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Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 22 janvier 2017

Daniel Pauly, Scientifique de l’année et protecteur des océans

Publié le

Le biologiste Daniel Pauly, assis dans un fauteuil de cuir, répond à une question.
Daniel Pauly, 30e Scientifique de l'année de Radio-Canada   Photo : Radio-Canada / Julien Lamoureux

Le portrait de la pêche mondiale est beaucoup plus sombre que ne le laissent paraître les chiffres de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), explique le biologiste Daniel Pauly, Scientifique de l'année de Radio-Canada 2016. Depuis une vingtaine d'années, il consacre sa vie à vulgariser et à mettre en lumière l'ampleur de la crise environnementale majeure causée par la surpêche.

Le Global Atlas of Marine Fisheries, dont il a dirigé la publication, est l’aboutissement d’années de travail pour Daniel Pauly et Sea Around Us, le groupe de recherche lié à l’Université de la Colombie-Britannique qu’il dirige depuis 18 ans. Environ 400 chercheurs de partout dans le monde ont travaillé bénévolement pour acquérir des données plus fiables que celles de la FAO sur les pêches de tous les pays du monde dans les dernières décennies.

Les données recueillies par les Nations unies, parfois fausses et partielles
Les pays soumettent des données à la FAO, mais celles-ci sont souvent incomplètes ou fausses, explique le biologiste. Jusqu’en 1996, année record pour la pêche mondiale, cela avait pour effet de sous-estimer grandement les prises réelles et de cacher l’ampleur de la surpêche. C’est que les « pêches non vendues » ne sont pas comptabilisées. Les exemples sont nombreux; Daniel Pauly mentionne entre autres la pêche de subsistance des communautés inuites du nord du Canada. Comme ces poissons ne sont pas vendus, ceux-ci ne sont jamais comptabilisés.

À la suite du pic de 1996, on a assisté au phénomène inverse : les chiffres de la FAO montrent une stagnation ou une légère baisse des prises, tandis que Daniel Pauly parle plutôt d’une chute marquée, indiquant la mauvaise santé des stocks de poissons de nos mers et océans.

Les stocks de poissons : déclin graduel, mais crise majeure
Peu de gens s’en rendent compte, d’une part parce que l’offre de poissons au consommateur est encore diversifiée et abondante, mais aussi parce que la crise apparaît petit à petit. « On s’attend à un précipice au fond duquel on tomberait, mais, comme pour la biodiversité mondiale, c’est un déclin graduel. »

Les bateaux modernes, destructeurs de l’équilibre marin
La fin du 19e siècle est un tournant en exploitation des océans, selon Daniel Pauly. Les voiliers ont alors été remplacés par d’énormes chalutiers dont la puissance n’avait rien à voir avec celle des bateaux de pêcheurs du passé. Pêchant plus rapidement, ceux-ci ont brisé le fragile équilibre des stocks de poissons autour des pays industrialisés et ont dû étendre leur territoire de pêche.

« On ne peut empêcher cette expansion qu’en limitant l’effort, et on n’a pas été capables de faire ça, constate le biologiste. Aucun stock dans le monde ne peut résister à [une telle surpêche]. » Il compare ces bateaux fonctionnant à énergie fossile à un bulldozer utilisé pour récolter des fraises : « L’instrument est trop puissant, il faudra finir par aller dans le jardin du voisin. »

Daniel Pauly, citoyen du monde
Le biologiste est né en France un an après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Son père, un soldat américain noir, est rapidement retourné aux États-Unis. Souvent malade, il a été pris en charge par une famille suisse où il est rapidement passé d’enfant adoptif à « une espèce de domestique », raconte-t-il. Seul Noir dans un petit village helvète, il a rapidement compris qu’il devrait s’exiler pour vivre pleinement. Ce qu’il a fait dans plusieurs pays avant de s’installer au Canada.

Aujourd’hui, Daniel Pauly est l’un des experts les plus respectés en matière de science des océans, et ses connaissances sont requises partout dans le monde. Il est si souvent en déplacement qu’il n’a pu obtenir sa citoyenneté canadienne que l’année dernière, même s’il est professeur à l’Université de la Colombie-Britannique depuis 1994.

Références
Site web - Le groupe de recherche Sea Around Us
Global Atlas of Marine Fisheries : A Critical Appraisal of Catches and Ecosystem Impacts, dirigé par Daniel Pauly et Dirk Zeller, Island Press, 520 pages, 2016.
Site web - Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture

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