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Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 17 mars 2019

Et si la diète avait eu une incidence sur le langage?

Publié le

Deux bulles de conversation avec des F et des V à l'intérieur.
Le développement de l’agriculture aurait favorisé l’émergence des sons «F» et «V», selon des chercheurs.   Photo : getty images/istockphoto / MicroStockHub

Manger « mou », pour reprendre une expression populaire – c'est-à-dire manger des aliments moins coriaces sous la dent –, aurait pu avoir des répercussions d'ordre linguistique. Une étude parue dans la revue Science soutient que les changements alimentaires apparus avec l'arrivée de l'agriculture, il y a quelque 12 000 ans av. J.-C., auraient favorisé l'émergence des sons « F » et « V », bien présents dans plusieurs langues.

Avant les débuts de l’agriculture, la Terre était peuplée de chasseurs-cueilleurs qui se nourrissaient de viande et de racines. Or ce menu n’était pas sans conséquences pour leur dentition et leur mâchoire.

« La diète est plus dure. Donc on a besoin de bien mâcher. Et ça va avoir un effet abrasif sur les dents », explique Dan Dediu. Chercheur au Laboratoire dynamique du langage de l’Université Lumière Lyon 2, en France, cet homme est l’un des auteurs de l’étude parue dans Science. Une telle diète a aussi eu un effet sur le développement de la mâchoire inférieure, précise-t-il.

Résultat : les dents du haut et du bas se sont retrouvées bout à bout, appuyées les unes sur les autres. Or, selon les chercheurs, cette position des dents rend plus difficile la production des sons « F » et « V », qu'on appelle consonnes labiodentales, c'est-à-dire qu'elles sont produites par le contact de la lèvre inférieure avec les dents supérieures.

Mais le développement de l’agriculture est venu tout changer. Des meules pour moudre les céréales et de nouvelles techniques destinées à faire cuire les aliments et à les préserver ont modifié la diète des humains. Ces derniers se sont alors mis à consommer des aliments plus mous et moins abrasifs pour les dents, soutiennent les chercheurs. Des changements alimentaires qui ont favorisé l’émergence des sons « F » et « V », expliquent-ils.

Pour en arriver à cette conclusion, ils ont utilisé des informations provenant de bases de données existantes. Ils se sont penchés sur les langues de chasseurs-cueilleurs et ont étudié les squelettes d’Homo sapiens avant et après l’arrivée de l’agriculture.

Cette proposition voulant que les sons « F » et « V » soient apparus environ 10 000 ans av. J.-C. va à contre-courant du consensus scientifique. La théorie généralement acceptée veut que la phonétique des langues soit demeurée fixe depuis l’émergence d’Homo sapiens, notre espèce, il y a 300 000 ans.

La plupart des linguistes n’aiment pas entendre le rôle de la biologie dans l’apparition des sons du langage. Mais je pense que c’est un domaine extrêmement intéressant.

Jean-Marie Hombert, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en France

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