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Le projet risqué de site d’enfouissement nucléaire à Chalk River

Les années lumière

Avec Marie-France Bélanger

Le dimanche de 12 h 10 à 14 h
(en rediffusion le dimanche suivant à 4 h)

Le projet risqué de site d’enfouissement nucléaire à Chalk River

En rouge, le site prévu pour le dépotoir nucléaire de Chalk River, qui est situé à quelques centaines de mètres de la rivière des Outaouais.

En rouge, le site prévu pour le dépotoir nucléaire de Chalk River, qui est situé à quelques centaines de mètres de la rivière des Outaouais.

Photo : Rapport de Laboratoires nucléaires canadiens

La construction imminente d'un dépotoir pour déchets nucléaires à quelques centaines de mètres de la rivière des Outaouais inquiète des intervenants du milieu scientifique canadien, révèle un reportage de Chantal Srivastava. Patrick Nadeau, de Sentinelle de la rivière des Outaouais (Nouvelle fenêtre), mentionne, entre autres, que le manque de précédents est une source d'inquiétude et de risques pour l'environnement et la santé humaine.

Le dépotoir, ou « installation de gestion des déchets près de la surface », selon le jargon officiel, sera construit à proximité des laboratoires de recherche de Chalk River, à 180 km à l’ouest d’Ottawa. Il sera graduellement rempli jusqu’en 2070, puis scellé. Le monticule d’une hauteur de 25 mètres contiendra 1 million de mètres cubes de déchets, selon Annie Morin, biologiste à Laboratoires nucléaires canadiens (Nouvelle fenêtre) (LNC), l'entreprise privée chargée du projet. Elle ajoute que seulement 1 % des déchets auront une activité radioactive moyenne, les autres étant de faible activité.

Le journaliste à la retraite Gilles Provost met en garde la population : ces déchets d’activité moyenne sont très dangereux. « Ces 10 000 m3 de déchets [peuvent produire assez d’énergie au mètre cube] pour faire bouillir de l’eau. Il faut les déplacer à distance tellement ils sont dangereux. […] C’est radioactif au point où les radiations pourraient détruire la membrane. »

Un plan de coupe montrant la constitution du dépotoir, de la surface gazonnée au déchets radioactifs variésAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un plan de coupe montrant la constitution du dépotoir, de la surface gazonnée au déchets radioactifs variés

Photo : Rapport de Laboratoires nucléaires canadiens

Une première au Canada
L’installation de gestion des déchets près de la surface est une technologie éprouvée, affirme Annie Morin. Différents scénarios prenant en compte les conditions météorologiques et environnementales de la région ont été testés et seront considérés lors de la conception et de l’installation, sans compter un programme complet de surveillance environnementale de la qualité de l’eau et de l’air.

Ces propos sont mis en doute par Patrick Nadeau, qui estime que les précédents, ailleurs dans le monde, sont incomparables. Un tel dépotoir dans l’État de Washington, par exemple, se trouve dans une contrée désertique, tandis qu’un autre, en France, traite des déchets complètement différents. Selon le biologiste, cette technologie est éprouvée… dans le cas de dépotoirs municipaux.

Risque de contamination de l’eau
La proximité d’un affluent qui abreuve la capitale canadienne et la Région métropolitaine de Montréal mérite d’être mentionnée. « À partir du moment où une contamination atteint la rivière, on parle de risques pour tous les gens en aval », estime Patrick Nadeau. Filtrer ces eaux est extrêmement complexe, puisque des éléments, comme le tritium, peuvent « passer tout droit ». C’est sans parler de la difficulté que présente la captation de l’entièreté de ces eaux.

 

Notre responsabilité envers le public, c’est de [nous] assurer que le site et la méthode utilisée présentent le moins de risques possibles, et je ne peux pas vous affirmer ça au moment où [nous nous] parlons.

Patrick Nadeau

Un dossier complexe et difficile d’accès
La population a jusqu’au 17 mai pour réagir à un rapport de 990 pages  (Nouvelle fenêtre)– sans compter les annexes – au sujet du dépotoir, publié uniquement en anglais par LNC et diffusé sur le site de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (Nouvelle fenêtre) (CCSN). Caroline Ducros, directrice de la Division de l’évaluation environnementale de la CCSN, affirme qu’une traduction française est en chantier du côté de LNC, mais n’en connaît pas encore la date de publication. Elle admet qu’il pourrait être nécessaire d’allonger le délai d’étude pour la population et les groupes environnementaux, sans toutefois le confirmer.

Malgré le rapport en français à venir, Gilles Provost croit que le dossier demeure extrêmement complexe pour le public. « Ça m’a pris une semaine complète pour le comprendre, et je suis allé d’incrédulité en incrédulité. » Il réitère que, selon lui, dans sa forme actuelle, le dépotoir serait un projet irresponsable de la part du gouvernement fédéral.

On va avoir la traduction en français, [nous allons alors] pouvoir lire par nous-mêmes tout ce [que le gouvernement] va faire d’irresponsable.

Gilles Provost

Références
Le site web (Nouvelle fenêtre) de Sentinelles de la rivière des Outaouais
Le site web (Nouvelle fenêtre) de Laboratoires nucléaires canadiens
Le site web (Nouvelle fenêtre) de la Commission canadienne de sûreté nucléaire
Le rapport (Nouvelle fenêtre) produit par LNC (en anglais)

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