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Stéphane Garneau
Audio fil du lundi 10 juin 2019

La fierté retrouvée des Autochtones du Mexique, selon Catherine Héau-Lambert

Publié le

Une femme et une enfant entouré de tissus colorés.
Une femme tient un enfant dans ses bras devant son étal de tissus traditionnels colorés dans un marché de San Cristobal de las Casas dans l'État mexicain du Chiapas en 2011.   Photo : Getty Images / Jorge Duarte Estevao

Depuis quelques années, les Autochtones du Mexique redeviennent, petit à petit, fiers de leur identité. Ce serait en grande partie grâce au combat mené contre les compagnies minières canadiennes, croit Catherine Héau-Lambert. Au micro de Michel Désautels, la sociologue et ethnologue, qui s'est installée dans le pays il y a plus de 40 ans, explique que depuis qu'ils ont acquis leur reconnaissance juridique, « ils peuvent se défendre, défendre leurs communautés, défendre leurs territoires ».

De nombreux Autochtones du Mexique éprouvent encore un malaise à assumer leurs origines à l’extérieur de leurs communautés. Une bourse offerte aux Autochtones par l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) n’arrive même pas à recruter les 100 candidats espérés.

« [Les Autochtones] ont honte, ils ne veulent pas dire qu'ils parlent une langue [autochtone]. Ils ne veulent pas avoir une bourse d’Indien », précise Catherine Héau-Lambert.

Une version plus courte de cette entrevue avec Catherine Héau-Lambert a été diffusée le 31 mars à l’émission Désautels le dimanche dans la série Le Mexique, entre l'ombre et la lumière, sur ICI Radio-Canada Première.

Pourtant, le Mexique est né d’un mélange de cultures. En plus de l’espagnol, on y parle une trentaine de langues, bien que seulement une poignée d’entre elles soient réellement encore vivantes.

Catherine Héau-Lambert en train de parler au micro.
L'ethnologue et sociologue Catherine Héau-Lambert interviewée par Michel Désautels Photo : Radio-Canada/Yves de Vathaire

« Ce qui ressort en ce moment, c'est surtout un jeu politique, ajoute la professeure associée à l’École nationale d’anthropologie et d’histoire (ENAH) de Mexico. Les communautés indigènes étaient très fortes au 19e siècle. [Après l’indépendance en 1810], il y avait 60 % [d’Autochtones]; parce que leurs langues existaient, on pouvait les reconnaître. Actuellement, avec la scolarisation obligatoire en espagnol, ils sont tous bilingues, et la langue, ce n'est plus du tout un critère de reconnaissance. »

Selon Catherine Héau-Lambert, la différence entre les paysans autochtones et les paysans non autochtones n’est presque plus visible, si ce n’est de certains rituels pratiqués en début de saison, par exemple, ou à la moisson.

« Au niveau culturel, au niveau rituel, on a des différences, mais sinon au niveau de la couleur de la peau, pratiquement plus », ajoute-t-elle. Le métissage entre les descendants d’Européens et d’Autochtones du pays est très courant.

Des gens sont en rond, les bras en l'air, devant une pyramide.
Des manifestants réclament la fin du projet de mine d'or à ciel ouvert de la compagnie canadienne Esperanza Silver Corporation à Xochicalco, au Mexique, le 31 mars 2013. Photo : Associated Press/Tony Rivera

Le retour de l’« indianité »

Depuis le début des années 2000, l'identité autochtone, ou l’« indianité » (indianidad en espagnol), fait un retour comme « atout politique », après que les tribunaux mexicains eurent finalement reconnu certaines dispositions constitutionnelles. De cette reconnaissance est né un combat contre des compagnies minières canadiennes qui détruisent l’environnement où subsistent des communautés, en particulier dans le sud du pays, selon Catherine Héau-Lambert.

À l'époque de la conquête, les Espagnols ont d’abord expulsé les populations indigènes des vallées. Aujourd’hui, certaines compagnies cotées à la bourse de Toronto sont accusées de détruire l’eau et l’écosystème des montagnes où les Autochtones se sont installés il y a des siècles.

« Actuellement, la richesse, ce n'est plus une richesse agricole, ce n'est plus le maïs, note la professeure. C'est le minerai. Alors maintenant, on vient les poursuivre dans les montagnes, c'est-à-dire [ce qui reste de] leurs territoires. »

Comme ils sont devenus une entité juridique, ils se battent maintenant, ils ont le droit d'attaquer et de se défendre.

Catherine Héau-Lambert, sociologue et ethnologue
Découvrez notre série sur le Mexique, réalisée par l'équipe de Désautels le dimanche sur ce pays aux contrastes extrêmes.
Découvrez notre série sur le Mexique, réalisée par l'équipe de Désautels le dimanche. Photo : Radio-Canada

Cependant, les accords commerciaux avec le Canada, en particulier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), empêchent le gouvernement mexicain de renvoyer du pays les entreprises visées.

En plus de lutter contre ces compagnies minières, des Autochtones se battent aussi contre des projets hydroélectriques qui inonderaient leurs territoires.

« Maintenant, on les renvoie dans les villes », constate-t-elle, précisant qu'ils y développent une double identité urbaine et indigène. « Ils sont coupés physiquement de leurs racines. »

Une femme à genou près d'un feu de bois sur lequel reposent une plaque et une pâte.
Une femme tzotzil, une communauté maya, prépare des tortillas de maïs pour les touristes à Zinacantan dans l'État mexicain du Chiapas. Photo : Getty Images/Lena Wurm

Selon Catherine Héau-Lambert, la société mexicaine continue d'ignorer ces derniers. Certaines élites mexicaines ont par exemple critiqué le choix d’avoir mis au premier plan une comédienne d’origine autochtone dans le film Roma, qui a remporté l'Oscar du meilleur réalisateur cette année, pour représenter le Mexique. La condition autochtone du personnage est pourtant centrale à l’histoire.

« Heureusement, [certaines populations autochtones] ont réussi à s'organiser politiquement », se réjouit-elle.

De nombreuses langues se sont tout de même pratiquement éteintes. Il n’existe par exemple qu’un seul locuteur pour l’une d’entre elles. « On a perdu la richesse qui était l'oralité », se désole la professeure.

Les langues plus fortes, comme le maya, le zapotèque ou le nahuatl, résistent tant bien que mal, même si elles ne sont pas enseignées à l’école.

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