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Les études en nutrition : comment s'y retrouver?

Les années lumière

Avec Sophie-Andrée Blondin

Le dimanche de 12 h 10 à 14 h
(en rediffusion le dimanche suivant à 4 h)

Les études en nutrition : comment s'y retrouver?

Des aliments disposés sur une table.

Il faut se méfier des études qui donnent des vertus exagérées à certains aliments.

Photo : iStock

« Le chocolat fait maigrir », « le vin est bon pour le cœur » et « les œufs ne sont pas bons pour le cholestérol »... Les études en science de la nutrition semblent dire tout et leur contraire, donnant parfois l'impression d'une cacophonie d'informations nutritionnelles. Qu'est-ce qui en est la cause? Dans ce Bar des sciences enregistré au Café Fou Aeliés, à Québec, des experts y vont de leurs réflexions sur le sujet.

Ça permet de voir que la nutrition, c’est une science qui est dynamique, ce n’est pas statique. Ça évolue dans le temps. [...] C’est un sujet qui doit être abordé avec humilité. Ce qui est une connaissance du moment pourrait être remis en question plus tard.

Une participante du Bar des sciences

Des défis méthodologiques

« On étudie la même chose, par exemple, le lien entre le gras saturé et la santé du cœur, mais sous différents angles, et l’on n’arrive pas aux mêmes résultats. Ça ne veut pas dire que l’un a raison et l’autre non », insiste le chercheur en nutrition Benoît Lamarche.

Les experts s’entendent : le nerf de la guerre, en nutrition, c’est la méthodologie. Et une partie du nœud provient des participants. Ces derniers déclarent eux-mêmes leurs habitudes alimentaires, ce qui peut altérer les résultats de l’étude.

« Si c’est un nutritionniste qui mène l’étude, les gens vont être gênés de déclarer qu’ils prennent trois boissons gazeuses par jour », indique Benoît Lamarche.

Selon le chercheur en nutrition, il n’y a pas de solution miracle pour pallier cette marge d’erreur :

« On ne peut pas donner de la viande pendant 15 ans à un groupe et pas de viande à un autre groupe pour voir quel est l’effet de la consommation de viande sur le cancer ou les maladies du cœur. [...] On a de la difficulté à capturer de façon réelle le comportement alimentaire des gens et à faire le lien avec la maladie 15 ans plus tard », ajoute-t-il.

Le traitement médiatique

« Le chercheur qui travaille sur l’alzheimer dans un modèle avec des souris et des bleuets. [...] Quand les résultats sortent, les médias s’emparent de ça parce que tout le monde en raffole [des bleuets] et ce qu’on lit, c’est que les bleuets réduisent les risques d’alzheimer, mais c’est pour les souris. On a de la pression pour faire parler de ces recherches dans les médias, alors que c’est complètement inapproprié », soulève Benoit Lamarche.

On parle trop de nutrition dans les médias.

Benoit Lamarche

Selon Daniel Tomé, professeur émérite de nutrition humaine à AgroParisTech, le même phénomène est observé en France.

« En tant que chercheurs et experts en alimentation, c’est une partie de notre travail de valider ou d’invalider les communications faites sur la nutrition », explique-t-il.

Les nutritionnistes se heurtent aussi à une nouvelle réalité, soit la présence dans la sphère médiatique d’influenceurs – notamment l’actrice américaine Gwyneth Paltrow – qui offrent leurs conseils, sans toutefois avoir les compétences pour le faire. Une situation que dénonce Iwona Rudkowska, chercheuse en nutrigénomique :

« Quand tu entends des gens qui ne sont pas nutritionnistes, qui se disent experts en nutrition, donner des recommandations, des fois, je me dis que c’est n’importe quoi. Mais il y en a tellement que j’ai abandonné la bataille. Ça prendrait trop d’énergie de dire que ces personnes ne sont pas qualifiées. »

Ce qui est certain, c’est que le débat soulève les passions.

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