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Les années lumière

Avec Sophie-Andrée Blondin

Le dimanche de 12 h 10 à 14 h
(en rediffusion le dimanche suivant à 4 h)

Et si l’humain n’avait pas inventé l’art?

Audio fil du dimanche 4 mars 2018
Des peintures préhistoriques sur une parois.

La récente découverte de peintures qui auraient été réalisées par des néandertaliens engendre un débat sur la naissance de l'art.

Photo : P. Saura

Un récent article publié dans la revue scientifique Science crée un certain émoi au sein de la communauté des archéologues. Selon une équipe de chercheurs britanniques, allemands et espagnols, l'homme de Néandertal était lui aussi artiste. Dorénavant, ce privilège ne revient plus seulement à son cousin Homo sapiens – c'est-à-dire nous.

Comme dans le cas de notre espèce, l’art néandertalien se serait exprimé dans des grottes. D’après la datation obtenue par cette équipe de chercheurs, les dessins et graphiques trouvés dans trois grottes espagnoles remonteraient à au moins 64 000 ans, c’est-à-dire environ 20 000 ans avant qu’Homo sapiens ne mette les pieds en Europe, et plus précisément en Espagne. Ce sont donc les plus vieilles peintures rupestres du monde.

Ces dessins, impressionnants pour l’époque, témoignent selon les chercheurs que Néandertal pensait lui aussi et que les Néandertaliens avaient leurs artistes.

Les trois grottes où ont été trouvés ces dessins sont très éloignées les unes des autres : la grotte de La Pasiega est située dans la région de la Cantabrie, près du Pays basque; une autre se trouve dans la région de l’Estrémadure, près du Portugal; et finalement, la grotte d’Ardales, en Andalousie, n’est pas très loin de la Méditerranée.

La datation, le nerf de la guerre
Les chercheurs ont prélevé et daté une soixantaine de très petits échantillons dans les trois grottes espagnoles en question – des échantillons minuscules, de moins de 10 mg chacun, afin de ne pas être trop invasif et de ne pas endommager les peintures.

Ces échantillons contiennent des dépôts de calcite trouvés sur les peintures et autres pigments. C’est d’ailleurs la calcite prélevée sur les peintures qui est datée, et non les pigments rouges qu’on a trouvés dans ces grottes.

Les scientifiques ont eu recours à la datation uranium-thorium, ou U-Th, pour arriver à ce résultat étonnant d’environ 64 000 ans. Selon Michel Lorblanchet, la méthode U-Th est peut-être supérieure à la méthode au radiocarbone (ou carbone 14). Ce qui conforte les archéologues, c’est que les résultats obtenus concordent et qu’à peu de choses près, ils sont identiques dans les trois grottes.

Une découverte qui fait débat
Le milieu de l’archéologie réagit de façon mitigée devant cette découverte. Le préhistorien Jacques Jaubert, codécouvreur de la grotte de Bruniquel, dans le sud-ouest de la France (où on a trouvé ce qui s’apparente à des aménagements rituels), affirme qu’il est « très tentant d’y croire ». Il indique néanmoins que certains doutes peuvent subsister au sujet des datations et qu’il faut multiplier ces dernières pour tenter de faire coïncider les résultats.

Un des membres de l’équipe, l’expert en datation João Zilhão, soutient quant à lui que c’est la fin du débat concernant la datation. Devant certains doutes soulevés, l’archéologue britannique Alistair Pike, un des chercheurs principaux de l’étude, estime que des raisons politiques se cachent derrière le débat, puisque ce sont surtout des scientifiques français – lesquels ne sont pas géochimistes – qui mettent en doute la datation proposée ici.

Invité : Michel Lorblanchet, préhistorien et signataire de l’article

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