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Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 11 mars 2018

Le clonage se rapproche davantage de l’humain

Publié le

D'un côté, un macaque. De l'autre, douze macaques. Le collage représente le clonage.
Grâce à un clonage de macaques réussi par des scientifiques chinois, la science se rapproche un peu plus du clonage humain.   Photo : iStock / JackF

Des biologistes chinois ont récemment effectué le premier clonage de primates à l'aide de la technique employée en 1996 pour la célèbre brebis Dolly. La naissance de deux petits macaques marque un tournant dans l'histoire du clonage animal, car ceux-ci appartiennent à la même classe de primates que les humains. La philosophe Marie-Hélène Parizeau explore les questions éthiques qui découlent de cette expérience, tout en soulignant les motivations de ces chercheurs, qui rapprochent un peu plus le clonage du genre humain.

Mais… pourquoi cloner un singe?
Les chercheurs justifient leur réalisation de deux façons : d’une part, les singes clonés peuvent servir de modèles pour des recherches sur les maladies humaines induites par des mutations, comme les cancers, les dysfonctionnements immunitaires ou les troubles du métabolisme. Les singes sont évidemment plus proches de nous que les souris, par exemple. D’autre part, les singes clonés peuvent servir de modèles en vue d’étudier les fonctions physiologiques des primates et de mettre au point des traitements thérapeutiques pour des maladies humaines.

Macaques, humains : mêmes considérations éthiques?
C’est donc la proximité entre macaques et humains qui justifie le choix de cet animal, souligne la philosophe Marie-Hélène Parizeau. Une question éthique s’impose dès lors : si les macaques sont si près de nous, devrions-nous avoir une plus grande sensibilité à leur sort? Devrions-nous les traiter comme des humains?

La philosophe nous offre une piste pour aborder cet argument en évoquant les ressources animales nécessaires à la mise en œuvre de l’expérience. Pour permettre la venue des petits jumeaux, qui ont par ailleurs ému le monde entier par leur joliesse, l’équipe de chercheurs a mis à contribution 63 femelles reproductrices. Et l’étude ne décrit pas les nombreuses interventions médicales effectuées sur celles qui étaient enceintes.

Les deux petites femelles, Zhong Zhong et Hua Hua, sont âgées de sept ou huit semaines.
Les deux petites femelles, Zhong Zhong et Hua Hua, sont âgées de sept ou huit semaines.   Photo : Académie chinoise des sciences de Shanghaï

Animaux et labos
À ce chapitre, la question de l’utilisation des animaux en laboratoire est débattue depuis de nombreuses années, rappelle Marie-Hélène Parizeau. Il faut maintenant tenter d’aborder le clonage en prenant en compte ces considérations.

L’éthique de l’expérimentation animale a modifié en profondeur les pratiques de laboratoire ainsi que les lois protégeant les animaux utilisés dans la recherche scientifique. La recherche avec les grands singes – notamment les chimpanzés, en raison de leurs capacités cognitives et de leur grande sensibilité – est interdite depuis 2010 par une directive de l’Union Européenne.

La « règle des trois R », selon Burch (1959)

La « règle des 3 R » s’est imposée progressivement dans tous les centres de recherche aux États-Unis, au Canada et en Europe. Par exemple, lorsqu’un protocole de recherche est évalué par un comité de protection des animaux dans une université, la règle s’applique.

  • « Remplacer » : Le chercheur a-t-il tenté de remplacer l’utilisation des animaux par d’autres méthodes (modèles cellulaires, méthode in vitro, etc.)?
  • « Raffiner » : Le chercheur a-t-il raffiné ses expériences pour que les animaux souffrent le moins possible? Par exemple : quelles sont les conditions d’hébergement? Aussi, comment sont pris en considération les besoins physiques et psychologiques des animaux?
  • « Réduire » : Le chercheur a-t-il réduit au maximum le nombre d’animaux qu’il compte utiliser?

Distinctions éthiques sur la scène internationale
La philosophe Marie-Hélène Parizeau rappelle qu’à l’heure de la mondialisation, les choses se compliquent. Alors que les règles sur l’expérimentation animale deviennent plus strictes en Amérique du Nord et en Europe, et que les coûts pour le bien-être des animaux de laboratoire augmentent, certaines recherches portant sur les primates sont délocalisées dans certains pays qui suivent des règles différentes, notamment en Asie.

Faudrait-il des règles internationales en matière de protection des animaux de laboratoire – en particulier les primates – qui s’appliquent partout ? Quelle est la responsabilité partagée pour veiller au bien-être des animaux de laboratoire? Et si les techniques de clonage deviennent plus efficaces, n’y a-t-il pas là un marché international pour l’exportation de singes clonés?

Marie-Hélène Parizeau, professeure titulaire à la Faculté de philosophie de l’Université Laval, à Québec

Dans un contexte où de nombreux scientifiques considèrent l’utilisation de primates comme un passage obligé de la recherche biomédicale, la philosophe nous rappelle que le débat demeure ouvert.

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