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Le fantôme du génocide cambodgien, ravivé par les souvenirs d’une fillette

Les malins

Avec Jhade Montpetit

Samedi de 7 h à 11 h

Le fantôme du génocide cambodgien, ravivé par les souvenirs d’une fillette

Audio fil du samedi 26 octobre 2019
Deux femmes sont assises dans un studio de radio.

L'auteure Henriette Levasseur (à gauche) et son amie Anouk'chet Suong.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

La petite Anouk'chet Suong avait cinq ans lorsque les Khmers rouges ont pris le pouvoir au Cambodge, en 1975. Elle a vécu la misère et la mort avant d'atterrir au Canada, orpheline, et d'enfouir ses souvenirs dans une boîte bien scellée. Quelque 40 ans plus tard, elle a toutefois permis à son amie Henriette Levasseur d'écrire son histoire qui s'intitule Anouk'chet: Une fillette au pays des Khmers rouges.

La petite Anouk'chet Suong a grandi en ville dans une famille aisée. « Une vie harmonieuse, entourée d’amour », se rappelle-t-elle, goûtant presque encore à la joie de vivre associée à cette période de sa vie.

En 1975, le groupe politique et militaire des Khmers rouges a pris le pouvoir de force au Cambodge et l’a conservé jusqu’en 1979. Suivant une idéologie communiste extrême, les Khmers rouges ont décimé le quart de la population du pays, soit près de 2 millions de Cambodgiens.

Sous la gouverne de Pol Pot, les militants ont cherché à éradiquer toute forme d’intellectualité en renvoyant les habitants au travail de la terre dans des conditions difficiles. « Les Khmers rouges voulaient renouveler la société au complet, retourner dans le passé et mettre tout le monde sur le même pied d’égalité », précise Mme Suong.

À l’époque, la jeune Anouk’chet avait cinq ans. Elle a vécu le dur labeur, la misère et a côtoyé la mort à plusieurs reprises avant d’immigrer au Canada la veille de son 11e anniversaire. Orpheline, elle a laissé une partie de sa famille derrière et a décidé de tout oublier.

Des souvenirs que j’ai enfermés dans une boîte pendant 40 ans. Et lorsque j’ai rencontré Henriette, on a décidé de faire parler la fillette Anouk’chet.

Anouk'chet Suong

Soulever le couvercle, doucement

Henriette Levasseur et Anouk'chet Suong se sont rencontrées en faisant du bénévolat au centre de soins palliatifs La Maison Mathieu Froment-Savoie. Avant chaque quart, Mme Levasseur aidait sa collègue à réviser pour un examen de français.

Entre les mots, une amitié s’est liée. « À ce moment-là, on ne parlait pas du Cambodge. Je sentais que c’était un terrain où il ne fallait pas s’aventurer. Je ne posais pas de questions », se souvient l’auteure.

C’est lorsque sa nouvelle amie a commencé à s’ouvrir qu’Henriette Levasseur a découvert l’ampleur de ce qu’elle avait vécu. Elle a d’abord encouragé Mme Suong à écrire elle-même son histoire, ce qu’elle n’a jamais fait.

C’était très difficile d’aller sortir Anouk’chet de sa boîte. C’était très pénible pour Henriette surtout, mais pour moi aussi.

Anouk'chet Suong

« Un jour, elle m’a dit à brûle-pourpoint : ‘’Henriette, il n’y a que toi qui puisses écrire mon histoire’’ », glisse doucement l’auteure. « C’est un cadeau qu’Anouk’chet m’a fait. »

Il a fallu deux ans pour coucher sur papier ce récit d’atrocités, pourtant ponctué de pointes de lumière.

Ce qui m’étonnait tellement, c’est que malgré l’horreur de ce qu’Anoukchet racontait, elle le racontait avec le sourire. Elle riait, elle racontait des anecdotes. [...] C’est ça qui m’a bouleversée, plus que tout le reste.

Henriette Levasseur

Précieux artéfacts

Les deux femmes sont d’accord : la rédaction du livre a été un travail de longue haleine.

« Ça ne sortait pas du tout. C’est demeuré très superficiel pendant longtemps », mentionne Mme Levasseur.

Ensemble, elles ont ri, mais aussi creusé, gratté et rouvert des plaies.

On allait couche par couche, un peu comme des fouilles archéologiques. On époussette un peu au début. On y va doucement, tranquillement.

Henriette Levasseur, auteure

Plus qu’un récit du passé, Anouk'chet: Une fillette au pays des Khmers rouges est devenu en parallèle celui d’une histoire d’amitié.

« J’ai confiance en Henriette. Elle a le pouvoir de tendre ses bras à la fillette [que j’étais] et de dévoiler, raconter sa vie », confie Anouk'chet Suong.

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