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Catherine Perrin
Audio fil du mercredi 30 mai 2018

Jean Chrétien sur les pipelines, les Premières Nations et le français

Publié le

Jean Chrétien au micro de Catherine Perrin.
Jean Chrétien   Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

« Ce qui est important, c'est que le pétrole puisse être vendu. » L'ancien premier ministre canadien voit d'un bon œil les démarches du gouvernement Trudeau pour favoriser l'exploitation pétrolière, à condition que la population en retire des bénéfices. De passage à l'émission de Catherine Perrin à l'approche de la diffusion d'un documentaire à son sujet, Jean Chrétien a discuté avec l'animatrice de son parcours politique, de son travail comme ministre des Affaires indiennes, de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et de l'état du français au pays.

Toujours employé par le cabinet Dentons à titre d’avocat-conseil, l’ancien politicien de 84 ans réitère ce qu’il disait lorsqu’il était ministre des Affaires indiennes sous Pierre Elliott Trudeau : « On peut construire des pipelines d’une façon sécuritaire, mais il faut que ça bénéficie aux gens, dit-il. Je me rappelle avoir eu des discussions avec les entrepreneurs : "Créez des emplois pour les Autochtones. " Ils ont dit : "Ça, ce n’est pas notre job à nous autres." »

Selon lui, les bénéfices de l’exploitation des ressources sont plus importants que les risques. « Combien de fois a-t-on eu des pipelines qui nous ont causé des problèmes au Canada au cours de 25 dernières années? Nommez-m’en, lance-t-il à Catherine Perrin. Il y a [eu de petits déversements], c’est sûr, mais l’électricité, c’est dangereux! Si le fil tombe sur votre maison, vous allez mourir! Alors, on devrait enlever tous les fils électriques parce que c’est dangereux? C’est sûr que dans la vie, il y a des inconvénients. Pour avoir des bénéfices, il y a des risques. Seulement, des pipelines, dans le monde, il y en a partout, partout. »

Retard à rattraper

« Aujourd’hui, à cause de certaines circonstances, on vend notre pétrole aux États-Unis à 30 % de moins que nous, on le paie en Ontario pour le pétrole qui vient de l’ouest. Si on amène le pipeline dans les autres pays, on va avoir 30 % de plus, ajoute Jean Chrétien. Il y en a qui disent : "N’utilisons pas de pétrole!" Mais oui, c’est ça; si on n’utilise pas de pétrole, de gaz naturel, si on ne coupe pas un arbre, si on ne "damme" pas une rivière, si on n’emploie pas de charbon, on va geler! Le soleil, au Canada, au mois de janvier, ce n’est pas bien bon pour faire de l’électricité. Et le vent, il n’y en a pas tout le temps! »

Premières Nations : l’éloignement responsable des difficultés

Des six ans passés comme ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, de 1968 à 1974, il garde le souvenir de relations tendues, mais productives : « Je leur ai offert l’égalité. Ils ont dit : "Non, ça va devenir un désastre culturel pour nous. " Alors, j’ai retiré mes propositions. Je leur donnais exactement la même [chose] que tous les autres : "Vos terres indiennes, vous les administrerez comme vous voulez, vous vous les partagerez comme vous voudrez, mais vous serez des citoyens comme les autres, avec la conséquence [de payer] les mêmes taxes que les autres, aussi. " Ils n’ont pas voulu prendre ça. »

Voici comment il explique les problèmes vécus par certaines communautés autochtones : « C’est parce qu’ils ne vivent pas dans les villes. Moi, j’ai voyagé dans tous ces villages-là. C’est difficile. Quand vous êtes isolés dans le nord du Manitoba et que vous êtes un petit village qui vivait autrefois de chasse et de pêche… On ne peut plus gagner sa vie aujourd’hui à la chasse et à la pêche. Alors, il faut s’ajuster à la vie moderne, et quand vous vous ajustez à la vie moderne, vous perdez des choses. »

Québec et langue française : l’ennemi dans nos mains

Au sujet des élections provinciales à venir, il se réjouit que l’électorat et les partis souhaitent mettre de côté la question nationale : « On va pouvoir parler des vrais problèmes. Il y aura toujours des gens qui vont regretter que Wolfe a gagné la bataille des plaines d’Abraham. Moi, si j’avais été là, j’aurais réveillé Montcalm, et les Anglais n’auraient pas gagné, mais je n’étais pas là. […] Les gens pensent que nous aurions été mieux si nous étions demeurés Français. Peut-être, mais à l’époque, c’est nous, le Québec, qui avons refusé de nous joindre à la révolution américaine pour rester sous la Couronne britannique. »

Estimant que le rapatriement de la Constitution de 1982 a aidé les francophones hors Québec, il considère que la vraie menace qui pèse sur le français vient d’ailleurs : « On a toutes les garanties qu’on peut avoir. Le problème de la langue française, c’est que tous nos jeunes ont des machins dans les mains. Ce n’est plus du français, ce n’est plus de l’anglais, ce sont des mots coupés. T’essaies de lire ça et tu ne comprends rien. Ça va affecter définitivement la qualité de la langue française. »


L’homme que l’on n’attendait pas, un documentaire en deux parties, sera diffusé les 2 et 9 juin à 19 h sur ICI Radio-Canada Télé.

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