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Contraception et dépression : un lien plus clair

Médium large

Avec Catherine Perrin

Contraception et dépression : un lien plus clair

Audio fil du mardi 20 novembre 2018
Pilules contraceptives

Pilules contraceptives

Photo : iStock

Les femmes qui prennent la pilule contraceptive montrent significativement une fréquence plus élevée de pensées vagabondes en comparaison aux femmes ne prenant pas la pilule contraceptive et aux hommes, selon une étude montréalaise. Toujours selon ces mêmes résultats, plus une personne a de pensées vagabondes, plus elle est susceptible de souffrir de dépression. Sonia Lupien chercheuse en neurosciences, explique à Catherine Perrin que cette étude explique en partie le lien entre la contraception féminine et la dépression.

Ce qu’on cherche, c’est le facteur de vulnérabilité : qu’est-ce qui fait que les filles sont plus vulnérables à la dépression?

Sonia Lupien

Une surdose d’œstrogène?

Selon Sonia Lupien, il a été démontré dès les années 1990 que les jeunes filles ayant eu leurs menstruations à un âge précoce, soit avant 11 ans, connaissaient une plus forte prévalence de dépression que le reste de la population.

Dès lors, l’œstrogène est apparu comme une cause probable de débalancement. « Quand les menstruations débutent chez la jeune fille, il y a une augmentation de l’œstrogène, et sachez qu’il y a des récepteurs d’œstrogène dans le cerveau humain dans des régions particulièrement, impliquées dans la régulation des émotions, souligne la chercheuse. Quand une jeune fille commence ses règles à l’âge de 9 ans, le cerveau n’est peut-être pas préparé à recevoir cette surdose d’œstrogène. »

Quand une pilule précède l’autre

Puis, une étude danoise menée en 2013 sur plus de 1 million de jeunes femmes a révélé un lien plus direct entre la prise de contraceptifs hormonaux et la dépression. « [Les résultats] ont montré que quand une jeune fille recevait une prescription de contraceptifs oraux, six mois plus tard, une grande, grande majorité d’entre elles recevait une prescription pour des antidépresseurs », dit Sonia Lupien.

De pensées vagabondes à pensées moribondes?

La chercheuse Catherine Raymond a ensuite voulu vérifier si les contraceptifs hormonaux conféraient une vulnérabilité à la dépression en favorisant les pensées vagabondes, considérées comme un indicateur de progression vers la dépression. Elle a donc sondé 42 femmes et 29 hommes.

« Ce qu’elle montre, c’est que chez tous les participants, homme comme femmes, la fréquence des pensées vagabondes est associée au score des participants sur une échelle de dépression, indique Sonia Lupien. Donc, plus on a de pensées vagabondes, plus on a tendance à [avoir un pointage] élevé sur une échelle de dépression. »

Elle poursuit : « Les femmes qui prennent la pilule contraceptive ont une fréquence [considérablement] plus élevée de pensées vagabondes, et ce sont elles en général qui ont le score plus élevé à l’échelle de dépression. »

La spécialiste précise que cette étude strictement corrélationnelle a des limites, mais qu’elle ouvre la voie à une meilleure compréhension des liens entre contraception et dépression.

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