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Stéphane Garneau
Audio fil du lundi 3 juin 2019

L’histoire transnationale du Mexique, selon Jean Meyer

Publié le

Des touristes sur une plage avec des parasols.
Des touristes sont installés sur la plage de Tijuana, au Mexique, à quelques mètres de la frontière, alors que les immeubles et la plage de San Diego, aux États-Unis, se profilent à l'horizon.   Photo : Getty Images / Photo Beto

Après l'annexion de la majeure partie du nord du Mexique par les États-Unis au 19e siècle, une politique mexicaine de peuplement a été implantée près de la frontière par crainte d'une nouvelle invasion américaine. À l'image de la frontière canado-américaine, la frontière entre le Mexique et les États-Unis est marquée, depuis, par le métissage, selon l'historien Jean Meyer. L'histoire de ces trois pays est d'ailleurs tellement imbriquée qu'elle ne peut être racontée isolément.

« La symbiose aujourd’hui est telle qu’il n’y aura pas de marche arrière », raconte l’historien et géographe franco-mexicain. Il est impossible de comprendre l’histoire d’un pays sans celle de l’autre, selon lui.

Il explique que c’est d’ailleurs ce qui rend inacceptable le projet de nouveaux murs du président américain, Donald Trump, à la frontière mexicano-américaine. Les échanges commerciaux et culturels, dans les deux sens, y sont si importants que les deux pays sont interdépendants. « C’est une zone de peuplement et de croissance économique », précise-t-il.

Les deux hommes sourient, assis sur des divans devant un micro.
L'historien et géographe franco-mexicain Jean Meyer, à droite, en compagnie de Michel Désautels Photo : Radio-Canada/Yves de Vathaire

Les émigrants mexicains ont commencé à traverser la frontière vers les États-Unis à la fin du 19e siècle et, ironiquement, ils ont souvent repeuplé des territoires qui appartenaient autrefois au Mexique, entre autres la Californie et le Texas. Il y a aujourd’hui des dizaines de millions de descendants de Mexicains aux États-Unis, dans les États frontaliers, mais aussi dans de grandes villes comme Chicago et New York.

Une version plus courte de cette entrevue avec Jean Meyer a été diffusée le 24 mars à l’émission Désautels le dimanche dans la série Le Mexique, entre l'ombre et la lumière, sur ICI Radio-Canada Première. Michel Désautels a rencontré l’historien mexicain dans sa maison du quartier Polanco, à Mexico.

Les virements d’argent des États-Unis vers le Mexique constituent, encore aujourd’hui, l’une des plus importantes sources de capitaux étrangers dans l’économie mexicaine. « Les virements, après le tourisme, sont la deuxième entrée d’argent dans l’économie », rappelle l’historien.

Des travailleurs de la construction travaillent sur une portion du mur entre San Diego et Tijuana le 13 décembre 2018.
La frontière entre le Mexique et les États-Unis s'étend sur environ 3000 kilomètres. Des tronçons de mur couvrent environ 965 kilomètres à l'heure actuelle. Photo : Reuters/Carlos Garcia Rawlins

Les liens du Mexique avec le Canada – Montréal et Toronto en particulier – sont aussi très forts, même si souvent peu connus au Canada. Lors du développement du chemin de fer au Mexique à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, une grande partie des capitaux provenaient de Montréal, tout comme pour le développement des lignes de tramway et, quelques années plus tard, la production d’électricité. Aujourd’hui, de nombreux géants canadiens de l’extraction minière et des matières premières, fleurons de la bourse de Toronto, sont encore très implantés au Mexique.

D’ailleurs, bien que le Canada tente de projeter une image de bon acteur environnemental, « ces compagnies minières hors du Canada sont absolument épouvantables », rappelle-t-il. La présence de certaines minières canadiennes y est aussi contestée.

L'Accord Canada–États-Unis–Mexique  a été signé à Buenos Aires le 20 novembre 2018.
L'Accord Canada–États-Unis–Mexique a été signé à Buenos Aires le 20 novembre 2018. Photo : La Presse canadienne/Pablo Martinez Monsivais

La transition permanente

Au début des années 1960, 60 % de la population du Mexique était composée de paysans. C’est à cette époque que Jean Meyer, à l’âge de 20 ans, s’y est installé. Aujourd’hui, 80 % de la population mexicaine vit en milieu urbain. La fin du règne du parti unique au tournant des années 2000 et l’arrivée de nouveaux cultes chrétiens évangéliques des États-Unis façonnent maintenant le Mexique.

Tout change et continue à changer, donc, le changement, ce n’est pas une nouveauté.

Jean Meyer, historien et géographe mexicain d’origine française
Andrés Manuel Lopez Obrador
Le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a participé à une cérémonie traditionnelle autochtone de purification après sa prise de fonction en décembre dernier, une première. Photo : Getty Images/AFP/Ronaldo Schemidt

L’élection du nouveau président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, marque aussi une nouvelle transformation de l’État mexicain. Élu au premier tour, le président de centre gauche a décidé de s’attaquer à la corruption. Depuis qu'il est au pouvoir, en décembre 2018, il a cependant, du même souffle, supprimé les subventions aux garderies, rapatrié le contrôle d’organismes indépendants sous sa gouverne et coupé la majeure partie des subventions aux arts et aux organismes de la société civile qui administraient, par exemple, des programmes d’aide aux mères célibataires ou aux familles paysannes.

« Il prend aussi en main, au nom de l’austérité républicaine, le contrôle des finances », ajoute Jean Meyer.

Le Mexique, entre l'ombre et la lumière : Découvrez notre série sur le Mexique, réalisée par l'équipe de <em>Désautels le dimanche</em>.
Découvrez notre série sur le Mexique, réalisée par l'équipe de Désautels le dimanche. Photo : Radio-Canada

« On retourne à la figure du président tout puissant, où un seul homme prend toutes les décisions, et il n’y a pas de contrepoids, explique-t-il. Je ne dis pas que le président Lopès Obrador a un projet totalitaire, mais, qu’il le veuille ou non, il est en train de construire un électorat captif. »

Lopès Obrador profite d’ailleurs toujours d’une lune de miel avec la population mexicaine; les sondages le plaçaient ce printemps à près de 80 % d’approbation générale.

Jean Meyer en entrevue assis avec une chemise carreautée le visage en bias.
L'historien Jean Meyer en entrevue avec Michel Désautels Photo : Radio-Canada/Michel Désautels

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