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Les plantes du Grand Nord sont peut-être nos médicaments de demain

Les éclaireurs

Avec Patrick Masbourian

Les plantes du Grand Nord sont peut-être nos médicaments de demain

Audio fil du lundi 3 juin 2019
Photo en gros plan de petites plantes et de petits fruits dans la nature.

Des plantes et des petits fruits nordiques

Photo : iStock

Le chimiste Normand Voyer et son équipe parcourent depuis plusieurs années le Grand Nord québécois à la recherche de plantes qui renferment des molécules chimiques encore inconnues et qui pourraient entrer dans la composition de médicaments d'ici 10 à 15 ans. « Il y a urgence à protéger le Grand Nord et à en faire la prospection moléculaire », affirme Normand Voyer.

Normand Voyer, professeur au Département de chimie de l’Université Laval, chimiste et prospecteur moléculaire, explique que 40 % de nos médicaments sont des produits naturels ou dérivés de produits naturels. Il y a donc dans la nature une grande diversité moléculaire, et celle du Grand Nord a jusqu’à présent été peu explorée.

Des années 1950 à 1970, les recherches se sont concentrées dans les forêts tropicales, particulièrement en Amazonie, où la biodiversité est très grande et l’environnement plus favorable à l’exploration que celui du Grand Nord.

La richesse du Grand Nord

Normand Voyer souligne que les environnements nordiques n’ont presque pas été étudiés et qu’il est désormais temps de s’intéresser au Grand Nord. « Moins de 3 % des plantes nordiques ont fait l’objet d’un petit peu de recherche phytochimique, malgré le fait que les Premières Nations, qui sont des prospecteurs moléculaires extraordinaires, utilisent jusqu’à 500 plantes différentes pour traiter différents maux. »

Récemment, Normand Voyer et son équipe ont travaillé sur un lichen du Grand Nord québécois jamais étudié auparavant : ils y ont trouvé 19 substances naturelles, dont 17 étaient déjà connues, mais en ont trouvé deux inédites.

Il y a 150 millions de composés chimiques connus sur la planète. On a pris un lichen, on a fait une étude et on en a trouvé deux qui sont inédits et qui ont certaines propriétés biologiques.

Normand Voyer, chimiste, professeur et prospecteur moléculaire

Si les plantes du Grand Nord intéressent autant Normand Voyer, c’est que leurs propriétés sont incroyables.

« Les plantes du Grand Nord vivent des stress très particuliers, explique-t-il. Depuis 10 000 ans, leurs mécanismes se sont adaptés et ont créé des chemins biosynthétiques différents pour créer des molécules différentes et ainsi se protéger contre toutes sortes de stress. »

Normand Voyer donne l’exemple des lichens qui sont exposés au soleil presque 24 h par jour pendant 6 mois. Pour résister à ces conditions, les lichens ont développé des systèmes qui captent les rayons UV et les transforment en quelque chose d’utile pour survivre. « Peut-être que dans ces lichens, on va trouver la prochaine substance naturelle qui va donner la future crème solaire naturelle et non toxique », raconte-t-il.

Le chimiste et professeur de chimie à l'Université Laval, Normand Voyer

Le chimiste et professeur de chimie à l'Université Laval Normand Voyer

Photo : Radio-Canada / Mathieu Bélanger

Chimiothèque nationale du Québec

Le potentiel de découvertes est donc immense dans le Grand Nord québécois. L’idée de Normand Voyer est de créer une chimiothèque nationale du Québec. Les compagnies pharmaceutiques pourraient la consulter pour prendre connaissance des nouvelles substances avec lesquelles créer de nouveaux médicaments, et verser des redevances aux Premières Nations.

Son équipe récolte des plantes qui sont en train de disparaître et qui n’ont jamais été étudiées par les Premières Nations et qui ne font pas partie de la pharmacopée qu’ils utilisent. Normand Voyer précise que le but n’est pas d’exploiter le savoir des Premières Nations qui existe déjà, mais d’étudier ce qui ne l’a jamais été.

Urgence climatique

Toutefois, il y a urgence à faire la prospection moléculaire du Grand Nord à cause des changements climatiques. « La plupart des plantes poussent au ras du sol dans le Grand Nord, mais elles sont en grand danger, explique Normand Voyer. À cause du réchauffement climatique, les petits arbustes sont en train d’envahir le territoire et ils font de l’ombre aux plantes qui se trouvent au ras du sol. Il y a des lichens qui sont en train de disparaître », dit-il avec inquiétude.

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