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Animateur Stéphane Garneau
Audio fil du lundi 17 décembre 2018

Édith Cloutier et la fierté d’être Anichinabée

Publié le

Édith Cloutier
Édith Cloutier dans nos studios   Photo : Radio-Canada / Pascal Michaud

« Il ne faut jamais avoir honte de sa propre mère. » Cette phrase prononcée par la mère d'Édith Cloutier a causé une onde de choc dans sa vie. Durant son adolescence dans les années 80, le racisme inhérent à la Loi sur les Indiens et le climat plutôt discriminatoire de Val-d'Or avait en effet créé chez elle un sentiment de gêne envers son propre héritage anichinabé. Depuis, elle a réinvesti son histoire familiale et culturelle, entre autres en dirigeant le Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or.

Dans sa jeunesse, Édith Cloutier avait du mal à assumer ses origines. « C’était évident que nous étions anichinabés, mais j’ai eu honte de cette partie-là de mon héritage, parce qu’on est dans une époque, au milieu des années 80 et au début des années 90, où ce n’était pas vraiment une grande fierté d’être Autochtone. »

Val-d’Or, où sa famille métissée s’était établie, était une ville essentiellement blanche et francophone. L’économie tournait autour de l’exploitation forestière et minière. Les Autochtones de Lac-Simon venaient en ville, par exemple, pour faire leurs commissions, mais retournaient rapidement dans leur communauté. « Alors, par peur d’être exposée [encore] au racisme, j’essayais de cacher tout simplement cet héritage anichinabé. »

C’est vers l'âge de 15 ou 16 ans qu’elle a été confrontée par sa mère. Elle marchait avec elle au centre-ville de Val-d’Or tout en essayant d’éviter qu’on les voie ensemble. Sa mère était une « Anichnabée très typée », comme elle le raconte. En se rendant compte de son comportement, sa mère lui a donné une grande leçon de fierté.

« J’en parle et je suis encore émue, parce que, [après coup], j’avais honte non pas d’être qui j’étais, mais d’avoir fait ça à ma mère, de lui avoir fait de la peine. »

Qui suis-je pour renier ma propre mère qui me donne tout?

Édith Cloutier, directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or

Elle explique que sa mère et sa grand-mère étaient déjà, à l'époque, de grands modèles dans sa vie.

Quelques années plus tard, le poste de direction du Centre d'amitié autochtone de Val-d’Or s'est libéré. Elle n’avait que 23 ans, et un diplôme universitaire en comptabilité en mains.

« Nous étions très peu à avoir un diplôme universitaire dans ma famille élargie, et chez les Autochtones en général [dans les années 90] », explique-t-elle. Elle a donc postulé et obtenu le poste, qu’elle occupe toujours aujourd’hui.

« On a encore du chemin à faire, mais c’est encourageant », ajoute-t-elle à propos du taux de diplomation des Autochtones qui grimpe en flèche actuellement.

Les femmes autochtones disparues et les sévices de certains policiers

Le témoignage d’une douzaine de femmes autochtones venues au Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or en 2015 pour raconter à Radio-Canada les sévices sexuels, les violences et l'intimidation qu'elles ont subis à répétition de la part de certains policiers de la Sûreté du Québec (SQ) l'a grandement ébranlée, tout comme de nombreux Québécois. À la suite du reportage présenté à l'émission Enquête, le choc a aussi été politique, se rendant jusqu’au Parlement à Québec. La commission Viens sur les relations avec les Autochtones a également été créée dans la foulée.

« À partir d’elles, il y a eu une série de dénonciations à travers le Québec venant d’autres femmes autochtones », raconte Édith Cloutier sur ce moment qui a profondément marqué l’histoire des relations entre Autochtones et non-Autochtones dans la province. Par contre, la douzaine de femmes autochtones de Val-d’Or qui ont dénoncé les abus attendent toujours, trois ans plus tard, que justice soit rendue. Aucune accusation n’a encore été portée dans cette affaire.

Ce sont des femmes qui ont encore soif de justice.

Édith Cloutier, directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or

« Leur vie est toujours aussi complexe, ajoute-t-elle. Elles sont encore très fragiles, certaines sont malades. Il y en a une qui est décédée. Donc, c’est difficile. »

Édith Cloutier explique aussi que le sentiment de peur envers les policiers, à Val-d’Or, est encore très présent parmi la communauté autochtone.

« Le sentiment d’insécurité est toujours présent. Rebâtir la confiance, ça prend toujours du temps. Mais, il y a quand même [maintenant] un agent de liaison, qui lui est un Anichinabé. »

Références :

Site web du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or
Page Facebook du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or

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