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Patrick Masbourian
Audio fil du jeudi 22 novembre 2018

Ergomanie : quand le travail devient une obsession

Publié le

Photo conceptuelle où des bras sont visibles derrière un bureau rempli de piles de papiers.
Les ergomanes sont en relation de dépendance psychologique très forte avec leur travail.   Photo : Getty Images / iStock / Master1305

La dépendance aux drogues est plutôt simple à détecter, mais celle au travail, dans une société productiviste comme la nôtre, est peut-être plus complexe à déceler. Le psychologue Nicolas Chevrier décortique l'ergomanie, plus connue dans sa terminologie anglaise « workaolisme ».

L'ergomanie s’explique par le système de récompense du cerveau, raconte Nicolas Chevrier. Ce système, lorsqu’il fonctionne correctement, permet de se motiver à faire certaines choses importantes de la vie grâce à la production de dopamine, un neurotransmetteur qui peut provoquer la sensation de plaisir.

Les symptômes de l'ergomanie

Les ergomanes sont en relation de dépendance psychologique très forte avec leur travail. Cette relation malsaine se manifeste par un sentiment d’obligation face au travail dans le but d’alléger une tension interne, souvent le résultat d’une certaine détresse.

« Donc, après avoir travaillé, la personne ergomane va se sentir mieux, explique le psychologue. [Elle] va se sentir soulagée, un peu comme on va se sentir après avoir fumé une cigarette, par exemple. Ensuite, l’ergomane va également avoir des pensées insistantes et intrusives à propos du travail lorsqu’elle n’est pas au travail. »

Les personnes qui souffrent d’ergomanie vont travailler bien au-delà de ce qu’on attend d’eux, ce qui risque de créer des conséquences négatives dans leur vie personnelle, notamment auprès de leur famille immédiate.

« On ne travaille plus tellement pour [atteindre] des objectifs spécifiques, explique le chroniqueur. On travaille vraiment pour aller chercher notre « fixe », donc on travaille pour travailler. »

À la différence d’un engagement à travailler auprès d’un employeur, la dépendance au travail vient de soi-même, et non d’un objectif externe.

C’est vraiment pour aller chercher une satisfaction personnelle.

Nicolas Chevrier, psychologue

Difficile à déceler

C’est souvent les proches qui vont forcer un ergomane à consulter. En effet, pour déceler l'ergomanie, la bourreau de travail doit faire une introspection assez profonde afin de savoir ce qui l'amène à travailler aussi fort.

On a des problèmes de sommeil importants, une fatigue importante qui peut se développer, une prise de poids, une vie sociale absente, des problèmes de pression sanguine (haute pression), d'anxiété et une humeur dépressive [qui peut se transformer en] un épuisement professionnel.

Nicolas Chevrier, psychologue

En famille, les personnes ergomanes ont ainsi tendance à souvent être frustrées, irritées ou même colériques lorsqu’on leur demande d’arrêter de travailler pendant une activité personnelle. Par exemple, lorsqu’on regarde la télé en famille ou lors du match sportif d’un enfant, un parent peut se sentir obligé de travailler sur son ordinateur ou son téléphone. Couramment, ceci mène à des problèmes de couple ou avec les enfants, puisqu’il devient plus difficile pour les ergomanes de percevoir leurs propres problèmes familiaux.

Les personnes les plus à risque, selon Nicolas Chevrier, sont les gens avec des traits de personnalité obsessionnelle compulsive, donc des gens un peu plus contrôlants.

Une fois le problème cerné, on peut avoir recours à des soins adaptés, comme la thérapie cognitivo-comportementale. Au travail, il faut ainsi apprendre à déléguer plus souvent, à faire moins de vérifications constantes auprès des collègues et à encourager un climat de confiance avec les gens autour de soi.

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