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Catherine Perrin
Audio fil du mercredi 1 août 2018

Kanata : Ariane Mnouchkine, triste, dénonce « une injonction »

Publié le

Ariane Mnouchkine, fondatrice du Théâtre du Soleil, regarde vers le sol, tenant son menton dans sa main.
Ariane Mnouchkine, fondatrice du Théâtre du Soleil   Photo : Getty Images / Priyanka Parashar

Pour la directrice du Théâtre du Soleil, qui devait présenter Kanata, de Robert Lepage, l'annulation du spectacle représente bel et bien de la censure. Elle déplore que des « voix radicales » aient mis fin au dialogue entrepris avec les représentants des Premières Nations, et que ceux qui estiment que seuls des artistes autochtones devraient jouer leur histoire se trompent. Ariane Mnouchkine raconte à Stéphan Bureau comment elle a offert, sans succès, aux Premières Nations de donner un quatrième chapitre à Kanata.

« C’est une injonction qui fait fi de tout ce qui est universel, de tout ce qui nous unit plutôt que de tout ce qui nous différencie, déclare Ariane Mnouchkine. C’est chercher une espèce de pureté originelle dans nos cultures. C’est "interrogeant", c’est le moins qu’on puisse dire, pour ne pas dire effrayant. Il y a quelque chose de théorique, politiquement, que je conteste. »

Dans cette première entrevue depuis l’annulation de Kanata, la femme de théâtre évoque souvent la rencontre menée avec des représentants des Premières Nations, à Montréal, alors que la controverse sur l’absence de représentation autochtone dans le spectacle faisait rage.

Des revendications légitimes et moins légitimes
Elle dit avoir discuté avec des gens « d’une extrême bonne volonté ». « Une des participantes a dit : "Nous ne voulons plus être invisibles." J’ai entendu ça. Ça me paraît être une revendication totalement légitime, relate-t-elle, soulignant avoir invité les représentants au Théâtre du Soleil, à Paris. « La revendication à laquelle je ne pouvais pas accéder, c’était : "Nous voulons jouer dans votre spectacle sur votre scène à la place de certains de vos comédiens." Évidemment, c’était impossible. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, le théâtre. »

La faute aux radicaux
Mme Mnouchkine accuse une minorité radicale de cette assemblée d’avoir fait dérailler les discussions, lors desquelles il a été discuté qu’une production autochtone pourrait soit offrir une suite, une réponse, ou même un quatrième chapitre à Kanata, censé être un spectacle en trois volets : « Je peux vous assurer que ça a soulevé un très grand intérêt, et c’est normal, puisque c’était une tentative de [faire un] pont entre ces deux rives si lointaines au début de la réunion. […] Je pense que le récit qu’ont fait certains de cette réunion a plus appuyé sur ce qui n’avait pas été résolu que sur ce qui était en train de se résoudre. »

Comme toujours, ce sont les voix les plus radicales qui parlent le plus fort et qui font peur.

Ariane Mnouchkine

La censure par la peur
« Je ne veux pas renchérir sur des termes excessifs, poursuit Ariane Mnouchkine. Je pense qu’il y a une intimidation, et que chez certains idéologues, il peut y avoir, effectivement, une intention de faire plus qu’intimider, de faire peur. Et d’ailleurs, je pense que la censure, c’est la peur. La première censure, c’est l’autocensure. »

Elle insiste sur la différence entre une entreprise qui s’approprie un motif traditionnel pour en faire un produit et une œuvre artistique. « Je pense qu’on voisine l’absurde par confusion, parce que je pense qu’on ne prend pas le temps de séparer les matières, les sujets, les desseins, le respect. Parce qu’il y a une différence entre [créer] un personnage qui représente un jeune Autochtone et s’en moquer. Il y a un respect, il y a un travail, il y a une recherche. »

[C’est] accepter l’interdiction pour des acteurs, petit à petit, de jouer tout. Si on laisse faire ça, si on laisse dire qu’il n’y a que telles communautés, tels peuples qui peuvent jouer leur histoire, un jour, des grands patrons vont dire [qu’]on n’aura plus le droit de jouer un président, un roi.

Ariane Mnouchkine

Fatwas
Ariane Mnouchkine dit que l’épisode l’a amenée à lire davantage les blogues et les réseaux sociaux. Elle juge qu’on y trouve bien des réflexions contre-productives : « C’est une succession de fatwas qui sont effrayantes, qui ne sont pas civilisatrices, qui ne sont que séparatrices. »

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