Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Patrick Masbourian
Audio fil du mardi 12 février 2019

Pesticide Roundup : le glyphosate de la discorde

Publié le

Un tracteur avec à l'arrière des tuyaux déverse un produit dans un champ.
Un tracteur épand des pesticides dans un champ de soya.   Photo : Getty Images / iStock / Fotokostic

Le produit Roundup de la compagnie Bayer-Monsanto est l'herbicide le plus utilisé au monde, et de loin. Jusqu'à 800 000 tonnes de ce glyphosate sont épandues chaque année sur la planète. Voilà pourtant que les organismes de réglementation européens et américains sont au centre d'une énorme controverse scientifique sur son potentiel cancérigène. La professeure de santé environnementale de l'Université de Montréal Maryse Bouchard explique qu'il manque d'études sur le sujet.

Seulement deux études sur les effets des herbicides ont été financées au Canada dans les 10 dernières années, explique Maryse Bouchard, l’auteure de l’une de celles-ci. Pourtant, presque toutes les cultures de légumineuses et de grains au pays utilisent ce puissant herbicide.

Honnêtement, on manque de données sur ce sujet-là. C’est surprenant à quel point il n’y a pas d’études.

Maryse Bouchard, professeure de santé environnementale à l'Université de Montréal

Les organismes canadiens de réglementation optent pour une position similaire à celle de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, qui conclut qu'il est peu probable que l'utilisation normale du glyphosate, l’agent actif du Roundup, présente un risque cancérigène si les directives d’utilisation du fabricant sont suivies. À l’inverse, en Europe, le produit est jugé possiblement cancérigène, selon le Centre international de recherche sur le cancer, affilié à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le glyphosate est une substance génotoxique, c’est-à-dire qu’elle est cancéreuse à forte dose. Au Canada, comme aux États-Unis, le risque cancérigène est ainsi jugé acceptable dans des conditions d’utilisation réalistes qui suivent les indications d'utilisation prescrites par Bayer-Monsanto. En Europe, le principe de précaution semble toutefois prévaloir, et d’autres recherches seront menées d’ici cinq ans.

Le fait que les avis entre organismes de sécurité et salubrité divergent entre l’Europe et l’Amérique du Nord est très rare, selon Maryse Bouchard. Il existe aussi de nombreuses questions en suspens pour un grand nombre de pesticides.

La professeure mentionne qu'une foule d’autres pesticides permis au Canada sont liés, par exemple, à un taux anormalement élevé de cas de maladie de Parkinson chez les agriculteurs. « En réalité, on vit dans un monde où ce n’est pas vrai qu’on vise le risque zéro », note-t-elle.

Pesticides et Parkinson

Herbicide « total »

Le glyphosate est un herbicide dit total. Il tue toutes les plantes, à la seule exception des plantes génétiquement modifiées par Bayer-Monsanto pour résister à son produit. La compagnie, en situation de quasi-monopole, produit des graines brevetées résistantes au Roundup qu’elle vend aux grands producteurs de maïs, de canola ou de soya du pays. Ceux-ci peuvent ainsi ensuite épandre le pesticide Roundup dans leurs champs pour éliminer les plantes potentiellement nuisibles sans craindre de voir leur production compromise par le puissant produit.

Cependant, cet herbicide est efficace même s'il n’atteint qu’une partie d’une plante. Les champs des agriculteurs voisins de ceux qui utilisent les produits Roundup peuvent ainsi subir des dommages importants puisque ces vastes espaces ne sont pas en vases clos.

Il y a donc là-dedans un système qui est génial et démoniaque en même temps.

Maryse Bouchard, professeure de santé environnementale à l’Université de Montréal

Cette situation a donc généralisé l’utilisation du Roundup dans l’agriculture au pays. Presque 95 % du soya produit au Canada a été touché par ce produit, selon la professeure. « Ils n’ont presque pas le choix, les agriculteurs, en réalité, explique Maryse Bouchard. Pour toutes les grandes cultures, finalement, on utilise du Roundup. »

Chargement en cours