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Les années lumière

Avec Sophie-Andrée Blondin

Le dimanche de 12 h 10 à 14 h
(en rediffusion le dimanche suivant à 4 h)

Le sang « jeune » pourrait ralentir le vieillissement

Audio fil du dimanche 4 mars 2018
Une femme dont la moitié du visage est jeune, alors que l'autre moitié est âgée.

Est-ce que le fait de transfuser du sang qui provient de jeunes humains à des personnes âgées pourrait retarder leur vieillissement?

Photo : getty images/istockphoto / BLACKDAY

Vivre jeune plus longtemps et repousser la mort est quelque chose qui fait partie de l'inconscient collectif depuis des millénaires. De plus, un élément qu'on associe souvent au prolongement de la vie est le sang. On peut maintenant dire que derrière ces mythes se cache une part de vérité, car des études révèlent que le sang pourrait cacher le secret de la jeunesse!

Des chercheurs ont montré que transférer du sang d’un jeune animal à un autre plus âgé permet de régénérer ou de restaurer certaines fonctions. Lors de tests effectués sur des souris, les spécimens plus âgés qui avaient reçu des transfusions de sang d’animaux plus jeunes offraient de meilleures performances aux tests de mémoire ou d’endurance que les cobayes qui n’avaient pas reçu de traitement.

Plusieurs organes comme le cœur, le foie ou le cerveau semblaient aussi regagner la force et le fonctionnement qu’ils avaient avant, quand ils étaient plus « jeunes ».

L’idée est connue depuis longtemps, mais les publications à ce sujet (Nouvelle fenêtre) ont vraiment commencé à se multiplier au cours des dernières années.

Un article paru dans le journal Cell Reports (Nouvelle fenêtre) expose pour la première fois un des mécanismes par lequel le sang « jeune » peut jouer un rôle d’élixir de jouvence, du moins en ce qui concerne le cerveau.

Combattre le vieillissement
Pour comprendre la source de l’effet, il faut décortiquer le vieillissement – un phénomène encore mal compris, où un très grand nombre de mécanismes entrent en jeu.

Parmi ses principaux responsables, mentionnons l’inflammation, la sénescence cellulaire ou même une baisse de réparation de l’ADN. Un des mécanismes du vieillissement qui s’avère particulièrement important implique certaines cellules souches, des cellules immatures qui sont capables de se transformer en différents tissus à travers le corps.

Chez l’adulte, on peut voir ces cellules comme un réservoir capable de remplacer ce qui se trouve dans le corps. Le sang, par exemple, est continuellement renouvelé par des cellules souches qui vont donner les globules rouges, les globules blancs et les cellules produisant les plaquettes sanguines dont l’être humain a besoin.

De plus en plus, on se rend compte que chaque organe possède sa propre population de cellules souches qui va l’approvisionner à vie. Avec les années, la capacité de répondre de ces cellules diminuent, et c’est l’un des moteurs qui fait apparaître les signes de l’âge.

Le secret de la jeunesse
Le cerveau humain contient des cellules souches qui peuvent, dans certaines circonstances, remplacer les neurones. C’est un phénomène qu’on appelle la neurogenèse, un des leviers sur lequel va jouer le transfert de sang pour restaurer la jeunesse dans le cerveau.

Les chercheurs du laboratoire du professeur Saul Villeda, à l’Université de Californie à San Francisco, ont montré que la création de nouveaux neurones dans le cerveau est étroitement liée à une protéine nommée TET2.

En utilisant le génie génétique, ils en sont arrivés à la conclusion que bloquer le bon fonctionnement de la TET2 chez une souris jeune entraîne un déclin cognitif précoce et une baisse d’activité des cellules souches du cerveau, comme on peut le voir chez des souris très âgées.

À l’inverse, lorsque les souris sont affectées par le sang « jeune », on dénote une augmentation de l’expression de TET2 et on assiste de nouveau à la création de neurones dans le cerveau.

Le diable est dans les détails
Connaître l’élément déclencheur de cette régénération aura des répercussions importantes sur la façon dont cette thérapie sera mise en pratique chez l’humain. D’autres études ont soulevé des points importants qui vont en ce sens.

Si plusieurs chercheurs ont remarqué qu’une vieille souris regagnait en force quand on la transfusait avec du sang « jeune », l’inverse est aussi possible! Donner du sang de souris âgée à une autre plus jeune affaiblit l’animal et mène à des déclins cognitifs comme chez les spécimens plus âgés.

Les jeunes souris qui ont reçu de ce sang avaient de moins bons résultats aux tests d’endurance et, surtout, étaient caractérisées par une création de nouveaux neurones dans le cerveau en forte baisse.

Il est donc possible qu’on trouve des molécules importantes dans le sang « jeune », ou que des molécules qui causent des problèmes s’accumulent dans le sang avec l’âge.

Appel à la prudence
Ce manque de connaissances est essentiel à combler, car d’autres équipes ont déjà commencé à se pencher sur ces possibles transfusions sanguines chez l’humain en vue de trouver des traitements contre la maladie d’Alzheimer. Jusqu’à maintenant, les premiers résultats (publiés en septembre dernier (Nouvelle fenêtre)) ont montré bien peu d’effets positifs.

Géraldine Gontier, chercheuse post-doctorante qui a dirigé ce projet, affirme : « On n’en est encore qu’à des modèles de souris, et toute intervention chez l’humain est prématurée. Je comprends que dans certains cas, comme la maladie d’Alzheimer, on soit pressé de trouver une solution, mais il ne serait pas éthique de se lancer dans un traitement sans comprendre tous les risques impliqués », estime-t-elle.

Pis encore : toutes ces études sont rapidement devenues populaires, au point où une clinique en Californie a commencé à offrir des transfusions de sang « jeune » à des personnes plus âgées… qui devaient payer 8000 $ par litre de transfusion!

Capitaliser sur ces découvertes peut comporter certains risques si le tout n’est pas bien encadré.
Pour Armen Saghatelyan, spécialiste en neurogenèse au centre de recherche CERVO (affilié à l’Université Laval), bien que l’activation de cellules souches dans le cerveau puisse mener à la création de nouveaux neurones, « une manipulation non contrôlée peut aussi mener à une baisse importante du nombre de cellules souches chez le patient ou, pire encore, provoquer une croissance non contrôlée qui mènerait à l’apparition de tumeurs dans le cerveau. »
Vivre plus longtemps ou vieillir en santé?

Ce genre d’étude s’inscrit dans un mouvement caractérisé par une tentative d’améliorer constamment les conditions de vie à des âges plus avancés.

La question va bien au-delà de l’« éternelle jeunesse » : plusieurs pays sont confrontés à une population vieillissante ainsi qu’à une explosion des maladies liées à l’âge, l’un des principaux fardeaux des systèmes de santé.

Améliorer l’état des personnes âgées pourrait aider à réduire cette pression, et ce genre d’étude offrira peut-être la possibilité de vivre plus longtemps en santé, ce qui est plus important que de prolonger la vie coûte que coûte.

Il y aura aussi un important débat éthique à tenir. Si ce genre de technologie fonctionne, c’est bien, mais va-t-on alors se retrouver avec quelque chose de payant, qui sera uniquement accessible aux gens plus riches? Ou est-ce que cela sera offert à tout le monde?

S’il y a une chose dans laquelle tous les humains sont égaux, c’est bien la mort. Il faudra donc faire attention de ne pas créer de nouvelles disparités.

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