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Catherine Perrin
Audio fil du jeudi 30 novembre 2017

Les chemins multiples de l’écriture inclusive

Publié le

Michaël Lessard et Noëlle Guilloton au micro d'Isabelle Craig
Michaël Lessard et Noëlle Guilloton   Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Le point médian, l'accord de proximité et l'exclusion de mots genrés (comme « patrimoine ») au profit de termes épicènes (« héritage culturel ») sont quelques pratiques à considérer pour qui veut adopter une écriture plus ouverte à la place du féminin. En France, ces pratiques provoquent la controverse, et l'Académie française s'est prononcée contre leur usage. Michaël Lessard, coauteur du Dictionnaire critique du sexisme linguistique, Noëlle Guilloton, terminologue, et Christophe Carron, rédacteur en chef de Slate.fr, débattent du mérite de tels usages au micro d'Isabelle Craig.

Christophe Carron explique que Slate.fr a adopté l’écriture inclusive après la sortie d’un manuel scolaire ayant lui aussi pris ce parti. Selon lui, cette publication a provoqué un éveil des consciences quant à l’aspect discriminatoire de certaines règles langagières, et la langue influe bel et bien sur la pensée en regard de place à accorder au féminin : « Une étude menée en France […] montrait que, quand on demandait aux Français de citer des écrivains célèbres, ils citaient majoritairement des hommes. Quand on formulait la question en demandant des écrivains ou des écrivaines célèbres, à ce moment-là, ils arrivaient à citer des femmes. Donc, le fait de choisir le mot "écrivaines" dans l’intitulé de la question permettait de remettre le patrimoine – ou, pour le coup, le matrimoine, si vous voulez – littéraire français dans les esprits. »

Relents discriminatoires
Michaël Lessard croit que l’Académie française a réagi à l’écriture inclusive de façon inutilement alarmiste, et que l’institution devrait plutôt accompagner les locuteurs dans l’évolution du langage. « L’accord de proximité était en usage avant le 17e siècle, quand l’Académie française et plusieurs grammairiens ont décidé d’imposer le masculin qui l’emporte pour des raisons politiques, évoque-t-il. Si l’on reprend des citations de l’époque, on dit que le masculin est le genre le plus noble en raison de la supériorité du mâle sur la femelle. Il faut donc réagir à cette masculinisation de la langue. »

Moyens détournés
Noëlle Guilloton préfère encore la règle voulant que le masculin l’emporte en raison de sa connotation neutre, et préfère insister sur d’autres moyens de promouvoir le féminin à l’écrit : « Ma position est plutôt de rapprocher le masculin du mot à accorder. C'est-à-dire inverser l’ordre des mots. De dire, par exemple : "Les villes et les pays étrangers", plutôt que d’avoir le masculin pluriel proche du nom féminin, singulier ou pluriel. Par exemple, on va dire : "Les étudiantes et étudiants inscrits, désireux de poursuivre, etc." » On rapproche donc "inscrits" et "étudiants". […] Ça règle [le problème] euphoniquement, ce qui fait qu'à l’oral et à l’écrit, ça coule beaucoup mieux. C’est un petit exercice simple à faire qui ne touche pas au sens. »

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