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L’Institut Philippe-Pinel : le risque et l’empathie au quotidien

Médium large

Avec Catherine Perrin

L’Institut Philippe-Pinel : le risque et l’empathie au quotidien

Audio fil du jeudi 6 septembre 2018
Un corridor de l’Institut Philippe-Pinel, à Montréal.

Une image de la série documentaire Pinel : au cœur de la maladie mentale

Photo : Vimeo

Entretenir chaque jour des liens avec des individus qui peuvent soudainement vous frapper ou vous faire craquer, voilà ce que c'est, que travailler dans un hôpital psychiatrique qui accueille des patients qui ont commis des crimes violents, selon Marie-Ève Désormeaux et Philippe Chauveau. Les deux sociothérapeutes réagissent à la série documentaire Pinel : au cœur de la maladie mentale, et racontent à Catherine Perrin comment leur travail les hante même lorsque la journée est terminée.

« Quand je vais manger au restaurant, je n’aime pas qu’il y ait des gens dans mon dos. On est son outil de travail », dit Marie-Ève Désormeaux, à l’emploi de l’établissement depuis 14 ans. « On a de l’observation, on a beaucoup d’écoute, on voit les signes précurseurs chez les patients, ce qui fait qu’on est parfois capable d’éviter qu’il y ait des désorganisations. »

La récompense de la réinsertion

C’est par ce mot, « désorganisation », que la sociothérapeute désigne les épisodes violents des patients. Au-delà de ces aléas, elle décrit tout de même un emploi gratifiant : « Ces patients-là arrivent désorganisés, ils sont malades. Avec la médication, les traitements et les plans de soins, on arrive à les réintégrer dans la société. C’est sûr qu’on est fiers d’eux. Je dis souvent que les patients, je les aime. On finit par développer un attachement, c’est sûr. »

Employés négligés

Le trop-plein de violence a amené Philippe Chauveau à quitter son poste, il y a cinq ans. En août, il publiait dans La Presse une lettre ouverte dénonçant le peu d’égards des dirigeants de Pinel envers le personnel.

J’ai encore des images. Tout ce que j’ai vécu, ça ne s’en va pas. Les gens qui travaillent là emmagasinent des quantités de violence. Ce n’est pas [une fois par mois], ce n’est pas occasionnel, c’est chaque semaine, quand ce n’est pas chaque jour.

Philippe Chauveau

Face à l’agresseur

Philippe Chauveau déplore qu’après un accident de travail, il n’y a aucun protocole de réinsertion. Il raconte un scénario qui lui est régulièrement arrivé : « Tu as été frappé, tu pars trois semaines, tu reviens un jour, tu n’es pas fier, tu es un petit peu fragile, honteux – d’avoir quitté, d’avoir été frappé, d’avoir craqué –, ton patron te rencontre, il dit : "Ah, tu reviens aujourd’hui? Excuse-moi, j’ai une réunion, il faut que je m’en aille." Là, tu traverses [le corridor], et tu te retrouves face à ton agresseur. »

La série documentaire Pinel : au cœur de la maladie mentale est diffusée le mardi à 22 h sur Z Télé.

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