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Stéphan Bureau
Audio fil du vendredi 9 mars 2018

Le traumatisme, dommage collatéral du travail de journaliste

Publié le

Guillaume Lavallée, Stéphane Giroux, Vincent Larouche et Geneviève Garon au micro de Catherine Perrin
Guillaume Lavallée, Stéphane Giroux, Vincent Larouche et Geneviève Garon   Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Drames sanglants, abus, agressions, procès où aucun détail n'est mis de côté... Après des années à en être témoins, directement ou indirectement, ils en paient le prix, parfois jusqu'à ne plus pouvoir travailler. Trois journalistes, Geneviève Garon, Stéphane Giroux et Vincent Larouche, et le professeur de journalisme Guillaume Lavallée racontent à Catherine Perrin les scènes les plus troublantes qu'ils ont vues ou entendu décrire, et discutent de l'importance de raconter ces moments pour les digérer.

« On se retrouve directement collé aux personnes en train de vivre des drames épouvantables, directement à côté, peut-être, des victimes, de la mère d’une victime, des proches d’un accusé, décrit Guillaume Lavallée. Ce que vous voyez, généralement, ce sont les images les plus soft. Parce que les images les plus graphiques, ce sont les images qu’on ne publie pas. Et c’est ce qu’il nous reste. Généralement, les images publiées, même si elles sont dures, [conviennent], d’une certaine manière. Il y a un rapport esthétique, malgré tout. Mais les plus gore, les éditeurs de photos restent avec ça. »

Au-delà du réel
« À un moment donné, on a de la difficulté à croire ce qu’on voit ou ce qu’on entend, parce que ça dépasse la réalité que la plupart des gens vont connaître. On a beau vouloir se faire une cage émotive, se protéger, les faits sont là, souligne Stéphane Giroux. Quand on fait des affaires criminelles, quelque part, je pense qu’on est là par choix. Je pensais que j’avais la couenne assez dure pour dire : "Je suis capable de le prendre." Mais on a beau jouer au dur, ça finit par craquer. »

Quand ça craque
Il relate une journée particulièrement éprouvante lors du premier procès de Guy Turcotte : « Il y a une journée dans la salle d’audience [où] il a décrit de façon très [explicite] comment il a poignardé ses enfants. Je suis sorti de la salle d’audience, et je n’ai pas honte de l’admettre, j’ai été obligé de consulter. Il fallait que ça sorte. J’avais trouvé ça trop difficile. »

Le travail qui soigne
Selon Vincent Larouche, le simple fait de terminer un reportage sur un événement traumatisant a un effet thérapeutique. « La nature de notre travail fait déjà qu’on va en parler, dit-il. Des fois, on ne peut pas tout raconter, mais en général, ce qu’on a vu, ce qu’on a constaté, on va en parler. C’est la base de notre métier. Il y a une garantie, un peu, qu’on va faire sortir quelque chose. »

Sans issue
« Contrairement au lecteur ou à la personne qui nous écoute, on ne peut pas faire le choix de fermer [la télé], de baisser le son et de revenir quand ça sera moins dur », indique Geneviève Garon, avant de relater un épisode troublant vécu tout récemment. « Lundi, on était plusieurs journalistes à couvrir [le procès] d'un homme à Montréal, Christian Pépin, qui plaidait coupable pour le meurtre de sa mère et de sa grand-mère. À la base, l’histoire est, évidemment, atroce. Mais il s’est mis à décrire des agressions sexuelles qu’il disait avoir vécues pendant son enfance. Je vais vous épargner tous les détails, mais c’était extrêmement [explicite], et on sentait toute la douleur de cet homme-là. C’est marquant de sentir la détresse d’un être humain, comme ça. […] On se jetait des regards dans la salle d’audience, parfois. Tout était dans nos yeux. On se disait : "Quelle horreur!" »

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