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Stéphane Garneau
Audio fil du mercredi 24 avril 2019

Jean-Benoît Nadeau et le français : « On doit retrouver l’ambition »

Publié le

Le journaliste Jean-Benoît Nadeau
Le journaliste Jean-Benoît Nadeau   Photo : Radio-Canada / Mathieu Arsenault

Poussée par le continent africain, la langue française possède toujours un bel avenir et devrait plus que doubler son nombre de locuteurs d'ici 40 ans, prévoit Jean-Benoît Nadeau. « Ce n'est pas la force économique ou la force militaire qui fait une langue, explique l'auteur et conférencier, c'est sa civilisation, c'est sa culture, c'est ce que ça représente. »

Cependant, les Québécois ne réalisent pas tout le potentiel qu'offrent le marché américain et le marché canadien-anglais. « Ce qu’on doit retrouver, c’est l’ambition », raconte-t-il à Michel Lacombe. « On a les moyens d’agir. »

Il rappelle qu’il y a de 2 à 13 millions de locuteurs américains francophones, pour la plupart des gens très instruits et intéressés aux affaires du monde. « C’est les Québécois qui n’ont pas encore intégré l’idée qu’il y a des publics francophones aux États-Unis. »

« Il faudrait qu’un journal comme Le Devoir ait une rédaction qui s’occupe de produire une lettre au lectorat francophone non québécois, un peu comme El Païs a une édition pour le Brésil », plaide le journaliste et auteur.

Je pense qu’on a assimilé une partie du discours triomphaliste des anglophones par rapport à leur langue.

Jean-Benoît Nadeau, essayiste et journaliste

« Il n’y a rien qui garantit l’avenir d’aucune langue », précise tout de même Jean-Benoît Nadeau, qui a entre autres coécrit avec Julie Barlow les livres La grande aventure de la langue française et Pas si fous, ces Français!. Cependant, les leviers sont là pour assurer au français un avenir prometteur, d’autant que cette langue possède déjà une longueur d’avance en termes de valeur économique et intellectuelle dans le monde.

À l’image de l’anglais, le français est aussi une langue dominée par des locuteurs de langue seconde. Même en Chine, l’apprentissage du français est en progression, entre autres en raison de l’influence grandissante du pays en Afrique.

Il sourit, assis derrière un micro.
L'auteur Jean-Benoit Nadeau à l'émission Samedi et rien d'autre en 2014 Photo : Radio-Canada/Laurent Boursier

La vision universaliste de la langue française est, ainsi, appelée à être bousculée, selon Jean-Benoît Nadeau.

« On a cette idée-là, les Français pensent comme ça et on le pense aussi, qu’il y a une norme du français quelque part à laquelle il faut tendre », se désole-t-il.

Déjà, le français a été exporté très tôt en Europe, tant en Espagne et en Angleterre que dans le bassin méditerranéen. De plus, avant la politique d’assimilation en France à la fin du 19e siècle, il y avait plus de personnes avec le français comme langue maternelle en Amérique du Nord qu’en France, où l’on parlait aussi le breton ou encore l’occitan.

« Avant le 19e siècle, seulement 25 % des Français avaient le français comme langue maternelle », dit celui qui raconte avoir été plutôt anglophile durant sa jeunesse.

« C’est l’école qui a francisé les Français », alors qu’au Québec et au Canada, « on était francophone avant d’être scolarisés. » Ceci explique entre autres l’importance de la culture orale au Québec, ou encore la tolérance plus grande à l’erreur.

Une des raisons de la progression de l’anglais en France, c’est que [les Français] ne s’autorisent pas à faire de néologismes en français.

Jean-Benoît Nadeau, essayiste

« Au fond, le français a toutes les ressources d’une grande langue pour créer tous les mots dont il a besoin », conclut-il.

Une citation est apposée en blanc sur une photo.
Jean-Benoît Nadeau Photo : Radio-Canada/Mathieu Arsenault

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