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Stéphane Garneau
Audio fil du lundi 12 mars 2018

Éric Baratay, l’historien qui donne une voix aux animaux

Publié le

Éric Baratay
Éric Baratay   Photo : Radio-Canada / Musée des Confluences / Yann-Son Nguyen

« On a fait beaucoup d'anthropocentrisme. Un peu comme beaucoup de populations humaines ont fait de l'ethnocentrisme, nous avons fait la même chose par rapport aux animaux, en considérant qu'ils n'étaient pas aussi perfectionnés que nous. » Pour combattre l'idée que l'histoire est réservée aux humains, l'historien français Éric Baratay s'est mis à étudier et à documenter les histoires des membres du règne animal pour reconnaître leur apport à l'humanité.

De 1980 à 2010, « on faisait ce que j’appelle maintenant "une histoire humaine des animaux". C’était la manière dont les hommes pensent, se représentent et utilisent les animaux. Finalement, on savait beaucoup de choses sur les hommes, mais quasiment rien sur les animaux », raconte-t-il.

De ce constat est venue l’idée de raconter « l'histoire animale des animaux », de rapporter comment les animaux ont vécu des phénomènes historiques humains. L’historien s’est donc penché sur des récits de soldats durant la Première Guerre mondiale ou sur des rapports de vétérinaires.

Il cite en exemple le périple entre Marseille et Paris d’une girafe égyptienne donnée en cadeau à Charles X en 1826. Pour les spectateurs, l’animal était fier et fort en dressant son cou lors du périple. Or, d’un point de vue animalier, c’est un signe de stress intense.

La souffrance et la douleur, comme barèmes d’humanité

M. Baratay a constaté avec les années que la frontière entre les animaux et les humains est de plus en plus mince. Il devient donc de plus en plus difficile de reléguer au second rang l’expérience animale.

« On croyait que seul l’homme connaît la douleur. On a ensuite inventé l’histoire de la souffrance – on sait maintenant que c’est une distinction qui ne tient pas. Il y a des animaux qui connaissent la souffrance, c’est-à-dire qui ont des émotions liées à la douleur, comme la dépression. »

Cette connaissance a mené au concept de droits des animaux. « Depuis les années 1990, la grande nouveauté est que nous savons mesurer la douleur et la souffrance chez les animaux. Un animal qui souffre génère des substances, comme l’adrénaline, ou des toxines. On peut, avec des analyses sanguines, mesurer les taux de production de ces substances, ce qui fait que, depuis 20 ans, on peut prouver la souffrance de telle et telle espèce. »

Cette conscientisation devrait mener, selon lui, au végétarisme, un mode d’alimentation qu’il a adopté en 1977. « Je pense que dans quelques années ou quelques décennies, on trouvera aberrant de faire souffrir un animal pour le manger, parce qu’on saura qu’un animal qui souffre en étant abattu produit de la mauvaise viande. »

Les avancées scientifiques pour valider l’expérience animale

Le futur de l’histoire animale réside dans le développement de sources animales, « c’est-à-dire de véritables témoignages d’animaux ». Par exemple, les géographes peuvent suivre les déplacements d’un ours à l’aide d’un GPS et on peut ainsi connaître la vie d’un animal par ses trajets.

Tout ce qui a trait au domaine de la génétique, particulièrement ce qui touche à l’évolution, s’avère aussi une avenue prometteuse, conclut l’historien.

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