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Francis Reddy
Audio fil du dimanche 31 mars 2019

Jean Wilkins soigne les jeunes anorexiques avec patience et confiance

Publié le

L'homme porte un casque et parle dans un micro.
Le médecin Jean Wilkins   Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

« Je pousse pour la remise en question de la fixation des gardes partagées. [...] Les adolescents n'aiment pas nécessairement ça. Ils s'y sont habitués », soutient Jean Wilkins, pédiatre renommé de 73 ans qui soigne depuis plus de 40 ans les adolescentes et adolescents ayant des troubles alimentaires.

Il remet en question le système de garde partagée pour les jeunes, en particulier ceux et celles qui souffrent d'anorexie.

Pour les aider à sortir de l’impasse anorexique, je leur demande de penser au lieu où ils habitent. Ils ont besoin de s’enraciner, et on les transpose d’une place à l’autre, d’une semaine à l’autre. Les parents ne m’applaudissent pas, mais, en 2019, il est nécessaire de repenser ce système de garde partagée à l’adolescence. Il faut aimer nos enfants, croire en eux et leur demander ce qu’ils auraient le goût de faire, plutôt que de leur imposer un système.

Jean Wilkins

Soigner les jeunes filles anorexiques

Jean Wilkins soigne principalement les jeunes filles qui ont des troubles alimentaires, même si de jeunes garçons en sont aussi victimes. « J’ai décidé de les accueillir. Mais elles ont envahi ma vie, ma clinique; je ne fais que ça, accueillir ces petites filles », dit-il.

Il compare ces jeunes filles à des oiseaux blessés qu’il faut traiter avec délicatesse, comme Jean Wilkins le faisait lorsqu'il était jeune, avec les pigeons voyageurs que son père élevait.

Un petit oiseau, tu ne le serres pas dans tes mains. [...] Avec ces petites anorexiques, il ne faut pas les serrer, il ne faut pas leur faire mal ni briser leurs ailes. Ce geste que je faisais quand j’étais enfant m’a amené à y aller avec délicatesse. Un docteur me disait : on n’entre pas dans un jardin privé avec un bulldozer.

Jean Wilkins

Jean Wilkins explique qu’il n’y a pas de secret ou de remède miracle pour soigner l’anorexie. « Les mots, l’accueil, le temps... il faut essayer de comprendre le sens. Pourquoi as-tu besoin de cet état anorexique pour exister? Il faut accueillir, comprendre et ne pas nuire. Parfois, c’est d'apprendre à ne rien faire et de comprendre notre impuissance. Il faut avoir confiance en ces petites filles. »

Les conséquences de la séparation des parents

Durant sa pratique médicale, Jean Wilkins s’est vivement intéressé aux conséquences de la séparation sur les adolescents, surtout au début des années 1970, avec la montée en croissance du taux de divorce.

Les parents me disaient que les adolescents étaient assez vieux pour comprendre. Effectivement, ils étaient assez vieux pour comprendre que c’était une immense blessure pour eux. Il y avait un conflit de loyauté qui apparaissait. Ils devenaient, à l’époque, les messagers entre leurs parents séparés. Ce n’était pas simple pour les adolescents d’apprendre à vivre là-dedans. Il y avait aussi comme un interdit de réactions, car on leur disait qu’on faisait ça pour leur bien. [...] Pour ceux qui étaient porteurs de maladies chroniques, ça entraînait des problèmes supplémentaires. Heureusement, on a appris à se séparer.

Jean Wilkins

Une vie entière à soigner les jeunes

Marqué par un petit voisin mort de la polio dans les années 1950, Jean Wilkins a décidé de prendre la voie de la pédiatrie après avoir fait ses études en médecine. « Ce sont les enfants que je voulais soigner », dit-il.

Jean Wilkins s’est toujours intéressé aux enfants, aux problèmes et à la sexualité des adolescents, à la contraception, à la séparation des parents et, surtout, aux problèmes d’alimentation, dont l’anorexie. Il rappelle que l’adolescence n’est pas une maladie, mais une période normale de croissance dynamique au plan psychologique, social et plus encore. « La majorité des adolescents traversent cette période positivement et s’enrichissent », soutient-il.

Ce chevalier de l’Ordre national du Québec a consacré plus de 40 ans de sa vie aux adolescents. Au milieu des années 1970, il a fondé le premier centre francophone de médecine de l’adolescence à l’Hôpital Sainte-Justine, à Montréal, et a élaboré une science qui est encore aujourd’hui reconnue au Canada et dans la francophonie.

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