•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les grands entretiens

Avec Stéphane Garneau

Du mardi au jeudi de 21 h à 22 h
(en rediffusion du mercredi au vendredi à 3 h)

Sylvain Moineau, le microbiologiste qui a déchiffré le ciseau moléculaire

Un homme souriant et portant un sarrau blanc se trouve dans un laboratoire de recherche scientifique.

Sylvain Moineau dans son laboratoire

Photo : Université Laval

Les travaux de Sylvain Moineau ont permis de comprendre le rôle du ciseau moléculaire Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats (CRISPR-Cas9), qui coupe l'ADN afin d'introduire ou de corriger une mutation génétique. L'étude des virus et des bactéries fait partie de la vie de ce professeur titulaire au Département de biochimie et de microbiologie de bio-informatique à l'Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les bactériophages (Nouvelle fenêtre), que rencontre Sophie-Andrée Blondin.

Avec son équipe de recherche, Sylvain Moineau a démontré que le ciseau moléculaire, découvert en 2012, coupait l’ADN, qui est une grande chaîne, de manière très précise. « On peut dire à la cellule : "Introduit une mutation", "Corrige une mutation", "Ajoute même un nouveau gène" », explique-t-il tout en divulguant que d’autres techniques supérieures à CRISPR-Cas9 le surpasseront certainement.

Un segment d'ADN se fait remplacer à l'aide d'un ciseau moléculaire.

Le ciseau moléculaire CRISPR-Cas9 est capable de reconnaître un segment d’ADN et le remplacer par un autre.

Photo : iStock / CIPhotos

De plus, cet outil, développé par des scientifiques des États-Unis et de l'Europe, est utile pour la recherche fondamentale, car il permet de modifier le génome et de voir l’influence que cette modification a sur une cellule.

Une goutte d’eau

Mais d’où vient cette passion pour le monde bactériologique et cellulaire? Sylvain Moineau a grandi dans les années 70 et 80. C'était un garçon sportif et pas particulièrement porté sur les sciences. À la fin du secondaire, il a vu le monde microscopique dans une goutte d’eau. Sa passion s’est développée au fil des années. À l’université, il a observé des virus dans les microscopes électroniques et s’est alors spécialisé en microbiologie alimentaire.

La découverte du rôle du CRISPR-Cas9

En 2006, Sylvain Moineau travaillait sur les bactéries laitières pour une compagnie. En étudiant les bactéries résistantes du lait, il s’est aperçu que le CRISPR-Cas9 était responsable de leur caractère résistant. « Le système avait été un peu chercher une portion du génome viral et l’avait intégré dans son CRISPR-Cas9, comme un genre de vaccin. La bactérie avait utilisé le génome du virus qui l’infectait pour finalement se défendre contre ce virus », explique-t-il.

Le chercheur venait donc de découvrir la fonction principale du CRISPR-Cas9. En 2010, il a déterminé que le CRISPR-Cas9 coupait l’ADN quand la bactérie se défendait.

Cette découverte a alors cessé de lui appartenir. Aujourd’hui, Sylvain Moineau trouve fantastique que d’autres équipes l’amène à un autre niveau. « Évidemment, le domaine est devenu extrêmement compétitif. […] On n’était pas capables de suivre », dit-il avec un peu de frustration. Par contre, son groupe de recherche et lui ont rattrapé la parade différemment. Les bactéries doivent se défendre contre le virus et ont évolué. Elles ont donc muté en se défendant contre le CRISPR-Cas9. Sylvain Moineau étudie cette mutation aujourd’hui.

Des cas moraux

Le 26 novembre 2018, un chercheur chinois a annoncé sur YouTube, et non dans une publication scientifique, que le ciseau génétique a servi à donner naissance à des jumelles résistantes au virus de l'immunodéficience humaine (VIH) en renforçant leur ADN. Cette nouvelle a créé une onde de choc dans le monde scientifique. Pour Sylvain Moineau, cette intervention « n’a pas été un beau moment [...] C’est immoral et sur le plan scientifique, c’est affreux », insiste-t-il, encore déçu, choqué et inquiet pour la santé des jumelles, car la technique n’est pas au point.

Des cellules moléculaires sur un écran d'ordinateur

Les bébés CRISPR : un sérieux problème d'éthique

Photo : Radio-Canada

La communauté internationale et le public ont imposé un moratoire sur cette pratique. Au Canada, celle-ci est illégale.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi