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Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 3 juin 2018

L'intelligence artificielle n'existe pas

Publié le

Un homme pointe une infographie de cerveau.
Devrions-nous vraiment parler de l'«intelligence» artificielle?   Photo : getty images/istockphoto / hwanchul

Alors que le monde entier parle d'intelligence artificielle, l'historien des sciences Yves Gingras critique durement la communauté scientifique, qui peine à définir le mot « intelligence » dans ce contexte précis. Selon lui, l'objectif des industriels qui parlent d'une « révolution » est d'abord financier et militaire, et les chercheurs devraient hésiter à participer à cette enflure verbale.

Il n’y a rien d’intelligent dans ça. Il s'agit uniquement d'algorithmes qui ont des propriétés qu’il faut écrire. Ce sont des individus qui les écrivent!

Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

La nouvelle mode
Yves Gingras a suivi de près l’entrée en scène de ce nouveau dada de la communauté scientifique nommé intelligence artificielle (IA). Avant 2015, personne n’en parlait. Maintenant, ces deux mots sont sur toutes les lèvres. L’historien des sciences rappelle qu’à différentes époques, le même traitement a été accordé aux biotechnologies, à la génomique ou aux nanotechnologies. À chaque épisode, de nombreuses voix pressent la communauté scientifique de mettre en place des balises éthiques dans l’urgence, afin d’éviter la catastrophe.

L’historien des sciences souhaite ramener le débat aux applications réelles de l’intelligence artificielle. Ce qui saute aux yeux, c’est que personne ne définit réellement l’intelligence lorsqu’on parle d'IA.

À titre d’exemple, Gingras critique vertement la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle de l’Université de Montréal. Il réduit l’exercice à « un discours pompeux d’informaticiens et d’éthiciens qui se disent : "On va déclarer quelque chose, nous, au nom de l’Université », et ce, dans un document qui offre de nombreuses définitions, mais qui omet de définir l’intelligence en soi."

Un drone qui lance des missiles.
Un exemple d'application concrète de l'intelligence artificielle est le Project Maven, qui permet au département de la Défense américain d'utiliser les systèmes d'intelligence artificielle de Google pour analyser les images captées par les drones militaires. Photo : getty images/istockphoto/koto_feja

Pourquoi cette négligence sémantique?
Selon Yves Gingras, une piste qui pourrait expliquer le problème de définition de l'« intelligence » se trouve peut-être dans une déclaration de Luc-Alain Giraldeau, directeur général de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui compare l’intelligence de la machine à celle d’un pigeon.

On considère le pigeon comme idiot, alors que l’intelligence comportementale du pigeon est infiniment supérieure à celle d’un soi-disant ordinateur intelligent qui a gagné une partie d’échecs en brûlant des millions de watts d’électricité.

Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

L'algorithme et son retour triomphal
Yves Gingras affirme qu’il faudrait carrément arrêter de parler d’intelligence artificielle, car on l'associe automatiquement à l'intelligence naturelle, ce qui « crée de faux problèmes ».

Tablette cunéiforme
Cette tablette cunéiforme a servi à calculer une racine carrée, via un algorithme babylonien.   Photo : Yale Babylonian Collection

Alors, qu’est-ce que l’intelligence artificielle? Yves Gingras souligne qu’il s’agit essentiellement d’algorithmes. Ces derniers sont des suites d’opérations et d’instructions qui permettent de résoudre un problème ou d’obtenir un résultat. Le concept a été mis au point par les Babyloniens au 3e millénaire av. J.-C. Ils ont développé un algorithme pour calculer les racines carrées, notamment.



Une nouvelle attention est pourtant portée aux algorithmes. Yves Gingras explique que la capacité de calcul des ordinateurs superpuissants qui les utilisent et l’étendue des bases de données frappent l’imaginaire. Une chose demeure, c’est l’œuvre de l’homme : « Ce n’est pas magique », souligne-t-il.

Une grande diversion

L’historien affirme qu’il faut d’abord considérer le contexte dans lequel ces technologies font surface : les premiers algorithmes modernes sont des innovations menées par l’industrie militaire, notamment. Il est grand temps que les historiens, sociologues, philosophes, ainsi que ceux qui peuvent vraiment définir l’intelligence, prennent la parole, selon lui, car l’enflure du moment peut déboucher rapidement sur des politiques publiques élaborées sur la base de promesses plus abstraites que la réalité.

Chroniqueur :
Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences de l'Université du Québec à Montréal (UQAM)

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