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Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 12 mai 2019

Le vaccin qui a éradiqué la variole après des siècles de lutte

Publié le

Une main d'un patient contaminé par la variole.
L'éradication de la variole est l’une des plus grandes réalisations de santé publique de l’histoire.   Photo : William Thomas Strutt / Wellcome Library, London

Si la vaccination a sans contredit contribué au déclin de plusieurs maladies, son plus grand succès demeure la lutte contre la variole, aussi appelée « petite vérole ». Bien que l'éradication de cette maladie ait été le fruit d'une campagne de vaccination mondiale qui a duré près d'une décennie, l'humanité a lutté contre elle pendant plusieurs siècles, nous raconte Renaud Manuguerra-Gagné.

La nature de la bête
Le virus de la variole était redoutablement contagieux : il se répandait par les gouttelettes de salive dans l’air ou par un contact direct avec une personne infectée. Après une période de latence de deux semaines, la personne contaminée ressentait une forte fièvre ainsi que la nausée, mais ce sont les pustules qui recouvraient le corps les jours suivants qui frappaient l’imaginaire collectif.

Environ 30 % des malades mouraient dans les deux semaines qui suivaient, soit par une insuffisance de divers organes, soit parce que la peau du malade était détruite – un peu comme celle d’un grand brûlé. Ceux qui survivaient étaient scarifiés à vie ou devenaient carrément aveugles. On estime que plus de 300 millions de personnes sont mortes de la variole seulement au 20e siècle.

La genèse du mal
Des spécialistes de la question affirment que la variole est apparue aux débuts de l’agriculture, il y a 10 000 ans. On a aussi découvert des momies égyptiennes datant de 3000 ans qui en portaient des marques.

Le virus de la variole
Le virus de la variole Photo : iStock

La route sinueuse vers l’immunisation
Certaines personnes ont fini par remarquer que les survivants demeuraient immunisés à tout jamais contre la maladie. L’idée voulant qu’inoculer cette dernière volontairement puisse transférer cette immunité a alors commencé à faire son chemin.

Le procédé, nommé variolisation, est apparu vers l’an 1000, en Chine. Cœurs sensibles s’abstenir : on récupérait les croûtes sur les lésions des malades en rémission, qu’on réduisait par la suite en poudre, avant de sommer des personnes non contaminées d’en respirer une quantité.

Étonnamment, les gens mouraient moins de la variole, mais les personnes traitées ressentaient quand même certains symptômes graves. Notons qu’entre 1 et 3 % des participants en mouraient; certes, il fallait peaufiner la méthode.

Passage en deuxième vitesse
En 1796, un médecin britannique nommé Edward Jenner a remarqué que les fermières qui avaient contracté la version bovine de la variole, nommée vaccine, étaient ensuite immunisées contre les deux maladies.

Dans un geste éthiquement douteux, il a testé son hypothèse sur l’enfant de son jardinier, à qui il a inoculé la vaccine. L’enfant est tombé malade, mais il s’en est rapidement remis. Deux mois plus tard, Jenner a exposé l'enfant à la vraie variole, et le petit était maintenant immunisé. En 1798, le médecin a publié ses résultats et inventé un vaccin (le mot étant dérivé de vacca, qui veut dire « vache » en latin).

Ce premier vaccin avait plusieurs effets secondaires, cependant minimes, lorsque comparés aux atrocités de la variole; même les sceptiques les plus récalcitrants ont fini par l’accepter, bien que le procédé ait reçu son lot de critiques (notamment pour des considérations religieuses).

Des décennies de lutte
Une baisse du nombre de nouvelles infections dans les pays occidentaux a fini par se faire ressentir. D’ailleurs, on a finalement compris dans les années 1930 ce qu’est l’immunité de groupe : plus une population est immunisée, moins le virus a l’occasion de se propager.

Après tous ces efforts, la variole a été éliminée de l’Amérique du Nord en 1952, puis de l’Europe l’année suivante, mais elle est restée endémique ailleurs dans le monde. Ainsi, l’Organisation mondiale de la santé a lancé un programme mondial de vaccination en 1967, lequel a porté le coup de grâce à la terrible maladie. Le 8 mai 1980, la trente-troisième Assemblée mondiale de la santé a déclaré que la variole était éradiquée, et l'événement est maintenant considéré comme l’une des plus grandes réalisations en santé publique de l’Histoire.

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