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Le vide de l'ennui pour faire le plein d'imaginaire

Les malins

Avec Jhade Montpetit

Samedi de 7 h à 11 h

Le vide de l'ennui pour faire le plein d'imaginaire

Audio fil du samedi 5 mai 2018
L'imaginaire en déroute est un livre du bédéiste et animateur Tristan Demers

L'imaginaire en déroute est un livre du bédéiste et animateur Tristan Demers

Photo : Les Éditions L'homme

Nos enfants auraient-ils perdu les clés de l'imaginaire? C'est la question qu'explore le bédéiste Tristan Demers dans L'imaginaire en déroute. En dépit de ce titre un brin fataliste, le créateur de Gargouilles assure que c'est un livre plein d'espoir.

Tristan Demers ne croit pas que les enfants ne veulent ou ne peuvent plus inventer, mais plutôt qu’ils ne savent plus comment faire.

« Je trouve que l’enfant n’a plus cet espace… Cette espèce de liberté créatrice qui est le fondement même de ce qu’il est comme enfant. Quelque part, cela fait partie de son ADN », souligne-t-il. « Je revendique le droit de permettre à l’enfant d’avoir son univers à lui dans lequel on n’est pas toujours le bienvenu comme adulte. »

Il a été conforté dans cette position après avoir rencontré des spécialistes de la petite enfance, des éducateurs, mais aussi des acteurs du milieu de la littérature et de l’industrie du jouet.

On est moins sur le grand boulevard de la créativité pour toutes sortes de raison.

Tristan Demers, bédéiste

Selon lui, tout commence par le fait que dès le plus jeune âge, les enfants intériorisent qu’ils doivent se conformer aux attentes sociales.

« Les enfants sont beaucoup plus qu’avant obsédés par le regard de l’autre. Donc il y a un souci de performance que je ne voyais pas il y a 10 ans. Je pense que les réseaux sociaux y sont pour beaucoup », explique-t-il.

Cette perte d’une certaine insouciance s’accompagne d’un besoin de validation de la part des adultes, fait-il valoir.

À qui la faute?

Tristan Demers ne veut pas tomber dans la facilité en montrant du doigt un coupable. Il y voit plutôt le résultat de grandes tendances sociales.

Par exemple, il observe que l’on fait tout pour éradiquer l’ennui chez nos enfants, alors que cela peut avoir des vertus.

« C’est fou de ne pas avoir le temps de s’ennuyer, parce que s’il y a un moment dans la vie où tu as le droit de te poser la question "quoi faire?", c’est toujours à l’enfance », s’insurge-t-il.

L’ennui, c’est l’équivalent de la page blanche pour l’auteur. C’est un moment formidable ou tout devient possible. Avant de remplir un sac, il faut bien accepter qu’il soit vide.

Tristan Demers

Il se montre également très critique envers le fait que tous les moments de la vie des enfants sont pris en charge du matin au soir par les adultes.

Le concept de moment libre, sans supervision directe, tend à disparaître.

« Comment tu vas être capable ensuite de ne pas avoir le réflexe qu’il soit toujours comblé par un parent, un adulte, qui vient s’en occuper? », s’interroge Tristan Demers.

Et les jouets, dans tout cela?

L’auteur regrette par ailleurs que l’on préfère acheter des jouets aux enfants plutôt que de les laisser en inventer.

Il rappelle aussi l’importance d’en acheter certains qui laissent la place à l’imagination des enfants. Par exemple, une voiture ou un ensemble à thé sans bruitage.

Tristan Demers constate que les enfants ont de plus en plus de difficulté à s’inventer des univers imaginaires, qui ne sont pas liés à des dessins animés ou à des films.

« L’industrie du jouet a changé et est beaucoup plus liée aux licences. À partir du moment où ton jeu de mémoire est un jeu de la Reine de neiges, […] tu ramènes toujours les histoires que tu crées à l’univers qui t’est imposé par la licence du jouet du film », martèle-t-il.

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