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Sophie-Andrée Blondin
Audio fil du dimanche 21 avril 2019

Le premier trip de LSD de l'histoire

Publié le

Un tourbillon de couleurs
Les premières hallucinations de l’histoire provenant du LSD ont été décrites comme « un flot ininterrompu d’images fantastiques, de formes extraordinaires, dont les intenses couleurs ont quelque chose de kaléidoscopique ».   Photo : iStock

Si la recherche sur les drogues a toujours fait les manchettes, la famille de psychotropes qui frappe le plus l'imaginaire et qui intéresse les chercheurs depuis longtemps est sans contredit celle des drogues psychédéliques. Renaud Manuguerra-Gagné nous parle de la plus connue d'entre elles, le LSD, en nous racontant la découverte fortuite de ses effets, le 19 avril 1943.

Bien que les scientifiques connaissent l’acide lysergique diéthylamide (LSD) depuis maintenant 80 ans, on connaît peu son fonctionnement, surtout parce qu’il a longtemps été associé à la consommation récréative davantage qu’à la recherche médicale. Aujourd’hui, certains chercheurs souhaitent avoir un meilleur accès au LSD, notamment pour de potentielles vertus qu’on prêtait à la substance psychoactive il y a un demi-siècle.

Gros plan d'un ergot de seigle.
L'ergot du seigle, qui a été synthétisé afin de créer le LSDé   Photo : Dominique Jacquin

Le champignon magique

La molécule qui compose le LSD provient d’un champignon, appelé l’ergot du seigle. Au Moyen Âge, il contamine certaines céréales et cause des empoisonnements. Ses effets, notamment les convulsions qu’il provoque, auraient même motivé certaines accusations de sorcellerie.

Au 15e siècle, le champignon est cité dans des textes qui décrivent son utilisation pour accélérer les contractions durant l’accouchement. Au début du 20e siècle, cet effet intéresse des scientifiques, qui l'utilisent dans la fabrication de médicaments qui agissent sur la pression sanguine.

Hallucinations
En 1938, un chimiste suisse de l'entreprise pharmaceutique Sandoz nommé Albert Hofmann réussit à synthétiser le LSD à partir de l’ergot du seigle alors qu’il travaille sur la pression sanguine. Comme les résultats sont négligeables, il met la molécule de côté pendant cinq ans. Il recommence ses expériences le 16 avril 1943, mais cette fois-ci il en absorbe accidentellement une infime dose.

De retour chez lui, il se met à avoir des hallucinations intenses qu’il décrit comme « un flot ininterrompu d’images fantastiques, de formes extraordinaires, dont les intenses couleurs ont quelque chose de kaléidoscopique ». Après trois jours de réflexion, il prend une décision qui va à contre-courant de toutes les bonnes pratiques en chimie : il teste lui-même la nouvelle substance.

Une peinture murale du chimiste qui tient une molécule de LSD.
Un portrait du chimiste Albert Hoffman, qui a découvert le LSD. Photo : AFP/Getty Images/FABRICE COFFRINI

Bad trip
Le 19 avril 1943, Albert Hofmann s’administre une dose de 250 microgrammes – soit l’équivalent d’une pincée de sel – de LSD. Il se croit en sécurité, mais la quantité représente 10 fois la dose récréative normale.

Rapidement, il commence à se sentir agité et demande à ses collègues de l’aider à rentrer chez lui. Ils partent à vélo et le chimiste fait un voyage terrible. Par la suite, il témoigne avoir eu des crises d’anxiété, convaincu qu’il devenait fou et que sa voisine était une sorcière. Tout ce qui entre dans son champ de vision est déformé comme dans un tableau de Salvador Dali. Il a même l’impression que le temps s’est arrêté. La date a été nommée « Bicycle Day » (Jour du vélo) pour rappeler cette promenade considérée comme le premier vrai trip d’acide de l’histoire.

Le LSD, c’est sérieux
Au cours des années 50, de nombreux chercheurs s’intéressent à l’utilisation du LSD en contexte psychiatrique, notamment pour ses effets sur la conscience. Pour certains participants aux études, l’expérience ressemble au délirium lié à la consommation abusive d’alcool. Des chercheurs étudient d'ailleurs la substance psychédélique avec des patients alcooliques en période de sevrage.

La CIA évalue aussi le potentiel du LSD comme outil d’interrogatoire ou de contrôle lors du programme MK Ultra. Les scientifiques de l'équipe de la CIA font des choix éthiques controversés : ils administrent la substance à des prisonniers et à des patients atteints de problèmes psychiatriques sans leur consentement.

Un portrait du chimiste Hofmann faisant partie de l'exposition LSD, les 75 ans d'un enfant terrible.
Un portrait du chimiste Hoffman exhibé lors d'une conférence en 2018 qui avait pour titre : LSD, les 75 ans d'un enfant à problème. Photo : AFP/Getty Images/FABRICE COFFRINI

D’autres chercheurs considèrent le LSD pour traiter la schizophrénie et la dépression. Certains résultats obtenus sont encourageants, mais restent difficiles à reproduire. Certains psychiatres suggèrent à leurs collègues d’en prendre pour augmenter leur empathie envers leurs patients.

Le LSD rejoint ensuite le grand public au cours des années 60, popularisé par plusieurs artistes et icônes de la culture hippie.

Le côté sombre de la fête
Comme son utilisation entraîne des crises d’anxiété ou des psychoses, le LSD aura finalement bien mauvaise presse. Vers la fin des années 60, le LSD devient une drogue illégale dans de nombreux pays. Le financement de la recherche sur la molécule s’arrête et on n’en entendra plus parler dans les universités pendant des décennies.

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