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L’invention de la pollution

Les années lumière

Avec Sophie-Andrée Blondin

Le dimanche de 12 h 10 à 14 h
(en rediffusion le dimanche suivant à 4 h)

L’invention de la pollution

Audio fil du dimanche 20 mai 2018
Un homme distribue du DDT.

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses industries qui fabriquaient des produits chimiques à des fins militaires ont investi le domaine de l'agriculture. Cet homme distribue du DDT.

Photo : bundesarchiv / Schmidtke

Comment la population voyait-elle l'environnement avant que le mot « pollution » existe? Si l'ère industrielle a fait exploser le phénomène, il est surprenant d'apprendre à quel point les questions d'« insalubrité » ont été considérées par les autorités au cours de l'histoire. Avec son collègue François Jarrige, Thomas Le Roux explore trois siècles de fléau humain dans l'ouvrage La contamination du monde.

Dans La contamination du monde, les auteurs distinguent trois périodes :

  1. L’Ancien Régime, qui s’étend du 16e siècle jusqu’à la révolution industrielle. Dans ce monde plus rural, la pollution est localisée.
  2. La face sombre du progrès, qui commence à la fin du 18e siècle et qui se termine au 19e. Une nouvelle façon de produire se développe grâce à la révolution industrielle et de nouveaux polluants apparaissent.
  3. La phase toxique, qui représente le 20e siècle. Les industries productrices d’agents chimiques investissent notamment le domaine de l’agriculture après la Seconde Guerre mondiale.
Planche de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert illustrant une tannerie (1772)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Planche de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert illustrant une tannerie (1772).

Photo : Henri Moreau

Qui polluait au 18e siècle?
Avant la révolution industrielle, la planète est moins peuplée et les moyens de production sont limités. Ce monde plus rural, où la pollution est concentrée près des tanneries et des fabriques de poterie et de textiles, offre des possibilités d’autoépuration suffisantes.

N’empêche, les résidus laissés par ces fabriques créent parfois des tensions à proximité. Le terme « pollution » n’existe pas encore : on parle plutôt de « corruption » et d’« insalubrité ».

Lorsqu’un litige éclate, le mode opératoire pour régler le conflit est surtout juridique. On parle de « nuisance ».

C’est une chose étonnante de voir que ces sociétés anciennes étaient fortement préoccupées par ces questions d’insalubrité. D’une part parce que c’est un monde d’incertitude médicale. On estime que les odeurs [peuvent véhiculer des maladies]. D’autre part, on est dans un monde de vulnérabilité. Toute altération du milieu peut provoquer des troubles, ne serait-ce que pour l’approvisionnement en eau potable.

Thomas Le Roux, auteur

Ainsi, les réglementations sont très strictes; les polices locales ont généralement des pouvoirs de répression très développés, et elles agissent avec fermeté, souligne Thomas Le Roux.

La face sombre du progrès
À la fin du 18e siècle, l’industrialisation en marche introduit de nouvelles façons de produire. De nouveaux polluants font ainsi leur apparition.

À partir des années 1760, on produit des acides fortement concentrés. Ces derniers ont maintenant un pouvoir de corrosion, et des dégâts environnementaux inédits surviennent. C’est à cette époque que l’on commence à observer de la végétation calcinée par des vapeurs acides. Les citoyens qui vivent près de ces usines qui utilisent ces agents chimiques commencent aussi à souffrir de ces moyens de production.

On voit alors naître de grands débats qui ont pour objectif de définir la pollution. Fait insolite, on examine la dangerosité de cette dernière pour la santé publique! Ce sont les scientifiques et les chimistes qui s’intéressent maintenant à ces questions. Ils acquièrent une expertise en matière de pollution, auparavant reléguée aux juristes, lesquels réglaient les litiges de mauvais voisinage.

La pollution industrielle de la fin du 19e siècle à Widness, en Angleterre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pollution industrielle de la fin du 19e siècle à Widness, en Angleterre.

Photo : DWF Hardie/ JD Pratt

Les autorités publiques, soucieuses d’encourager l’industrialisation, vont demander aux scientifiques de redéfinir le rapport des sociétés à l’environnement. Il faut donc trouver de nouveaux critères de salubrité. Le mot « pollution » fait tranquillement son apparition. Quand même, c'est plutôt l’augmentation de la consommation de charbon qui définit l’époque.

Néanmoins, on développe des fourneaux qui brûlent la fumée de charbon pour adoucir l’effet de l’industrialisation sur la santé publique. Mais à l’époque, on apprend surtout à vivre avec la pollution, qui est perçue comme un effet secondaire du progrès.

La phase toxique

La dernière période abordée par François Jarrige et Thomas Le Roux commence au 20e siècle alors que le pétrole supplante maintenant le charbon. La pétrochimie se développe; son essor aboutira à la création de produits de synthèse qui ne se décomposent pas dans l’environnement et qui sont extrêmement toxiques.

Au même moment, les populations explosent : l’humanité passe de deux à sept milliards d’individus, et chacun consomme plus que jamais.

Ce sont les deux guerres mondiales qui auront les plus grandes répercussions sur ce nouveau boom industriel et la pollution qui en découle. À cette époque, les guerres totales monopolisent les sociétés et font exploser les verrous réglementaires. Elles sont menées avec des moyens d’exception, et la protection de l’environnement n’est vraiment pas un critère.

Une fois ces grands conflits terminés, les entreprises qui ont mis au point de nouveaux produits chimiques – utilisés entre autres dans l’armement – investissent le domaine de l’agriculture, notamment pour créer des pesticides et des fertilisants chimiques.

Thomas Le Roux souligne que les nombreux acteurs (notamment les scientifiques) qui s'intéressent maintenant à l'environnement consacrent leur pratique à contrer les dommages causés par d'autres avancées scientifiques.

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