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Stéphan Bureau
Audio fil du mercredi 26 juillet 2017

Consommer du poisson durable, une course à obstacles

Publié le

Du poisson sur les étalages
Du poisson sur les étalages   Photo : iStock

Distribution défaillante, mauvaise connaissance des produits, pêche industrielle dommageable pour l'environnement, difficultés pour les pêcheurs artisanaux de vendre leurs produits... Manger du poisson et des fruits de mer issus de pêche durable est un véritable casse-tête. Six spécialistes discutent avec Stéphan Bureau du chemin à parcourir pour faire de la pêche une chaîne de consommation saine.

Selon la chroniqueuse Katherine-Lune Rollet, le consommateur a une trop grosse charge sur les épaules pour faire des choix éclairés : les poissonneries sont inexistantes à l’extérieur des grands centres, les certifications de pêche durable se contredisent et les noms des espèces demandées dans les recettes sont souvent différents des noms dans l’usage au Québec. Conséquences : les Québécois mangent essentiellement des poissons qui ne sont pas pêchés chez eux, comme le saumon, la truite saumonée, la sole, l’aiglefin, le turbot, la morue, le tilapia et le pangasius.

« On a une très mauvaise connaissance de ce qui est offert au Québec, mais c’est aussi un problème de distribution, dit-elle. Près de 70 % du poisson [acheté au Québec] passe par Boston. Pour manger du poisson québécois, il faut passer par Boston. C’est complètement aberrant. »

Fraudes ignorées
Au problème de la fuite des stocks vers les marchés étrangers – 90 % du poisson canadien est vendu dans des endroits comme l’Asie, où il peut être vendu à plus fort prix – s’ajoute celui de la fraude alimentaire et des produits mal étiquetés, selon Sylvain Charlebois, professeur à la Faculté en Management et en Agriculture de l’Université Dalhousie, à Halifax. De 25 % à 75 % du poisson est mal étiqueté dans les épiceries et les restaurants canadiens.

Stéphan Bureau entouré de ses invités : Katherine-Lune Rollet, Anne-Marie Roy, Élise Désaulnier et Charles-Antoine Crête
Stéphan Bureau entouré de ses invités : Katherine-Lune Rollet, Anne-Marie Roy, Élise Désaulnier et Charles-Antoine Crête Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande

Il est par ailleurs permis en Asie que du homard des Îles-de-la-Madeleine soit vendu comme venant du Maine, puisque cela lui donne une image plus prestigieuse. « Je pense que c’est une occasion manquée, dit-il. On est entourés de trois océans, on récolte de très bons poissons, de très bons fruits de mer, mais on n’utilise pas ces produits pour vendre le pays comme tel. Je pense qu’il est temps qu’on le fasse. »

Payer pour la qualité
En tant que pêcheur aux Îles-de-la-Madeleine, Ghyslain Cyr vit directement le problème de la distribution. « Le marché québécois est difficile à cause du transport […]. Les avions qui ne rentrent pas, des caisses cassées… L’autre partie, c’est la question de la gestion, des plans de pêches. Mais le vrai nerf de la guerre, c’est que les consommateurs connaissent le produit. Quatre-vingt-dix pour cent du maquereau va vers l’appât pour le homard, le crabe et tout. On ne le mange pas dans notre assiette. Ça fait longtemps que je me bats pour une chose : que tous les acheteurs primaires de poisson paient à la qualité. »

Des économies sur le dos de la planète
Élyse Désaulniers, chercheuse indépendante, souligne les conséquences désastreuses de la pêche industrielle : « Le coût qu’on ne paie pas à l’épicerie, on le fait payer à la planète. Les chalutiers ramassent tout sur leur passage. En ramassant les poissons, on ramasse des récifs d’huîtres, des éponges, des coraux qui ont mis des siècles à se développer. Dans les eaux internationales, c’est un peu la liberté totale. »

Stéphan Bureau entouré de ses invités : Katherine-Lune Rollet, Anne-Marie Roy, Élise Désaulnier et Charles-Antoine Crête
Stéphan Bureau entouré de ses invités : Katherine-Lune Rollet, Anne-Marie Roy, Élise Désaulnier et Charles-Antoine Crête Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande

Selon elle, les prises issues de l’aquaculture ne sont guère mieux. « C’est une fausse bonne solution, dit-elle. Il faut déjà, pour produire 1 kilo de poisson d’élevage – le saumon, par exemple – entre 4 et 20 kilos de poisson sauvage pêché. […] On ne fait que déplacer [le problème]. Les espèces non menacées d’aujourd’hui vont devenir les espèces menacées de demain si on ne transforme pas nos façons de consommer. »

Plus de bienfaits que de dangers
Anne-Marie Roy, diététiste-nutritionniste, souligne que la consommation de poisson est essentielle pour ses apports en oméga-3, et que ces bénéfices dépassent les risques posés par la contamination au mercure et autres polluants, exception faite de quelques poissons prédateurs comme le requin. Elle souligne cependant qu’il est possible d’aller chercher ces oméga-3 dans des suppléments d’origine végétale.

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