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Manon Barbeau : les blessures de l’enfance comme moteur de création

Les grands entretiens

Avec Stéphane Garneau

Du mardi au jeudi de 21 h à 22 h
(en rediffusion du mercredi au vendredi à 3 h)

Manon Barbeau : les blessures de l’enfance comme moteur de création

Audio fil du jeudi 10 mai 2018
La fondatrice du Wapikoni Mobile, Manon Barbeau, prend la pose pour le photographe.

Manon Barbeau

Photo : AFP / Clément Sabourin

« Comme j'avais beaucoup le sentiment d'être invisible, le besoin et le plaisir d'écrire se sont imposés très rapidement. » Abandonnée à 3 ans par ses parents, les artistes signataires de Refus global Marcel Barbeau et Suzanne Meloche, la cinéaste et fondatrice du Wapikoni mobile Manon Barbeau a découvert ce qu'elle appelle « le précieux pouvoir de l'inconsolable ». « Cette blessure intime liée à l'enfance est un puissant moteur d'action et de construction pour moi », dit-elle.

Élevée seule par deux tantes – son frère schizophrène a été placé en famille d’accueil –, la jeune Manon est une petite fille fragile, rêveuse et timide. À l’école, elle se découvre une passion pour la poésie. « J’ai commencé à écrire des poèmes, et les religieuses l’ont remarqué. Ç’a attiré l’attention, et je suis devenue un peu plus visible. »

Peut-être que ç’a été le début du processus créatif qui s’est poursuivi toute ma vie et qui me permet d’exister d’une certaine façon.

Manon Barbeau

Cette quête existentielle va définir la personne qu'elle est devenue. « Tout le monde était disparu. Quand toutes ces balises disparaissent, tu peux avoir très peu le sentiment de ta propre existence. Pour que ces gens partent, tu ne dois pas beaucoup exister pour eux. Ça m’a accompagnée toute ma vie. J’ai encore très peu le sentiment de ma propre existence. »

Affronter son passé avec sa caméra

Manon Barbeau a beaucoup aimé son père, Marcel Barbeau, malgré le fait qu’il l’ait abandonnée pour se consacrer à la peinture. Elle l’a peu vu puisqu’il passait sa vie entre Vancouver, New York et Paris, mais elle le décrit comme un homme « dur, sensible et probablement paranoïaque ».

Avec son documentaire Les enfants du Refus global, elle a pu poser les vraies questions à son père grâce à la confiance et à la distance que lui donnait la caméra. C’est une expérience qui l’a transformée. « Passer à travers tout ça en l’assumant a fait de moi quelqu’un d’autre. »

Cela lui a aussi permis de se rapprocher de son père dans ses derniers moments.

Je savais que, malgré cette apparente dureté, cet homme-là m’aimait vraiment. Il est mort en me tenant la main. C’est à moi qu’il a tenu la main pour mourir.

Manon Barbeau

« En dépit de beaucoup de moments difficiles vécus avec lui, cette trame sous-jacente de tendresse, je pense que je l’ai toujours sentie, et je la sens d’autant plus qu’il n’est plus là, maintenant. Il m’habite d’une façon très douce et très tendre. Je suis plus libre de l’aimer. Parce que j’ai moins peur de ses colères. »

L’instinct maternel pour survivre

Pour combattre les traces laissées par les multiples abandons, Manon Barbeau a senti le besoin de bien s’entourer, de se créer un clan. Elle partage sa vie depuis 40 ans avec un homme, avec qui elle a eu deux enfants, qui ont eux aussi eu des enfants.

Ma famille, celle que j’ai créée, m’a probablement sauvée du naufrage. Pour moi, c’est le sens de tout.

Manon Barbeau

« Mon lien avec les Premières Nations est probablement de cet ordre-là aussi. J’ai multiplié les enfants. J’en ai partout. J’ai un très vaste réseau affectif, à qui je pense avoir été utile. » Depuis 2004, l’unité mobile de création cinématographique autochtone qu’elle a fondée, Wapikoni mobile, a mené à la création de 1000 films. L'organisme culturel est un partenaire de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture depuis 2017.

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