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La vie après la perte du permis de conduire pour ivresse au volant

Médium large

Avec Catherine Perrin

La vie après la perte du permis de conduire pour ivresse au volant

Audio fil du mercredi 18 octobre 2017
Un barrage routier

Un barrage routier contre l'alcool au volant.

Photo : Radio-Canada

Dépendre du transport en commun, payer plus cher pour ses assurances ou ne plus en avoir du tout, décevoir ses proches, conduire avec un éthylomètre... Ce ne sont là que quelques-unes des conséquences avec lesquelles Alexandra, Éric et Valérie, trois personnes dont nous avons changé le nom, doivent vivre pour avoir conduit en état d'ébriété. En compagnie de l'avocate Debora de Thomasis, ils expliquent à Isabelle Craig pourquoi avoir pris le volant, un soir, a été pour eux la pire décision de leur vie.

Quand j’ai vu les lumières du barrage, je me suis tourné vers mon passager et j’ai dit : "Eh bien, je vais perdre ma job."

Éric

« J’étais dans une soirée avec des amis. Ça m’arrivait quand même assez fréquemment de prendre ma voiture à la fin de la soirée en disant : "Ça fait au moins deux heures que j’ai pas bu." Mais cette fois-là, j’ai vraiment dépassé la limite. Je n’étais même pas consciente. Je ne me souviens même pas d’être partie du bar. C’était une bonne chose, que je me fasse arrêter, finalement. Quand je me suis fait arrêter, tout à coup, je [suis devenue] très consciente de l’erreur. »

Devoir
Valérie se fait maintenant un devoir de raconter son histoire autour d’elle, puisqu’elle considère que consommer de l’alcool est socialement accepté et dit avoir grandi dans un milieu où il n’était pas mal vu de prendre sa voiture après une soirée arrosée.

« Garde la voiture, je n’ai plus d’assurances »
« Ma compagnie d’assurance ne voulait plus m’assurer. [Mon assurance] a été enlevée. J’ai donné la voiture à mon beau-frère, en lui disant : "Garde la voiture, je n’ai plus d’assurances" », raconte Alexandra, qui a été arrêtée avec un taux d’alcoolémie de 1,9 après une soirée dans un bar. Après la suspension obligatoire de son permis pour trois mois, la Société de l’assurance-automobile du Québec (SAAQ) lui a imposé trois visites hebdomadaires chez Alcooliques anonymes pendant 5 mois.

Reportage de Corde sensible sur l'alcoolémie

 

« C’est une leçon de vie. C’est sûr qu’un jour, je vais devoir ravoir ma voiture, parce que je suis travailleuse autonome. Comme photographe, j’ai toujours quelque chose à transporter. En transport en commun, c’est difficile. »

Arrivée au poste de police, je n’ai pas dit un mot. Je n’avais jamais rien fait de ma vie, je n’avais pas de dossier. J’ai vraiment fait le saut. Ç’a été un petit traumatisme.

Valérie

Bouchées doubles
Éric a perdu son permis dans les mêmes circonstances, après une fête de bureau, alors qu’il commençait un nouvel emploi chez un concessionnaire automobile. C’est le véhicule de la compagnie qui a été saisi. Il se considère chanceux d’avoir pu garder son emploi. « Au début, je l’ai caché. Même si je faisais déjà des longues journées, je restais plus tard le soir pour être sûr d’être le dernier à partir, à pied [ou pour] aller prendre le métro pour entrer chez moi, se souvient-il. […] J’allongeais mes journées de travail, j’écourtais mes temps libres pour ne pas que ça paraisse. On met les bouchées doubles pour bien performer parce qu’on se dit : "Je ne veux pas leur donner une raison de plus de peut-être me congédier." »

Sans appel
Selon Debora de Thomasis, le public sous-estime la gravité d’une suspension de permis pour conduite avec facultés affaiblies. « L’une des premières choses que les clients me disent en entrant dans mon bureau, c’est : "Debora, j’ai besoin de mon permis pour travailler." Je réponds : "Je comprends, mais je ne peux pas [faire cela]." On me répond : "J’ai sûrement le droit d’avoir un permis pour le travail." Non. C’est tolérance zéro, vous ne pouvez pas avoir votre permis de conduire pour travailler pour les trois prochains mois, même pour aller reconduire vos enfants à la garderie, ou pour quoi que ce soit d’autre. »

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