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Catherine Perrin
Audio fil du mercredi 29 août 2018

Programmer sa mort pour contrôler sa sortie

Publié le

Louise Latraverse et Nabi-Alexandre Chartier au micro de Catherine Perrin.
Louise Latraverse et Nabi-Alexandre Chartier   Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Pour ne pas subir les affres de l'hospitalisation en fin de vie, perdre sa dignité et être un fardeau pour autrui, Jacqueline Jencquel, une Française de 74 ans, a choisi de mettre fin à ses jours par suicide assisté en Suisse, là où cette pratique est légale, en janvier 2020. En compagnie de la comédienne Louise Latraverse et du chroniqueur Nabi-Alexandre Chartier, Jacqueline Jencquel fait valoir à Catherine Perrin qu'on ne devrait pas avoir à justifier sa décision par des raisons médicales.

« J’ai l’air d’être en pleine santé. Je ne le suis pas, et personne ne l’est à mon âge », affirme Mme Jencquel, qui avoue présenter des signes précurseurs de la démence ou de la maladie d’Alzheimer.

Mme Jencquel dit mener ce combat pour faire évoluer les lois françaises et européennes, afin que les personnes hospitalisées et hébergées dans des centres, et qui ne peuvent se rendre en Suisse, puissent elles aussi mettre fin à leurs jours comme elles l’entendent et au moment qui leur convient.

Prendre ses responsabilités

Elle croit accomplir son devoir envers ses enfants : « Ça fait des années qu’on en parle. Ils savent que c’est ma philosophie de la vie. Ils savent que je me sens responsable de les avoir mis au monde. […] Avoir un parent à charge, et surtout un parent qui devient dément… Je ne vais quand même pas leur faire ça. Ce n’est pas sympa. Évidemment, ils seront tristes, mais ils sont préparés. Ils préfèrent ça à me voir dans un état où je n’aimerais pas être. J’ai vu mon père mourir de la maladie d’Alzheimer. Je peux vous assurer que c’est une mort horrible. »

« Les plus belles années de ma vie »

Louise Latraverse, 78 ans, croit que son expérience représente l’autre côté du vieillissement. « Ce sont les plus belles années de ma vie, déclare-t-elle. J’arrive dans la vieillesse […] avec, tout à coup, une simplicité et un détachement que j’ai souhaités toute ma vie. Je suis une actrice, je suis une émotive, je m’engage, je m’enflamme… Tout cet aspect de moi, qui avait de grandes qualités, avait aussi des défauts qui m’ont souvent énervée au bout du compte. En entrant dans ma 70e année, je me suis intéressée à vivre ce que la vie me présentait. »

Oui, je me sens beaucoup mieux, j’aime beaucoup plus, et j’aime mieux que j’aimais. J’ai enfin le temps de faire des choses que j’aime. Il y a moins de pression. Je ne suis plus dans la performance.

Louise Latraverse

Fin fantasmée

Luce Des Aulniers craint que les tenants du suicide assisté ne présument du fardeau qu’une personne malade représente. « Cette interdépendance est un élément fondamental du fait qu’on est des humains, dit-elle. Ça m’apparaît un peu balayé au profit du fantasme […] de se fixer sur une norme, celle de cet adulte en forme. Il y a ce rêve, ce mythe, peut-être même cette illusion, de mourir en pensant qu’on aura le teint rose. »

La spécialiste du deuil remet en question la vigueur avec laquelle ces gens veulent réaliser un ultime souhait, en ignorant parfois ses conséquences. « On s’imagine qu’en contrôlant la réalité [de façon] très pragmatique, on va avoir prise sur notre angoisse. Ce que j’ai constaté, c’est que cette volonté de contrôle crée d’autres contraintes. »

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