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Catherine Perrin
Audio fil du mercredi 5 décembre 2018

L’anxiété, le mal de la menace imaginaire

Publié le

Élise St-André, Sonia Lupien, Tina Montreuil et Ghassan El-Baalbaki au micro de Catherine Perrin.
Élise St-André, Sonia Lupien, Tina Montreuil et Ghassan El-Baalbaki   Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Lorsqu'on adopte une attitude d'évitement, qu'on ressent un stress intense ou une peur extrême devant une situation qui n'est pas réelle, c'est qu'on souffre de troubles anxieux. Ce problème, que 53 % des Canadiens perçoivent comme une épidémie et dont la prévalence est passée de 9 à 17 % chez les élèves du secondaire, serait dû à une gestion inadéquate des émotions, apprise durant l'enfance. Dans une discussion de 90 minutes, Catherine Perrin et ses invités parlent de stratégies pour faire la différence entre une menace réelle et une menace qui ne l'est pas.

« On ne peut pas réguler une réponse de stress si on ne sait pas réguler une émotion, prévient la chercheuse en neurosciences Sonia Lupien. Quand on a une émotion négative, on pense tout de suite qu’il faut s’en débarrasser, ce qui est une mauvaise idée, parce que c’est nécessaire à la survie, comme la douleur. C’est un peu comme une patate chaude, une émotion négative. Quand on dit aux gens de nommer une émotion, c’est toujours noir ou blanc : "Je suis heureux" ou "Je ne suis pas content", c’est tout. Il y a des centaines d’émotions. Juste de trouver la subtile émotion qui nous habite présentement diminue la réponse de stress. »

La genèse complexe d’un démon sournois

« Durant tout son développement, un enfant construit une compréhension du monde sur trois éléments : qui il est, qui sont les autres et qui est son environnement, souligne Ghassan El-Baalbaki, psychologue. Si sa compréhension de lui-même est : "Je ne suis pas capable de gérer", si la compréhension des autres est : "Ils sont dangereux" et si la compréhension de son environnement est qu’il s’agit d’un environnement non sécurisant, menaçant et dangereux, et qu’il grandit avec ça sans qu’il ait la possibilité de développer des comportements adaptatifs, la personne n’a pas le choix que d’être constamment en [état d’alerte] élevée et peut tomber dans une certaine forme de trouble anxieux. »

Catherine Perrin et ses invités.
Catherine Perrin et ses invités discutent des causes et des traitements possibles de l'anxiété. Photo : Radio-Canada

La psychiatre Élise St-André illustre par un exemple concret comment ces troubles peuvent prendre forme : « Un enfant tout jeune, de 2, 3 ans, dont le père est très grand, voit celui-ci se présenter devant lui et lui crier après pour une offense quelconque, quelque chose que le père ne veut pas… L’enfant va intégrer la grosse personne, le cri, va être extrêmement anxieux et sa réaction va être de reculer et de fuir. C’est une menace réelle! Son père est un mammouth. [L'enfant] intègre que lorsqu’il y a une grosse voix forte, une position d’autorité, [il va] avoir peur. »

Apprentissage insuffisant

« [Les gens qui ont] un trouble de la personnalité ont une plus grande difficulté [à maîtriser leurs sentiments], justement parce que leur entourage ne leur a pas servi d’apprentissage suffisant sur comment se calmer quand on est en colère, ou quoi faire avec la peine, poursuit la spécialiste. Quand ça explose, ça explose – on le voit à l’urgence. C’est sûr qu’on ne peut pas [dire] à quelqu’un, en le regardant dans les yeux : "Calme-toi." […] Il faut reconnaître avec la personne l’intensité d’une émotion présente, et après, on peut l’engager dans une psychothérapie de transformation et cheminer avec elle en continuant de la valider tout le temps dans son expérience, parce que son expérience n’est pas mauvaise. »

Donner de meilleurs outils dès que possible

Selon Tina Montreuil, psychologue ayant développé un projet pilote pour mieux outiller les enfants face au stress, il est important de bâtir la résilience des jeunes en bas âge. « On ne contrôle pas [le fait] qu’il neige aujourd’hui, mais je peux très bien contrôler comment je m’habille en fonction de la température, explique-t-elle. On ne contrôle pas les situations de la vie, par contre, la façon dont on réagit aux événements de la vie va [déterminer] si on développe un trouble. »

Catherine Perrin et ses invités.
Catherine Perrin et ses invités discutent des causes et des traitements possibles de l'anxiété. Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande

La réalité virtuelle à la rescousse

Stéphane Bouchard, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie, se sert de la réalité virtuelle pour traiter les troubles anxieux. « On ne désapprend pas la peur, on réapprend la sécurité, indique-t-il. On crée de nouvelles associations avec l’absence de danger. […] On sait que si on met les gens dans des contextes où ils peuvent progressivement, et avec succès, […] apprivoiser ce qui leur fait peur, ils vont réapprendre qu’ils sont capables d’y faire face et que ce n’est pas menaçant comme ils le percevaient. »

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