paternel afin qu’elle renoue avec ses racines québécoises. Elle a étudié à l’Université McGill en sciences politiques.

Devenir journaliste comme mon père était un but, un rêve. Mais dans ma tête, je ne savais pas trop comment j’allais y arriver.

Céline Galipeau

Que ce soit à Montréal – à la station de radio CJMS, où elle a fait ses débuts comme journaliste –, ou plus tard en Tchétchénie, son premier terrain de guerre, Céline Galipeau raconte qu’elle a appris son métier sur le tas, sans jamais faire d’études en journalisme.

Une très bonne culture générale suffit à devenir journaliste, parce que ça prend de la curiosité et une grande capacité d’adaptation.

Céline Galipeau

La fusillade du 8 mai 1984 à l'hôtel du Parlement, à Québec, est l’événement qui l'a décidée à s’investir à 100 % dans le journalisme, et pas seulement pour payer les études en mode qu’elle venait d’entreprendre.

Premiers pas à Radio-Canada

Céline Galipeau est entrée à Radio-Canada à Montréal en 1984, où elle a même fait la météo à ses débuts. Rapidement affectée à l’animation à la télévision, elle se rappelle la défiance de la salle de nouvelles, majoritairement masculine à l’époque, à son égard.

« C’était assez dur pour les jeunes femmes qui rentraient dans la salle de nouvelles à l’époque. [...] Je réalisais mon rêve, mais ce n’était pas simple non plus. J’avais surtout besoin d’acquérir de la crédibilité », reconnaît-elle.

Dans la vidéo ci-dessus, Céline Galipeau lit son premier bulletin d'informations au cours de l'été 1985. Elle remplace alors son collègue Jean Ducharme au Téléjournal de fin de semaine.

Bien qu’attirée avant tout par l’animation – « les heures passées, enfant, à écouter la BBC [avaient] fait leur effet sur moi », dit-elle, amusée –, la jeune journaliste était convaincue qu’elle ne pouvait acquérir cette crédibilité qui lui manquait tant, selon elle, qu’en faisant du terrain.

Céline Galipeau a alors décidé de partir à Toronro pour acquérir de l’expérience. En 1991, elle a obtenu sa première affectation à l’étranger, à Londres, pour remplacer Francine Bastien, partie couvrir la guerre du Golfe – avant qu’elle-même y soit envoyée.

Toutefois, cela ne suffit pas à l’époque à la rassurer sur ses talents de journaliste. Céline Galipeau reconnaît sans difficulté être une grande inquiète, toujours dans le doute.

J’ai l’impression que ce n’est jamais assez, ce que je fais.

Céline Galipeau

Correspondante, un métier imprévisible

Moscou a étét sa première affectation comme correspondante. Elle y est restée de 1994 à 1997, une époque charnière pour la Russie, qui venait de voir s’effondrer l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

« À l’époque, pour beaucoup, l’histoire était terminée; la Russie allait tranquillement se transformer et devenir comme le reste de l’Occident. Tout était en train de changer, et en même temps, tout résistait au changement », se souvient-elle.

La force d’un correspondant, c’est d’être sur le terrain, de pouvoir parler aux gens, de pouvoir voir et entendre ce qui se passe.

Céline Galipeau

Couvrir l’actualité chaotique de ce grand pays l’a obligée à travailler énormément, et elle culpabilisait de son propre aveu de ne pas pouvoir s’occuper de sa famille, qu’elle emmenait toujours avec elle sur le terrain. « [C'était] l’aventure et la découverte pour les enfants, souligne-t-elle. Mais [c'était] une période qui [était] plus tendue, plus difficile [à vivre pour notre famille]. »

Le choc de la guerre en Tchétchénie

Pendant ses années passées à Moscou, Céline Galipeau a vécu sa vraie première guerre sur le terrain, en Tchétchénie, sans y être beaucoup préparée.

« Même si mes parents m’avaient beaucoup parlé de la guerre, parce qu’ils l’avaient vécue, de le voir, [c'était] vraiment un grand choc. Je n’étais pas préparée du tout, souligne-t-elle. [...] On n’était pas organisés comme les grands réseaux d’information le sont aujourd’hui. [...] J’ai appris sur le tas encore une fois. J’ai tout appris là les rudiments de [la couverture des] conflits. »

Elle raconte avoir eu peur de mourir en Tchétchénie, sans que cela n’entache en rien son amour du métier et la volonté de continuer à le pratiquer.

Pourquoi fait-on ce métier si ce n’est pas, dans ces situations-là, pour essayer de raconter ce qui se passe? Parce qu’on a une responsabilité à ce moment-là envers les gens autour de nous, les victimes civiles.

Céline Galipeau

Le rôle de l’émotion dans son travail

Lors de la guerre au Kosovo, Céline Galipeau rapporte qu’elle devait couvrir des événements « horribles » – la déportation des Albanais ainsi que la découverte de charniers – et qu’elle a réalisé l’importance de l’émotion dans son travail.

L’émotion sert à faire comprendre aux gens qui sont à des milliers de kilomètres ce que vivent les populations. On essaie de dénoncer une situation, et parfois, ça prend de l’émotion, des images fortes pour arriver à transmettre la réalité et secouer l’indifférence des gens.

Céline Galipeau

La place des femmes

Plus tard correspondante à Pékin, Céline Galipeau a été appelée à se rendre au Pakistan et en Afghanistan. Elle devait y porter un voile, ce qui a créé une controverse au Québec. « C’est là, vraiment, que j’ai pris conscience de la difficulté pour les femmes de vivre dans l’espace public », raconte-t-elle.

Plan buste de Céline Galipeau qui porte le voile. Des hommes sont derrière elle.

Céline Galipeau, lors d'un reportage en Afghanistan.

Photo : Radio-Canada

Ça a changé ma façon de travailler, parce qu’après, c’est devenu une préoccupation constante pour moi de couvrir la place des femmes, comment elles sont traitées.

Céline Galipeau

Dans la vidéo ci-dessous, Céline Galipeau et Patrice Roy racontent leurs souvenirs de l'Afghanistan.

Première cheffe d’antenne

Rentrée au Québec en 2003 pour retrouver ses premières amours, soit l’animation, Céline Galipeau est devenue, six ans plus tard, la première femme à occuper le poste de cheffe d’antenne du Téléjournal 22 h d'ICI Radio-Canada.

Il fallait que je fasse ma place après Bernard Derome, et ce qui est difficile, c’est que ça a pris quelques années avant que je puisse vraiment occuper ce poste comme je voulais le faire.

Ci-dessus, Céline Galipeau présente son premier Téléjournal comme cheffe d'antenne, en 2009.

L’avenir du journalisme

Extrêmement préoccupée par le phénomène des fausses nouvelles, Céline Galipeau est convaincue du rôle crucial des journalistes qui consiste à vérifier les faits et à les remettre en contexte. Elle insiste aussi sur l’importance d’aller sur le terrain.

Le Téléjournal va finir par disparaître, je pense, parce que les gens, les jeunes, ont des habitudes différentes. Mais juste de le dire, ça m’inquiète.

Céline Galipeau

Elle s’inquiète également de la crise que vit la presse écrite francophone au Canada.

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