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Marie-France Bélanger
Audio fil du dimanche 13 janvier 2019

Comment les pigments d’une mine d’Afghanistan se sont retrouvés dans les dents d’une nonne du Moyen Âge

Publié le

Dentition du bas d'un squelette.
Photo publiée par l'Institut Max Planck du squelette d'une nonne découvert en 2014 dans le nord de l'Allemagne et qui contient des pigments bleus d'Afghanistan.   Photo : Associated Press / Christina Warinner

Des particules de lapis-lazuli, une roche métamorphique d'Afghanistan, ont été retrouvées sur les dents d'un squelette d'une nonne allemande du 11e siècle, révèle un article de Science Advances paru cette semaine. Il s'agirait de la première preuve physique qu'il était commun pour les femmes d'être artistes à cette époque, mais aussi que le précieux pigment issu de cette roche voyageait déjà jusqu'en Europe, selon le professeur d'histoire médiévale Michael McCormick de l'Université Harvard.

Pendant longtemps, les historiens ont cru que la majorité des enlumineurs du Moyen Âge étaient des hommes. Pourtant, les femmes aussi étaient artistes à l’époque, comme le prouve de manière tangible cette nouvelle recherche.

On ne le savait pas jusqu’ici, parce qu'elles n’ont pas signé leurs œuvres, explique Michael McCormick. C’est tout un pan de l’histoire, 50 % de l’humanité [qui sont des femmes], que nous risquons [...] de découvrir.

Michael McCormick, professeur d'histoire médiévale à l'Université Harvard

« Il devient de plus en plus clair que, contrairement à ce qu’on pouvait penser il y a plusieurs décennies, les femmes jouaient un rôle de premier plan dans la production des livres manuscrits du Moyen Âge », précise Michael McCormick.

Un manuscrit médiéval et des blasons de familles importantes du Moyen Âge.
Trois des manuscrits de la collection présentée à l'Université de Victoria sont rédigés en français et présentent les blasons des grandes familles de l'époque.    Photo : Les Enluminures

La science de pointe, combinée à l’archéologie et à l’histoire, est ainsi en train de redonner une voix à des gens qui ont vécu sans laisser de traces dans les archives ou dans les documents littéraires. L'hypothèse la plus probable veut que les pigments bleus se seraient retrouvés dans la bouche de la nonne parce qu'elle aurait eu l'habitude de tenir son pinceau entre ses dents.

« C’est la première fois, à ma connaissance, qu’on est parvenus à identifier physiquement une femme artiste du Moyen Âge ou de l’Antiquité, mentionne Michael McCormick. Nous avons donc ici la preuve matérielle que cette femme était artiste, qu’elle était l’artiste de ce petit couvent presque inconnu, et si elle y était avec des substances pareilles, il a dû y en avoir bien d’autres [en Europe]. »

Ce pigment, qui a donné son nom au bleu azur, était le bleu le plus pur et le plus permanent de l’époque, selon le professeur. Il était aussi le plus précieux de tous les pigments, pratiquement autant que l’or. C’est d’ailleurs ce même pigment qui a servi, près de cinq siècles plus tard, à Michel-Ange pour créer les bleus du Jugement dernier, l’une de ses œuvres les plus célèbres.

Des gens passent devant une fresque à la dominance bleue.
Photo de la fresque Le Jugement dernier de Michel-Ange dans la Chapelle Sixtine le 10 décembre 1999, alors qu'on dévoilait le résultat de la restauration de l'oeuvre qui s'est étalée sur 20 ans. Photo : Reuters/Paolo Cocco

La plaque dentaire, un livre ouvert sur l’histoire

Les minuscules particules bleues sur la plaque dentaire de ce squelette découvert en 2014 ont longtemps intrigué les chercheurs. Après quatre ans d’analyses biomoléculaires dans le laboratoire de pointe allemand de l'Institut Max Planck, les experts ont conclu que la composition chimique des petites particules bleues égalait parfaitement le profil des pigments d’une mine d’Afghanistan.

« Depuis quelque temps, il s’est avéré que [la] plaque dentaire constitue une matrice parfaite pour conserver les molécules biologiques, les bactéries, toutes sortes de minuscules témoignages de la vie d’un individu », dit M. McCormick.

La découverte du pigment prouve aussi que le commerce existait déjà à l’époque entre une partie de l’Asie et de l’Europe, puisque le matériel a dû voyager depuis les montagnes d’Afghanistan pour arriver en Allemagne. Il s’agirait ainsi de cas concrets qui marquent les prémisses de ce que les historiens appellent la révolution commerciale du Moyen Âge, où des liens commerciaux ont graduellement été tissés entre la Chine, l’Afghanistan, l’Inde et l’Europe.

Nous voyons que ce n’est pas le 21e siècle qui a inventé la [mondialisation].

Michael McCormick, professeur d'histoire médiévale à l'Université Harvard
Une roche avec des cristaux bleus et blancs
Photo publiée par l'Institut Max Planck d'un minerai de lapsis-lazuli. Durant le Moyen Âge, l'Afghanistan était la seule source connue de cette pierre rare utilisé en joaillerie, mais également pour son pigment. Photo : Associated Press/Christina Warinner

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