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Le secret de la mémoire du blob

Les années lumière

Avec Sophie-Andrée Blondin

Le dimanche de 12 h 10 à 14 h
(en rediffusion le dimanche suivant à 4 h)

Le secret de la mémoire du blob

Audio fil du dimanche 19 mai 2019
Blob dans un marais.

La créature impressionnante qu'est le physarum polycephalum (blob) peut s'étendre sur le sol afin de mesurer jusqu'à 10 mètres carrés.

Photo :  Bill Sheehan

On découvre comment Physarum polycephalum, un myxomycète mieux connu sous le nom de « blob », arrive à mémoriser des connaissances… lui qui n’a pourtant pas de cerveau. Son secret? Il avale ce qu'il veut se rappeler, tout simplement!

On savait que le blob était quasi immortel et qu’il pouvait se diviser des milliers de fois en plusieurs individus, ou encore fusionner avec des congénères pour atteindre une taille de 10 m2. On savait aussi que cette étonnante chose – qui n’est ni un animal, ni une plante, ni un champignon – pouvait résoudre des problèmes, mémoriser des informations et les transmettre à ses semblables.

On comprend maintenant ce qu’est le support de cette mystérieuse mémoire chez l’organisme, lequel est dénué de système nerveux.

« En fait, quand il veut retenir quelque chose, il l’avale, explique l’éthologue Audrey Dussutour. C’est aussi simple que ça! C’est un peu comme si un élève mangeait ses cahiers pour apprendre ses leçons. »

Il apprend et enseigne

Il faut savoir que Mme Dussutour, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique, en France, avait déjà démontré en 2016 la capacité du blob à apprivoiser des substances. Des matières non toxiques pour lui, mais pour lesquelles il avait une aversion naturelle : le sel, par exemple, mais aussi la caféine et la quinine.

En entraînant l’organisme en question à traverser de petits ponts de gel imprégnés de sel, on arrivait à lui faire surmonter son mouvement de recul naturel. Le blob arrivait à mémoriser que la substance n’était pas une menace et se comportait, au bout de quelques jours, comme si le pont salé n’était pas salé.

Audrey Dussutour et ses collègues avaient aussi publié, l’an dernier, un nouveau constat fascinant : le blob arrive à transmettre ses connaissances à ses semblables. Les blobs entraînés montraient à d'autres qui ne l'étaient pas qu'une substance donnée n'était pas à craindre.

Or l’équipe avait remarqué que ce transfert ne se produisait que quand un blob « éduqué » fusionnait son système veineux avec celui d’un blob non entraîné : un blob naïf.

Absorber pour apprendre

En fouillant davantage ce mécanisme, les scientifiques découvrent aujourd’hui que c’est bien par l’échange de liquide que la connaissance est transmise. Suivant ce filon, ils montrent par des expériences que cela s’explique par le fait que le blob absorbe et conserve en lui de la substance dont il se souviendra. Le support de la mémoire, chez cet être, est la substance elle-même.

Les chercheurs soulignent encore qu’on peut « injecter » une mémoire à un blob naïf. Ainsi, en lui offrant une goutte d’eau salée, on arrive à le faire se comporter, en deux heures à peine, comme un blob entraîné sur plusieurs jours à apprivoiser le sel.

« Imaginez seulement si cela fonctionnait de la même manière pour nous. Il suffirait de boire une bouteille d’anglais pour apprendre à parler la langue! » s’exclame Audrey Dussutour.

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