Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Stéphane Garneau
Audio fil du samedi 16 mars 2019

Denise Bombardier : l’esthétique de la provocation

Publié le

Elle est assise derrière un micro noir.
« Tu provoques de l’envie, aurait même un jour raconté le chanoine Jacques Grand'Maison à Denise Bombardier, il faut que tu te protèges de ça. »   Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/Mathieu Arsenault

L'écrivaine et essayiste Denise Bombardier n'aime pas les dogmes. Elle n'a jamais, par exemple, mis les pieds à Cuba, par principe. Elle raconte qu'elle souhaite réveiller les consciences. « C'est pour ça au fond que je [...] peux écrire des choses parfois outrancières, pour la forme », explique la chroniqueuse à Stéphan Bureau.

La polémiste voudrait développer une sorte « d’esthétique pour provoquer », selon ce qu'elle mentionne dans une entrevue d’une heure portant surtout sur sa carrière.

Dans sa jeunesse, sa tante Edna était elle-même provocatrice en son genre, se dévoilant nue à la plage, par exemple, pour faire une blague. Ce serait aussi de ses tantes qu’elle a reçu l’amour que son père alcoolique n’arrivait pas à lui transmettre.

Denise Bombardier explique que son père était délirant et avait des paroles violentes. Il était une personne « totalement imprévisible », qui a rendu son enfance très difficile. Elle en a d'ailleurs longtemps voulu à sa mère de ne pas l’avoir protégée de cet environnement toxique qu’elle a quitté à 19 ans.

Denise Bombardier derrière un microphone qui porte le logo de Radio-Canada.
Denise Bombardier en entrevue avec Stéphan Bureau pour l'émission Les grands entretiens Photo : Radio-Canada/Catherine Contant

Développer l’esprit critique

Deux de ses tantes, dont sa tante Edna, lui ont aussi fait découvrir la culture juive, ce qui aurait aiguisé son esprit critique. Les deux tantes parlaient d’ailleurs yiddish parce que leurs employeurs respectifs étaient juifs.

« Si nous avions été juives, nous ne serions pas les ignorantes canadiennes-françaises que nous sommes », lui aurait déjà dit sa tante Lucienne.

C’est pour ça que je ne serai jamais idéologique. C’est pour ça que j’ai le pif pour tout ce qui s’en va vers la dérive idéologique.

Denise Bombardier, chroniqueuse et essayiste
Denise Bombardier à la table des invités de l'émission Tout le monde en parle.
Denise Bombardier à l'émission Tout le monde en parle, le 21 octobre 2018 Photo : Radio-Canada/Karine Dufour

Aucun remords, aucune peur

La chroniqueuse du Journal de Montréal aborde chaque journée « sans peur et sans regret », comme le rappelle le titre de son dernier ouvrage autobiographique publié au Québec l’automne dernier. Une vie sans peur et sans regret devrait être lancé en France plus tard cette année.

« J’ai trop eu peur dans mon enfance, explique-t-elle. J’ai vécu dans une peur, et je me demande comment j’ai fait pour arriver à passer au travers. » Après avoir réussi à dominer cette peur, elle s’en est débarrassée pour de bon. « Ça explique aussi ma façon d’être », dit-elle.

J’assume les erreurs que j’ai faites dans ma vie.

Denise Bombardier, chroniqueuse et essayiste

Elle raconte avoir fait une psychanalyse dans sa vingtaine, ce qui l’a grandement aidé à réaliser certaines choses sur sa vie.

« À ce moment-là, il y a des choses qui se sont éclairées chez moi et que j’ai laissées derrière, raconte-t-elle. Je ne peux pas regretter parce que je ne peux pas recommencer. Si l’on regrette, on vit dans le ressentiment. »

La célèbre polémiste ne regrette rien de ses histoires amoureuses non plus, même celles qui l’ont fait souffrir. « Si je reniais l’amour et cette passion qui m’ont habitée avec les hommes que j’ai aimés, je me renierais moi-même, dit-elle. En ce sens-là, on aime toujours les hommes qu’on a aimés. »

« Une vie sans peur et sans regret »

Provoquer la jalousie

Dans son enfance, elle se souvient ne pas avoir été aimée de la plupart des enfants autour d’elle à son école. À l’image des médias aujourd’hui, on l’enferme souvent dans un personnage qui ne correspond pas à la réalité, selon elle.

« J’adorais les religieuses, sauf une ou deux qui étaient des pestes, mais pour le reste, et surtout avec l’enfer que je vivais à la maison, quand j’entrais dans la classe et que les religieuses nous parlaient poliment, nous vouvoyait, c’était pour moi le bonheur. Le bonheur était à l’école », ajoute-t-elle.

« Tu provoques de l’envie, lui aurait même un jour raconté le chanoine Jacques Grand'Maison, il faut que tu te protèges de ça. »

Des idées politiques, jamais de politique

Présidente du parti politique provincial pour l'indépendance nationale RIN lorsqu’elle était étudiante à l’Université de Montréal, elle a rapidement compris que la politique n’était pas pour elle, tout comme le métier de comédienne d’ailleurs. Elle s’est tout de même liée d’amitié avec certains politiciens au cours de sa vie, notamment l’ex-président français François Mitterrand et l’ex-premier ministre québécois Lucien Bouchard.

J’ai toujours été en distance politiquement parce que j’ai compris très rapidement que, pour moi, c’était la position la plus confortable intellectuellement. Autrement, on allait vers le précipice tout le temps.

Denise Bombardier, chroniqueuse et essayiste
Propos controversés de Denise Bombardier

Agressée sexuellement à Radio-Canada

Durant son enfance, alors qu’elle avait 11 ans, elle a été agressée sexuellement une fois par un réalisateur d’émissions pour enfants à Radio-Canada. Elle raconte avoir réussi à éviter en grande partie les manœuvres de ce dernier en se présentant sur le plateau avec une amie d’enfance, encore très près d’elle aujourd’hui.

Confrontation avec Gabriel Matzneff à la télévision française

Plusieurs années plus tard, le 2 mars 1990, sur le plateau de l'émission de Bernard Pivot en France, Denise Bombardier remet à sa place Gabriel Matzneff, un écrivain français qui abordait dans son dernier livre autobiographique ses aventures avec des adolescentes de 14 et 15 ans. Elle traite l'homme de « pitoyable » en direct à la télévision. C’est un moment fondamental de sa vie, selon elle. Elle s’est par la suite fait insulter par plusieurs des amis de l’écrivain et son livre a été ignoré ou démoli par la critique, mais elle ne regrettera jamais son geste.

« Tous ces intellectuels faisandés, poursuit-elle, à l’époque, ça faisait partie du privilège d’être écrivain [en France], un droit de cuissage chez des enfants. »

Chargement en cours