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Stéphane Garneau
Audio fil du samedi 6 avril 2019

André Ménard, le petit gars de Tétreaultville qui a rendu Montréal complètement jazz

Publié le

L'homme grisonnant sourit à l'animateur.
André Ménard   Photo : Radio-Canada / Fanny Bourel

Le cofondateur du Festival international de jazz de Montréal a toujours revendiqué fièrement ses origines ouvrières. Au micro de Stéphan Bureau, il nous raconte sa jeunesse dans une famille modeste avec la même passion qu'il nous parle de ses rencontres avec des légendes du jazz et du rock, comme Miles Davis et Keith Richards. Rencontre avec un mélomane qui place tous les genres musicaux sur un pied d'égalité.

Né à Tétreaultville, dans l’est de Montréal, en 1953, André Ménard a étudié au Collège de Maisonneuve à la fin des années 70. C’est probablement là, en fréquentant notamment le ciné-club et en assistant à de nombreux concerts, qu’est née sa passion pour les artistes. Par la suite, il deviendra rapidement organisateur de concerts de jazz et de blues, orchestrant des tournées de Dave Brubeck et de John Hutter sur l’ensemble du territoire québécois.

À l'époque, le festival de jazz n’était encore qu’une vague idée. Elle n’a toutefois pas tardé à se matérialiser dès 1980, après une première édition avortée en 1979. Depuis les débuts de l'événement, André Ménard codirige les opérations avec son complice, Alain Simard; d'inséparables et ambitieux amis qui ont propulsé leur festival au panthéon.

À l’époque, le jazz était perçu comme une musique élitiste ou une musique de club. On a voulu changer cette perception. On sortait de la féconde période de jazz-rock, à laquelle contribuait notamment Miles Davis, et c’est ce qui nous a inspiré à faire un festival. C'était quand même inédit, à l'époque, de faire sortir la musique dans la rue, dans des concerts en plein air. On voyait cela comme un geste de révolution, dans la foulée du mouvement hippie.

André Ménard, vice-président de l'Équipe Spectra et du Festival international de jazz de Montréal
Entrevue avec les cofondateurs du Festival de jazz

Fils d'ouvrier et fier de l'être

Dans la maison familiale de Tétreaultville, avec ses six frères et sœurs, le petit André Ménard écoutait déjà beaucoup de musique. La radio était branchée sur CKVL et diffusait très souvent des chansons de Michel Louvain. « Ça a été la trame sonore de ma prime enfance, dit-il. Mais autrement, la vie culturelle était limitée dans cette partie de la ville. Le quartier Mercier, comme on l'appelle maintenant, a été le dernier à avoir une maison de la culture. L'été, j’attendais impatiemment le passage de la roulotte des parcs. Mais j'ai toujours été fier de ma famille et de cette vie modeste que nous menions. »

Dans la vie du jeune André Ménard, une figure tutélaire est ensuite apparue : le directeur de son école secondaire, un certain monsieur Robichaud. « On n’aimait pas beaucoup sa rigueur disciplinaire, mais il m’a appris à croire en moi. Il avait une vision intéressante de l’école secondaire et du cours classique. Il ne croyait pas bon de mélanger, dans une même immense école, tous les élèves de 12 à 17 ans. »

À l'université, ses origines ont pourtant fait apparaître un certain sentiment d'imposture chez lui. « À l’UQAM [Université du Québec à Montréal], on m’a refusé en raison de mes racines ouvrières, que je revendiquais. En entrevue de sélection, ma fierté ouvrière avait été perçue comme de l’arrogance. Le directeur du département disait que ça m’aurait empêché de "remettre en question les schèmes établis". Cet épisode m'a rendu très cynique. »

Il a pris sa douce revanche en 2017 en recevant un doctorat honorifique de l'Université de Montréal.

Les six personnes posent pour le photographe
Guy Breton, Alain Simard, André Ménard, Louise Roy, Isabelle Panneton, doyenne de la Faculté de musique, et Alexandre Chabot, secrétaire général de l’Université.   Photo : SPEQ PHOTO

Jazz, rock, pop : pas de hiérarchie

Ses déboires universitaires ne l'ont aucunement empêché d'ériger un empire musical à Montréal et, surtout, de contribuer à faire tomber les barrières et à faire aimer au grand public autant la musique la plus « savante » que les airs les plus pop.

Quand le public vient nombreux, c’est sacré. C’est tout ce qui compte. Parfois, j’ai dû être autoritaire pour que des spectacles soient rendus possible. Ça vaut toujours le coup, quand on voit la satisfaction du public après coup.

André Ménard, vice-président de l'Équipe Spectra et du Festival international de jazz de Montréal

Invité par Stéphan Bureau à commenter certaines périodes de l'histoire musicale, André Ménard souligne l’importance de Robert Charlebois, qui « nous a montrés que c’était possible d’être "cool" et d’être un artiste complet en chantant en français ». « C'était une démonstration que tout était possible, explique-t-il. On était tellement colonisés par la culture anglo-saxonne à l’époque. On n'en croyait pas nos yeux. »

De Bob Dylan, « grand génie artistique du 20e siècle », de Frank Sinatra et « son parcours hors du commun », de Ray Charles et son « mémorable concert d'ouverture du Festival de jazz en 1982 », du « personnage compliqué » qu'était Miles Davis ou de Willie Nelson, qui a « atteint tous les sommets », André Ménard ne garde que d'excellents souvenirs.

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