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Jhade Montpetit
Audio fil du samedi 2 décembre 2017

Migrants réduits à l'esclavage en Libye : des citoyens indignés à Ottawa

Publié le

Des centaines d'hommes sont assis parterre dans le sable en rang serré.
Des migrants attendent dans un camp de détention de la Libye.   Photo : Reuters / Hani Amara

« De la rage », c'est ce que Valérie Masumbuko, doctorante à l'Institut d'études féministes et de genre à l'Université d'Ottawa, a ressenti quand elle a entendu parler des migrants réduits à l'esclavage en Libye. Elle a choisi de mobiliser les citoyens de la communauté noire de la région en organisant une manifestation devant le Parlement samedi.

Un texte d'Agnès Chapsal

« La rage, parce qu'en 2017, avoir ce genre de choses, c'est incroyable, c'est abject », s'est-elle indignée.

La doctorante connaît aussi un sentiment d'impuissance face à la découverte de la traite d'êtres humains dans ce pays.

On se souvient de l'engouement en 2011 pour aller libérer la Libye et maintenant il n'y a aucune voix qui s'insurge contre ce phénomène-là.

Valérie Masumbuko, doctorante à l'Université d'Ottawa

« Marché aux esclaves »

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), un nombre croissant de migrants transitant par la Libye sont vendus dans ce qu'ils appellent des « marchés aux esclaves » avant d'être soumis au travail forcé ou à l'exploitation sexuelle.

La plupart d'entre eux sont utilisés sans avoir de salaire comme travailleurs dans la construction et de l'agriculture. Ils sont aussi nombreux à être torturés, brutalisés et menacés de mort. Leurs bourreaux contactent également leurs familles, qui parfois résident dans des pays africains éloignés de la Libye, pour leur extorquer de l'argent.

Plusieurs facteurs expliquent ce retour à un système esclavagiste, selon Mme Masumbuko.

« Il y a eu en 2011 une guerre civile qui a suivi la mort du président libyen et il y a un chaos qui s'est installé. Mais moi, je suis convaincue qu'un chaos ou une guerre ne peut pas produire de nouveaux comportements, donc il y avait au départ des graines d'esclavagisme dans ce pays. Avec la dépravation des moeurs qui arrive dans ce genre de guerre civile, ces comportements-là ont été mis en évidence et ont été amplifiés, donc c'est pour cela qu'on a cette situation aujourd'hui. Les graines de ce comportement existaient déjà », a avancé Mme Masumbuko.

Jabeur Fathally dans les locaux de Radio-Canada Ottawa-Gatineau
Jabeur Fathally, professeur de droit international et de droit comparé à l'Université d'Ottawa. Photo : Radio-Canada/ Andre Dalencour

Pour Jabeur Fathally, professeur de droit international et de droit comparé à l'Université d'Ottawa, une forme de discrimination à l'égard des communautés noires libyennes existait déjà sous le régime du colonel Kadhafi.

« Il y a toute une communauté, dont la ville de Tawarga, qui a été décimée, des milliers de morts, de blessés et de déplacés à cause de la couleur de leur peau », a-t-il rappelé.

Avec le morcellement du territoire, le déchirement social et politique, les milices, les passeurs ont profité de ce vide institutionnel pour ressusciter l'esclavage.

Jabeur Fathally, professeur de droit international et de droit comparé à l'Université d'Ottawa

PRÉCISION : La version originale de cet article laissait entendre que la communauté noire de la ville de Tawarga a été décimée alors que Mouammar Kadhafi était en poste. Or, selon le professeur Jabeur Fathally, les violences en question se sont plutôt produites depuis 2011, soit pendant la période post-Kadhafi.

Une violence peu dénoncée

Valérie Masumbuko regrette que cette « violation flagrante des droits humains » soit si peu dénoncée.

« Ce sont des actes graves en termes de droits internationaux », a rappelé le professeur Fathally. « L'interdiction de l'esclavage est une norme de jus cogens [une norme impérative], c'est-à-dire le top des normes qui doivent être respectées par tous les États. »

Mme Masumbuko aimerait voir une plus forte mobilisation. Ils étaient d'ailleurs une vingtaine à manifester à Ottawa samedi.

« On a l'air peu nombreux », a-t-elle reconnu. « Mais on utilise les médias sociaux pour mobiliser autour du globe. C'est déjà un début, on ne va pas s'arrêter si cette question n'est pas traitée et résolue. »

Nous avons tous une responsabilité morale de s'insurger contre les atrocités, ce qui déshumanise l'autre devrait nous déshumaniser aussi.

Valérie Masumbuko, doctorante à l'Université d'Ottawa
Valérie Masumbuko dans les locaux de Radio-Canada Ottawa-Gatineau
Valérie Masumbuko, doctorante à l'Université d'Ottawa Photo : Radio-Canada/André Dalencour

Le rôle de l'UE pointé du doigt

Selon la présidente internationale de Médecins sans frontières (MSF), Joanne Liu, l'Union européenne est responsable du financement de ce trafic d'êtres humains, car elle a donné des centaines de millions à la Libye pour que le pays garde ces migrants chez eux.

« Ce qu'ils ont fait en 2011, c'est-à-dire détruire le système de gouvernance de la Libye, a créé du chaos. D'autre part, on sait très bien qu'il y a des accords qui ont été passés entre les pays du Maghreb pour pouvoir maîtriser le flux migratoire », a aussi dénoncé Mme Masumbuko.

« Pourquoi est-ce que l'Europe ne s'élève pas pour arrêter l'esclavage des immigrants noirs? », a-t-elle demandé.

Les chiffres sont assez probants. Du 1er janvier au 7 mai 2016, plus de 187 000 migrants avaient atteint l'Europe par la Méditerranée. Durant la même période, en 2017, quatre fois moins, soit 49 000 migrants, ont réussi à traverser la mer.

La Libye en quelques dates :

  • 2011 : Le colonel Kadhafi est tué.
  • 2012 : Mohamed Al Megaryef dirige le pays.
  • 2012 : L'ambassadeur américain est tué à Benghazi.
  • 2014 : Nouvelles élections sur fond de violence
  • 2015 : Bombardements américains contre l'État islamique (ÉI)
  • 2016 : Les forces libyennes progouvernementales reprennent les villes aux mains de l'ÉI.

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