Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Animatrice Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 25 février 2018

Que dit la science sur les tueurs de masse?

Publié le

Un revolver dans un sac d'école qui contient des livres.
Le Dr. Peter Langman affirme que la plupart des tireurs ayant commis une tuerie en milieu scolaire ont déjà fréquenté l'établissement visé.   Photo : getty images/istockphoto / fstop123

Une fusillade survenue récemment dans une école secondaire de la Floride a fait 17 morts et a relancé le débat sur le contrôle des armes à feu aux États-Unis. En attendant, peut-être un jour, l'implantation de nouvelles mesures, peut-on agir pour prévenir ce type de drames? La science permet-elle de détecter à l'avance les individus qui passeront à l'acte?

Un portrait plutôt flou
Peter Langman, qui est à la fois psychologue, chercheur et auteur, se penche depuis des années sur ceux et celles qui ouvrent le feu en milieu scolaire. Il a colligé toutes les informations sur le site schoolshooters.info, qu’il présente comme le plus important recueil de données du genre sur le sujet.

Peter Langman a commencé à s’intéresser aux tueurs dans les écoles à la suite de la fusillade survenue en 1999 à l’école secondaire Columbine, au Colorado, au cours de laquelle 12 élèves et un enseignant avaient été abattus. Au fil des années, il a fait le portrait de 61 tireurs. Existe-t-il un portrait type de ces personnes ? Peter Langman répond qu’il y a une grande diversité au sein du groupe.

Ils ont de 11 à 62 ans. Certains s’en prennent aux écoles primaires ou secondaires, aux collèges ou aux universités. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un établissement qu’ils fréquentent ou qu’ils ont déjà fréquenté. La plupart sont remplis de rage, mais ce n’est pas toujours le cas. La raison de cette colère peut varier grandement d’un individu à l’autre.

Peter Langman, psychologue, chercheur et auteur

Les établissements d’enseignement constituent la principale cible des tueurs de masse. Pour les besoins d’une récente étude, le Centre international pour la prévention de la criminalité, situé à Montréal, s’est intéressé à ces individus. Il s’en dégage quelques grandes caractéristiques : ce sont essentiellement des hommes, surtout blancs. Ils ont en moyenne 26 ans. Ils tuent avec une arme à feu dans la grande majorité des cas.

Tueurs de masse et tueries de masse

Définition
Un tueur de masse est une personne qui fait au moins deux victimes, avec l’intention d’en faire davantage. La tragédie doit se dérouler dans un même lieu en l’espace de 24 heures. Sont généralement exclus de cette catégorie ceux et celles qui tuent leurs proches dans la résidence familiale.

Nombre d’événements
De 1984 à 2012, plus de 64 tueries de masse ont eu lieu aux États-Unis.
De 1984 à 2014, 7 tueries de masse, dont 4 au Québec, se sont produites au Canada.

Source : Étude sur la prévention de la violence dans les institutions publiques, 2015, Centre international pour la prévention de la criminalité

Qu’est-ce qui pousse des personnes à commettre l’irréparable ? Le chercheur Pablo Madriza, directeur de la recherche et des programmes au Centre international pour la prévention de la criminalité, parle de quatre grandes causes pouvant expliquer les tueries de masse. Beaucoup de personnes répondent à ces critères mais ne passeront jamais à l’acte. Pour lui comme pour d’autres, c’est pour cela qu’il impossible de prévenir de façon efficace de tels drames.

Le vécu d’intimidation dans l’école, les troubles de santé mentale, le sentiment d’isolement et le sentiment d’injustice. Mais ce sont des catégories qui peuvent toucher n’importe qui. Combien de personnes ont été intimidées? Combien de personnes ont vécu des injustices? Combien de personnes ont des troubles de santé mentale? Et combien de personnes sont isolées et introverties? C’est ça, le problème, dans le cas de tueurs de masse.

Auteur

État des données
Les chercheurs manquent de données sur les tueries de masse et leurs auteurs. Il faut dire que ces événements restent relativement rares comparativement à d’autres types de crimes. Par ailleurs, le fait que la plupart des tueurs se suicident ou sont abattus par la police complique la compréhension du phénomène. Ajoutons à cela qu’aux États-Unis, la violence avec des armes à feu fait l’objet de très peu de recherches en raison de restrictions sur les fonds publics adoptées par le Congrès américain.

Mesures de prévention
Mais peut-on quand même faire quelque chose pour réduire les risques de tueries de masse ? Selon la pédopsychiatre Cécile Rousseau, directrice de l’équipe de recherche sur les polarisations sociales du ministère de la Santé du Québec, la tragédie de Columbine en 1999 a amené les autorités à implanter différentes mesures dont on peut maintenant évaluer l’efficacité. Elle donne quelques exemples : « Des caméras, des détecteurs de métal [et] une détection des individus potentiellement vulnérables et violents, qu’on envoyait voir les travailleurs sociaux et les psychologues. Les résultats, quand même 20 ans après, sont désastreux. Ça n’a pas du tout réduit la violence. Les études ont montré que les individus, se sentant potentiellement ciblés, n’allaient plus chercher de l’aide parce qu’ils avaient peur qu’on les considère comme violents », explique-t-elle. La chercheuse précise que les mesures d’inclusion et de lutte contre l’intimidation mises en place dans des écoles ou des villes ont en revanche permis de réduire la violence.

Des signes à prendre au sérieux
S’il est impossible de détecter bien à l’avance celui ou celle qui deviendra un tueur de masse, tout n’est pas perdu. En effet, selon le psychologue américain Peter Langman, les tireurs laissent très souvent des indices révélateurs avant de passer à l’acte. « Souvent, les jeunes tireurs parlent de leurs plans à leurs amis, ou publient des choses sur des sites Internet ou sur les médias sociaux. Certains avertissent même leurs amis de rester loin de l’école lors du jour prévu de la fusillade pour éviter de les blesser. Certains évoquent leurs intentions dans des dissertations. La plupart du temps, les jeunes donnent des signes. » À son avis, il faut améliorer les techniques d’enquête et de suivi auprès de ces jeunes potentiellement violents pour désamorcer les fusillades.

C’est aussi l’avis de Frédéric Lemieux, professeur et directeur du programme de renseignements à l’Université de Georgetown, à Washington. Il dirige une équipe qui travaille sur la question des tueurs de masse. Selon lui, la police doit revoir sa façon de mener des interrogatoires auprès des suspects. « La police met souvent l’accent sur des éléments statiques : les antécédents de l’individu, son comportement dans le passé, quel genre de menaces il ou elle a pu faire… mais il y a peu d’analyse d’éléments dynamiques. Croire que la violence peut aider à résoudre un problème, ça va évoluer dans le temps. La personne va se convaincre de plus en plus dans le temps que la violence est peut-être le seul recours possible. Donc, cette évolution dans le temps n’est souvent pas captée lors des entrevues. » Il rappelle que la police a souvent interrogé des suspects qui sont par la suite passés à l’acte. Ainsi, il y a lieu pour les autorités de raffiner leur canevas d’entrevue.

Chargement en cours