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Stéphane Garneau
Audio fil du mardi 15 janvier 2019

Joseph Yvon Thériault et les francophones d'Amérique

Publié le

la main au coude, le professeur prend une pose sérieuse
Le sociologue et professeur au Département de sociologie de l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie, Joseph Yvon Thériault   Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Depuis plus de 40 ans, le sociologue et professeur Joseph Yvon Thériault parcourt l'histoire des francophones d'Amérique et de leurs mouvements sociaux. Issu d'une famille du village acadien de Caraquet, au Nouveau-Brunswick, il a décortiqué cette francophonie nord-américaine d'abord à l'Université d'Ottawa et aujourd'hui à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Le professeur et commentateur politique né en 1949 a grandi dans une famille de 10 enfants à l'entrée de la Baie-des-Chaleurs. Son père, technicien pour une compagnie de téléphone, et sa mère, ancienne bonne, avaient un train de vie modeste, mais tout de même plus stable que celui des pêcheurs de la région.

« On vivait comme une famille d'ouvriers, mais, dans ce cadre-là, on n'a jamais pensé et senti qu'on était pauvres », explique-t-il à Michel Lacombe.

C'est d'ailleurs dans cette région du Nouveau-Brunswick qu'une grande partie de l'histoire francophone d'Amérique s'est écrite. Après leur terrible déportation, c'est dans cette région que les Acadiens se sont regroupés. À l'origine, avant ce massacre (8000 des 12 000 déportés seraient morts), ceux-ci étaient plutôt installés aux abords de la baie de Fundy, dans la partie sud du Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

Le village de Caraquet a d'ailleurs été fondé en 1765, tout de suite après cette déportation, qui fut une des premières opérations de nettoyage ethnique de grande envergure répertoriées dans l'histoire moderne.

Une enfance au bord de la Baie-des-Chaleurs

« Je vivais dans un milieu de petits producteurs, de pêcheurs, de travailleurs d'usine », raconte le sociologue. Il se rappelle les grands bateaux qui partaient à la semaine pêcher la morue en haute mer durant son enfance.

La région est devenue moins pauvre dans les années 1960, quand il était encore enfant. L'État est intervenu et a commencé à prendre en charge plus de services à la population.

Joseph Yvon Thériault avait 10 ans lorsque Louis Robichaud a pris le pouvoir au Nouveau-Brunswick, faisant la fierté des Acadiens. Robichaud a instauré, à l'image de Jean Lesage au Québec, des programmes marquants pour la communauté acadienne et néo-brunswickoise en général.

Robichaud a été élu sur un programme qui ressemble beaucoup à la Révolution tranquille québécoise.

Joseph Yvon Thériault, sociologue

Joseph Yvon Thériault a alors vécu ses premières prises de conscience politique. Tout au long de son parcours scolaire, les changements politiques et sociaux des années 1960 et 1970 ont aussi teinté son regard.

« Il y avait une grande symbiose », dit-il au sujet des mouvements identitaires acadiens et québécois de l'époque. « Le Canada français avait disparu, mais il restait encore une grande sympathie et empathie entre les Acadiens et les Québécois. »

Joseph Yvon Thériault a finalement fait une carrière universitaire au cours de laquelle il s'est intéressé aux mouvements populaires en Amérique du Sud. « Ça prolongeait beaucoup ma première politisation sur le sous-développement régional, les questions de participation citoyenne. »

« On dira que toute la tradition de l'économie sociale québécoise qui existe encore aujourd’hui, c'est quand même une filiation assez directe avec les mouvements de jeunesses ouvrières catholiques », reconnaît-il maintenant avec le recul.

Évangéline comme symbole de l'Amérique francophone

Dans les années 1970, on a aussi assisté au rejet de certains symboles jugés passéistes par la nouvelle génération, dont le personnage d'Évangéline, sur lequel Joseph Yvon Thériault a publié un livre en 2013. Un poème américain du nom de l'héroïne raconte la déportation des Acadiens à travers ce personnage qui part à la recherche de son mari en Nouvelle-Angleterre.

Dans la jeunesse à Caraquet, la boulangerie du village s'appelait Évangéline. Le journal local aussi. « De ma génération, on était assez anti-Évangéline. On disait : "C'est du folklore, c'est quelque chose qui nous a été amené de l'extérieur." »

Ce poème de 1847, écrit par l'Américain Henry Longfellow à Boston, a pourtant longtemps défini l'identité des francophones de la Louisiane jusqu'à l'Acadie, en passant par le Québec, comme Thériault le souligne dans son livre. Il a aussi été le poème le plus étudié dans les écoles des États-Unis de la première moitié du 20e siècle, selon le sociologue.

La statue d'Évangéline devant l'église historique de Grand Pré.
La statue d'Évangéline qui orne le lieu historique de Grand-Pré en Nouvelle-Écosse aura 100 ans cette année. Photo : Radio-Canada

Référence :

Évangéline : contes d'Amérique, Joseph Yvon Thériault, éditions Québec-Amérique

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